Bazar de la Littérature

Les Contes de crimes de Pierre DUBOIS

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les contes de crimes pierre dubois
Les Contes de crimes
de Pierre DUBOIS
Editions Hoëbeke
2000, p. 257

Première Publication : 2000

Pour l’acheter : Les Contes de crimes

Pierre Dubois, né le 19 juillet 1945 à Charleville-Mézières, est un auteur, scénariste de bande dessinée, écrivain, conteur et conférencier français à l’origine du regain d’intérêt pour les fées et le petit peuple en France. Passionné très tôt par la féerie et les contes, il devient illustrateur après de courtes études aux beaux-arts, puis rassemble des légendes locales qu’il restitue dans des chroniques à la radio et à la télévision durant plus de trente ans, ce qui lance sa carrière et rend sa passion publique. Il est l’inventeur de l’elficologie, ou « étude du petit peuple », comme d’un équivalent à l’étude des« fairies », bien qu’il s’agisse à l’origine d’une simple blague de sa part. Son premier album de bande dessinée en tant que scénariste est publié en 1986 et ne connaît qu’un succès d’estime. Depuis, il en sort un chaque année et continue à intervenir régulièrement à la télévision ainsi que dans des conférences, toujours dans l’univers des contes, du rêve et des légendes liées au petit peuple, qui sont devenus ses spécialités. (Wikipédia)

♣ ♣ ♣

Il était une fois, au temps où les princes n’épousaient plus des bergères mais se pacsaient aux bergers, des contes de fées noirs à souhait. Cendrillon est victime des pulsions sexuelles d’un prince héritier, la Belle au bois dormant, l’otage pathétique d’un époux déséquilibré. Derrière Peter Pan se cache un dangereux innocent, derrière le Petit Chaperon rouge une machiavélique enfant. Pour résoudre une série de meurtres, Blanche-Neige fait appel à un détective spécialiste des nains de jardin… Pierre Dubois se livre à une réécriture diabolique des contes ayant bercé notre enfance. Issus du mariage improbable de personnages de Grimm avec le roman policier, ces Contes de crimes font autant rire que frissonner…

Elficologue reconnu, Pierre Dubois est un personnage qui m’a toujours intriguée. J’ai profité de l’arrivée des Imaginales et de sa présence au festival pour caser la lecture de ses Contes de crimes qu’il me tardait de découvrir (oui, cette lecture remonte à quasiment un mois).
A travers dix contes plus ou moins connus, l’auteur revient sur quelques thèmes et figures intégrés à notre imaginaire collectif en y ajoutant le côté policier. Vous ne verrez plus jamais le Petit Chaperon Rouge et Cendrillon de la même façon !

Je pense qu’on ne peut pas vraiment parler de réécritures de contes – en tout cas pas pour l’ensemble des dix textes – car l’auteur reprend certes les figures que l’on connait depuis notre enfance, mais il les réutilise généralement dans des intrigues différentes. Certains éléments d’origine sont également repris : l’endormissement de la Belle au Bois dormant ou les sept nains de Blanche-Neige par exemple, mais ils n’ont plus grand chose à voir avec les contes que l’on connait bien.
Il y a tout juste assez pour faire le lien et permettre aux lecteurs de faire surgir de leur mémoire des images et par association des idées et des thèmes. J’ai pour ma part, généralement beaucoup apprécié la transposition de ces références dans un contexte globalement contemporain. Et même si les dix contes ne m’ont pas tous complètement convaincue, je suis dans l’ensemble très impressionnée par la qualité littéraire de chacun.

Pierre Dubois est avant tout un amoureux de la langue alors attention, accrochez-vous ! Dès la première nouvelle vous serez dans le bain : les phrases ne sont pas forcément tarabiscotées mais les mots employés sont souvent désuets (voire inconnus). On peut se sentir un peu perdu car ne pas comprendre chaque mot, chaque détail mais ce n’est, à mon sens, pas le but. L’important ici est plutôt de percevoir l’idée qui se cache derrière les formules un peu particulières et surtout, de se laisser porter par la mélodie de celle-ci. L’auteur accorde en effet une grande importance aux rythmes et aux sons de ses phrases, offrant ainsi des paragraphes très « chantants ».
Alors oui, ce parti pris entraine quelques passages un peu étranges et je comprends parfaitement que beaucoup de lecteurs n’adhèrent pas. On aime ou non le style de Pierre Dubois, il n’y a pas vraiment de juste milieu.

Pierre Dubois, Rencontres de l'imaginaire de Brocéliande 2013,L’amour passionnel est souvent au centre des intrigues et mène plus d’une fois au pire. Ce qui peut paraître redondant mais qui, finalement, fonctionne toujours très bien ! Je ne vous parlerai pas de tous les contes un par un, mais plutôt de ceux qui m’ont le plus marquée et qui m’ont paru les plus intéressants, que ce soit au niveau de l’intrigue et de sa chute ou de la forme.

  • La Belle au bois dormant. Première nouvelle du recueil, elle donne le ton : le désaccord conjugal est au centre du texte et le style particulier de Pierre Dubois est à son apogée. J’avoue d’ailleurs que j’ai eu un peu peur et ai cru ne pas réussir à entrer dans l’univers de l’auteur… et puis finalement, j’ai bien vite compris qu’il suffisait de se laisser porter par les mots sans chercher à tout décortiquer. J’ai eu l’impression d’entrer dans un petit cottage anglais, avec du thé, des petits gâteaux et Jessica Fletcher dans un coin. La chute m’a beaucoup plu.
  • Riquet à la houppe. Je ne connais pas le conte d’origine (il faudrait que je le lise un de ces jours) mais j’ai particulièrement aimé l’actualisation du contexte. Là encore, le couple (le triangle amoureux devrais-je dire) est au centre de l’intrigue et rythme l’aventure. Si l’on voit venir la chute assez vite (le nom du coupable et la situation finale), j’ai tout de même été ravie de parcourir ces quelques pages. C’est attendu mais ça marche d’enfer !
  • Rapunzel. Plus longue, ou en tout cas construite un peu différemment car séparée en plusieurs petits chapitres numérotés, cette nouvelle a réussi à me bluffer. Je l’avoue, lorsqu’il s’agit de trouver le coupable, le mobile et le comment-il-s’y-est-pris, je suis souvent à côté de la plaque. Et là, je me suis laissée berner et j’ai été ravie d’avoir le fin mot de l’histoire grâce à l’inspecteur Marmaduke Perthwee, personnage qui fait office de fil rouge entre plusieurs des contes. Savant mélange d’Hercule Poirot et Sherlock Holmes, cet agent de police porté sur les résolutions d’enquêtes étranges trouve la solution en se basant sur un solide sens de l’observation et de la déduction. Et ce n’est que lorsqu’il fait l’annonce du nom du coupable et de sa manière de procéder, dans les dernières lignes, que le lien le titre prend tout son sens.
  • Petite table couvre-toi. Là encore, je ne connais pas le conte originel, mais je suis curieuse de le lire à l’occasion. Je retiens surtout la construction un peu particulière de ce petit texte. Rédigé à la première personne du singulier, il dénote un peu par rapport aux autres et c’est au fil des paragraphes que le lecteur comprend qui est le narrateur et à qui il s’adresse. 
  • Le Petit Chaperon rouge. L’intérêt de cette réécriture réside dans l’inversion des rôles. Finalement, le « méchant » et le plus tordu n’est peut-être pas celui que l’on croit… le déroulement des évènements nous le prouve très vite et la chute conclut parfaitement cette idée. Amusante inversion.

Je me rends compte que j’ai très souvent été embarquée par ces petites intrigues qui, même si elles sont parfois un peu attendues, restent très plaisantes à découvrir. Certaines chutes font davantage mouche que d’autres, certains textes m’ont moins séduite (j’avoue avoir eu un peu de mal avec Peter Pan mais je pense que c’est essentiellement parce que je suis passée à côté, n’ayant pas réussi à tout saisir) mais encore une fois, dans l’ensemble, ça fonctionne. Pierre Dubois traite de sujets graves avec un certain humour et je me suis parfois surprise à sourire du malheur des personnages. Original et efficace !

 

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13 réflexions sur “Les Contes de crimes de Pierre DUBOIS

  1. Ce livre me tente beaucoup, et ton avis me donne encore plus envie de le lire! Je pense voir ça très vite! ^^

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  2. Il est dans ma pàl ( dédicacé par l’auteur :D) A lire donc.

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  3. Une très jolie découverte, je ne connaissais pas du tout, je vais m’empresser d’aller regarder cela de plus près !

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  4. Oh mais ça ne peut que me plaire. Merci pour le partage ! 🙂

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  5. Pingback: What’s up weekly ? 2014 – 22 (du 09/06 au 15/06/14) | Bazar de la Littérature

  6. J’entends beaucoup parler de cet elficologue, il faut que je le lise un jour !

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  7. Moi qui aime les relectures actuelles des contes de fées, je ne peux que noter ce titre !

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  9. Pingback: Le Royaume du Nord et des Trolls de Pierre DUBOIS | Bazar de la Littérature

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