Bazar de la Littérature


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Le Coin des Albums [6]

Une nouvelle fois dans ce rendez-vous, ce sont les albums publiés chez Nathan qui sont à l’honneur. Je commence à connaître un peu les productions de la maison et si les romans adolescents me lassent et ne répondent pas à mes attentes (à part peut-être la saga Soeurs sorcières de Jessica Spotswood), les albums pour enfants me font généralement passer un excellent moment. Je vous en présente quatre aujourd’hui, du moins enthousiasmant (même si celui-ci a quand même des qualités) au plus « waouh ! » (le dernier m’a vraiment énormément plu).

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1 poisson 3 voleurs 1 dragon rené gouichoux janik coat nathan1 poisson, 3 voleurs, 1 dragon de René GOUICHOUX, illustré par Janik COAT.
Nathan, 2014, 32 pages. Pour l’acheter : 1 poisson, 3 voleurs, 1 dragon

Il était une fois un tout petit poisson de rien du tout. Un jour, alors qu’il nage à la surface de la rivière, le tout petit poisson de rien du tout aperçoit sur la berge un poisson d’or. Puis, un peu plus loin, un poisson d’argent. Puis, un peu plus loin, trois voleurs. Puis, encore plus loin, un dragon. Il va falloir rusé pour ne pas finir dans l’estomac de l’un d’entre eux !

Je ne sais pas si c’est le dragon de l’histoire (et surtout sa représentation) qui me donne cette idée mais la première pensée qui m’est venue après avoir tourné la dernière page de cet album, c’est que j’ai eu l’impression d’avoir affaire à un conte asiatique. Dessins, thème, narration de l’histoire ou morale finale ? Je ne sais pas vraiment quel élément me pousse à cette comparaison mais j’ose la faire et peut-être que je me trompe totalement. Et j’ai aimé ce côté un peu oriental.
Je me répète mais j’aime que les albums pour enfants que je parcoure lient côté ludique et pédagogique alors quand une histoire propose une petite morale finale, ce n’est pas pour me déplaire, loin de là ! Le petit héros de la courte intrigue est un tout petit poisson, petit par la taille mais très grand par la ruse. Il va en effet réussir à échapper à la faim de loup de trois voleurs et surtout à celle d’un immense dragon… mais comment ? En les dupant bien évidemment !
Quasiment entièrement constitué de dialogues, le texte fonctionnera très bien sur les petits, je pense. C’est l’occasion pour les grands de jouer avec les voix et de théâtraliser un peu la lecture, ce qui fonctionne à tous les coups. C’est d’ailleurs de vraies petites scénettes qui se succèdent au cours de ces 32 pages, les petits lecteurs ne peineront donc pas à s’immerger dans l’histoire.
Ce qui pêche un peu, pour moi en tout cas, c’est le visuel. Je dois avouer que – à mon grand regret – je ne suis pas fan des illustrations de Janik Coat. Et plus que les traits et formes des images, ce sont surtout les couleurs qui me chagrinent. Je n’ai rien contre les teintes assez franches (voire primaires) mais l’utilisation ici faite ne me séduit pas des masses. J’apprécie la bichromie (voire trois couleurs) ou carrément le mélange de plein de teintes très différentes mais l’état entre deux me gêne un peu. Difficile d’expliquer clairement mon ressenti mais ces rouge, jaune, vert, bleu (à la rigueur parfois du orange, rose, marron) très vifs et très nets me semblent peu harmonieux. C’est un parti pris et c’est une question de goût… pour ma part je ne suis pas conquise.
Une aventure agréable mais une mise en images qui me laisse sur ma faim. Dommage !

1poisson3voleurs1dragon extraitImage trouvée sur Devine qui vient bloguer ?

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l'histoire vraie de pamir przewalski julie faulques fred bernard nathanL’Histoire vraie de Pamir le cheval de Przewalski de Fred BERNARD, illustré par Julie FAULQUES.
Nathan, 2014, 32 pages. Pour l’acheter : L’Histoire vraie de Pamir le cheval de Przevalski


À l’âge de 2 ans, Pamir n’avait connu que son enclos au zoo. Mais le jeune étalon est emmené dans les montagnes, en Lozère. Avec d’autres chevaux de Przewalski, il affronte le froid, la neige, le manque de nourriture… Ensemble, ils retrouvent petit à petit l’état sauvage. Leurs petits enfants reviendront en Mongolie, leur pays d’origine, pour repeupler la steppe.


Souvenez-vous, il y a quelques mois de cela, je découvrais L’Histoire vraie de Yen-Yen le panda géant qui m’avait séduite visuellement mais m’avais un peu déçue dans le fond. Eh bien cette fois, si j’ai apprécié la nouvelle aventure de ces « Histoires vraies », je suis un peu moins séduite par les illustrations. Les deux s’équilibrent mieux que le titre précédent, mais ce n’est toujours pas un sans faute pour cette collection, à mon goût.

Je suis une fervente amoureuse de la faune et de la flore et si je devais repartir quelques années en arrière, je pense que je ferais tout pour réussir à travailler dans un zoo, en tant que soigneur animalier. De ce fait, traiter de la conservation des animaux dans un album pour enfants me paraît être une excellente idée et je salue l’initiative et le partenariat mis en place entre le Muséum national d’histoire naturelle et les éditions Nathan. Il me semble que deux autres titres existent déjà (au sujet d’une tortue et d’un orang-outan) et nul doute que d’autres verront le jour dans les mois à venir. Vraiment, j’apprécie le fait que Fred Bernard et Julie Faulques mettent en scène des animaux ayant véritablement existé et, par là même, toutes les actions menées pour les protéger.
La narration de l’histoire de Yen-Yen le panda m’avait paru un peu brute de décoffrage car manquait clairement de liants, à mon goût. Je n’ai pas retrouvé ce petit problème avec l’histoire de Pamir ; les 32 pages glissent sans accrocs. Et une nouvelle fois, j’ai apprécié la présence des deux dernières pages, consacrées à une remise en contexte de l’espèce et à l’interview d’un spécialiste ayant vraiment connu l’animal en question (généralement le vétérinaire en charge). Une façon supplémentaire de rappeler que tout ce que contiennent ces pages est vrai et que oui, ces chevaux bizarres au nom imprononçable ont vraiment existé – et existent toujours à l’état sauvage grâce au programme de conservation et de repeuplement !
J’avais vraiment beaucoup aimé la douceur des traits et les teintes utilisées par Julie Faulques dans l’histoire de Yen-Yen, ici, même si j’ai apprécié, je suis tout de même un peu moins admirative. Peut-être que les espaces représentés (le contexte) se prêtent moins aux couleurs (beaucoup de jaune/orange/marron) et aux éléments de décor qui me parlent… Mais l’ensemble reste tout de même très agréable à feuilleter et donne une idée assez claire et réaliste de la vie de Pamir aux plus jeunes lecteurs.
Une collection dont l’initiative ne peut qu’être saluée. Ce numéro consacré à Pamir me parle peut-être un peu moins mais cela reste un bel album à découvrir !

l'histoire vraie de pamir le cheval extraitImage trouvée sur Mamantitou

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polka et hortense astrid desbordes marc boutavant nathanPolka et Hortense, la grande aventure de Astrid DESBORDES, illustré par Marc BOUTAVANT.
Nathan, 2014, 32 pages. Pour l’acheter : Polka et Hortense


Aujourd’hui, Polka entraîne Hortense à l’aventure. Ensemble, les deux souris vont marcher jusqu’au sommet de la Grande Montagne. Hortense a un peu peur… Heureusement, avoir une amie comme Polka, cela donne beaucoup de courage !


Je découvre à la fois Astrid Desbordes (l’auteure) et Marc Boutavant (l’illustrateur) grâce à cet album et je suis conquise à la fois par l’un et par l’autre. Polka et Hortense est un petit moment de voyage et d’amitié, un beau moment de douceur qui rend Bisounours.

Les deux petites souris partent en voyage, désireuses de découvrir ce qui se cache de l’autre côté de la montagne… et pour ça, il faut grimper tout en haut pour avoir un point de vue imprenable sur l’horizon ! Polka saute de joie mais Hortense est un peu plus réticente, un peu inquiète à l’idée de quitter son nid douillet et d’affronter l’inconnu. Heureusement, l’amitié des deux amies et la rencontre avec d’autres habitants de la forêt, vont permettre à chacun de se dépasser et à atteindre le sommet !
Alors bien sûr, ici, pas vraiment de grande morale et d’aspect pédagogique que l’on peut développer comme c’est le cas avec d’autres albums… mais l’histoire est si mignonne et si bien tournée que, franchement, pour une fois, je me contente du seul côté divertissant et des bons sentiments qui se dégagent de ce texte offert par Astrid Desbordes.
Et puis, les illustrations proposées par Marc Boutavant sont elles aussi si mignonnes qu’on ne peut que craquer ! Le court texte est généralement concentré sur une seule page (aléatoirement à gauche ou à droite) ce qui permet à l’illustrateur de prendre toute la place de l’autre côté et de proposer des pleines pages très belles ! Les couleurs (vert et « violet », j’apprécie !) et les dégradés sont appliqués d’une façon qui me plaît car, même si les teintes sont plutôt vives à la base, l’ensemble paraît très doux.
Peu de choses à dire sur cet album qui m’a beaucoup plu et que je recommande à ceux qui ont envie de découvrir une jolie histoire dans un bel objet-livre !

polka et hortense extraitImage trouvée sur Le coin du livre

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lily cherche son chat peggy nille nathan

coupdecoeur

Lily cherche son chat, cherche et trouve autour du monde de Peggy NILLE.
Nathan, 2014, 32 pages. Pour l’acheter : Lily cherche son chat


Sauras-tu retrouver Mia ?
Mais où est donc passé Mia, le chat de Lily ? Est-il caché, est-il parti voir du pays ? Avec se sacré matou, tout est possible…vite suivons ses traces !


Alors là, c’est bien simple, j’ai adoré tout le travail de Peggy Nille qui, seule aux commandes, nous propose un album aussi bien magnifique visuellement (le format est d’ailleurs plus grand que les trois présentés précédemment) que dans le fond. Beau, amusant et instructif, c’est vraiment le genre de livres que j’aurai envie de lire à mes futurs enfants !

Le postulat de départ est simple : le chat de Lily – qui s’appelle Mia – a disparu et semble avoir envie de se promener tout autour du monde. La petite fille part à sa recherche, bien vite accompagnée de plusieurs de ses ami(e)s. Le lecteur passe donc d’un tableau à l’autre, d’un décor à l’autre, suivant une certaine logique scénaristique mais profitant surtout du voyage pour découvrir de nouveaux paysages et us et coutumes associés. De la jungle africaine au Pérou en passant par la Russie, l’Inde et le Japon, c’est parti pour un petit tour du monde coloré !
Chaque double page présente donc un tableau différent. Chaque millimètre de papier est utilisé et coloré proposant ainsi des scènes assez denses car remplies de plein plein plein d’éléments différents. Le texte situé en bas de chaque page raconte l’avancée des recherches de Lily et de ses amis mais aussi des petits jeux très amusants ! Il faut trouver et compter le nombre de lapins, repérer tel oiseau de telle couleur, mettre le doigt sur les différents instruments utilisés par les musiciens en Inde… bref, l’enfant (et l’adulte, je ne vais pas mentir !) s’amuse follement tout en apprenant plein plein de choses ! Vous saviez vous, que le tambour et le violon hindous s’appelaient respectivement le tabla et le sarangi ou encore qu’une poupée de bois russe était baptisée une matriochka ? Voilà de quoi ouvrir de nombreuses perspectives aux parents et enseignants qui liront cet album à leurs enfants/élèves car c’est l’occasion d’élargir un peu la lecture en partant sur plusieurs thèmes juste effleurés ici. Vraiment, si vous avez un brin d’imagination, il y a beaucoup à faire !
Je vous ai parlé du fond qui, vous avez pu le constater, m’a vraiment emballée… et il en va de même pour le visuel ! Très coloré (mais pas trop, les teintes sont bien choisies !), très fourni et détaillé (mais pas non plus fourre-tout dans lequel on se perd) sur de belles grandes doubles-pages… je suis fan fan fan ! Le tout petit bémol vient peut-être de la représentation des petits personnages (des visages notamment) car même si je les trouve tout mignons, j’ai quand même une préférence pour les éléments de décors et paysages.
Peggy Nille a ici fait un excellent travail à mon avis et j’espère que j’aurai l’occasion de découvrir ses autres travaux pour la jeunesse !

lily cherche son chat extraitImage trouvée sur Daily Books

 

 

Merci à Nathan pour ces jolis moments !

 

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Le Coin des BD [10]

Des bd lues à l’automne dernier, il était temps d’en parler !

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CANON GRAPHIQUE 3 VOLUMES

coupdecoeur

Le Canon graphique, Tomes 1 à 3 de COLLECTIF.
Editions Télémaque, 2012-2013, environ 500 pages par volume. Pour les acheter : Le Canon graphique, Tome 2

Chaque oeuvre littéraire est introduite par une brève présentation contextuelle.
Le premier volume s’ouvre avec les grandes épopées anciennes, l’adaptation de pièces de la Grèce antique et des interprétations des textes sacrés.
Le Canon Graphique volume 2 offre un panorama graphique riche et surprenant de la littérature du XIXe siècle à travers le monde. Il s’ouvre sur Augures d’innocence de William Blake, et Orgueil et préjugés de Jane Austen.
Le volume 3 du Canon Graphique présente un déluge ininterrompu de bandes dessinées, d’illustrations, de photographies qui donnent vie à la littérature du XXe siècle.

Quasiment 1500 pages illustrées pour faire (re)vivre la littérature classique mondiale de l’Antiquité à nos jours. 1500 pages magnifiques pour découvrir ou redécouvrir des textes qui nous ont fait vibrer ou nous ferons vibrer bientôt. L’idée est excellente, la réalisation particulièrement époustoufflante. C’est bien simple, quand j’aurai une centaine d’euros en poche (chacun d’entre eux étant à 40€ environ), je me les offrirai ; le deuxième volume en priorité.
J’ai effectivement une préférence pour le tome consacré à la littérature du XIXe siècle, tout simplement parce que ce siècle propose les oeuvres qui me parlent le plus et de ce fait, que je connais le plus. Jane Austen, les soeur Brontë et Charles Dickens chez les anglais, Baudelaire, Rimbaud, Flaubert et Maupassant chez les français ou encore Tolstoï et Dostoïevski chez les russes… un très beau pannel d’auteurs différents et autant d’artistes variés pour illustrer les extraits de ces grandes oeuvres.
canon graphique volume 2 éditions télémaque extrait orgueil et préjugésJ’ai vraiment aimé la diversité proposée par ces volumes, aussi bien côté fond (la plume des différents auteurs) que côté forme (les visuels des nombreux illustrateurs). Il y en a vraiment pour tous les goûts ! Du noir et blanc avec des traits simplifiés à l’extrême aux pleines pages d’aquarelles, des vignettes empruntées au format BD aux posters réduits en format A4, des illustrations étendues sur une ou vingt pages, avec ou sans le texte (d’origine ou retravaillé)… L’imagination des plus grands artistes est à l’oeuvre et chacun y trouvera son compte !
J’ai eu moins d’affinités avec les volumes un et trois, bien que ceux-ci soient aussi très beaux et intéressants mais encore une fois, il s’agit d’un avis personnel. Je suis plus proche des textes du XIXe que des textes écrits dans la deuxième moitié du XXe siècle ; en revanche, j’ai apprécié découvrir des oeuvres antiques que je ne connaissais pas et qui sont pourtant des classiques du genre : le Tao Te King de Lao Tseu ou encore le texte mythologique maya Popol-Vuh.
C’est un peu l’intérêt de ces 1500 pages d’extraits : picorer des bouts de textes par-ci par-là, en entrevoir de nouveaux et avoir la curiosité et l’envie de les dévorer en entier ! De même pour le travail des artistes qui nous présentent là quelques pièces de leur oeuvre… dans laquelle on peut également avoir envie d’aller fouiller après avoir feuilleter ces Canons graphiques ! A mon sens, une réussite complète que ces trois volumes, je ne peux que saluer l’initiative et vous inviter à y jeter un oeil !

Le site pour en savoir plus !

 

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québec land bardin bourré-guilbert massot sarbacane

Québec Land de Pauline BARDIN et Edouard BOURRE-GUILBERT, illustré par AUDE MASSOT.
Editions Sarbacane, 2014, 254 pages. Pour l’acheter : Québec land

Québec Land, ou l’histoire de deux jeunes Français (Edouard et Pauline) et leur chat, Gaspard qui décident de quitter la France pour vivre une expérience au Canada.? Après obtention de leurs PVT (Permis Vacances- Travail), vient l’heure des cartons, des adieux à la famille, des sept heures d’avion et des premiers pas sur le Nouveau Monde… S’inspirant avec humour et tendresse de leur propre expérience, les auteurs passent en revue les grandes thématiques de l’expatriation canadienne.
Avertissement : grand froid, caribou et « tabarnak » ne sont pas les seuls au rendez-vous !

Prêté par Mademoiselle Laura qui a fait un petit séjour au Québec en octobre dernier, j’ai pu ainsi mettre le doigt sur ce qu’elle a pu vivre dans ces contrées lointaines, de l’autre côté de l’océan Atlantique. Et autant dire qu‘il s’en passe des choses à des milliers de kilomètres !
Malgré tout, je pense que pour profiter au mieux de cette bd, il vaut mieux être familier de la vie au Québec. Complètement étrangère à ces habitudes particulières, au vocabulaire particulièrement étrange et au climat plus que glacial, la plupart des blagues sont un peu tombées à plat avec moi. Il y a bien quelques traits d’humour qui font mouche au sein de ces 250 pages, mais je pense que l’ensemble parlera beaucoup plus à ceux qui ont déjà fait l’expérience de ce voyage, comme Pauline et Edouard, les deux auteurs-narrateurs de l’ouvrage.
Quebec_Land_extrait éditions sarbacanePartagée en plusieurs parties suivant les saisons (le couple est resté un an sur place, avec leur chat), la bd revient sur les grands moments vécus au cours d’un séjour à l’étranger (n’importe quel voyageur pourra se reconnaître dans les scènes de formulaires, départ à l’aéroport, nouvelles de la famille…) avec évidemment, beaucoup de détails sur un séjour au Québec, en particulier (il neige… BEAUCOUP !). Mais encore une fois, tout n’est pas drôle pour les néophytes qui passent à côté de beaucoup de références.
Si le texte ne m’a pas plus emballée plus que ça, j’ai en revanche été assez séduite par les dessins proposés par Aude Massot. Le trait est simple mais efficace et particulièrement en adéquation avec le fond humoristique. Finalement, ce que j’ai préféré ce sont les teintes utilisées : on dirait que l’illustratrice à déposer un filtre vieillissant sur chaque page, proposant ainsi des images qui font penser à de vieilles cartes postales jaunissantes ou bleuissantes ; parfait pour une histoire de séjour à l’étranger !
Québec Land n’est pas désagréable à parcourir mais il ne restera pas dans les annales. Les traits d’humour tombent malheureusement souvent à plat pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de vivre quelques temps au Québec. A réserver, donc, aux connaisseurs et amoureux du pays.

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zombillénium tome 2 ressources humaines arthur de pins dupuisZombillénium, Tome 2 : Ressources humaines de Arthur de PINS.
Dupuis, 2011, 48 pages. Pour l’acheter : Zombillénium, Tome 2

 Tome 1 

Tags sur les murs, avertissement du curé du coin : visiblement les esprits s’échauffent autour de Zombillénium. Quand on n’embauche que des morts (ou des sorcières !) dans une région où le taux de chômage est à 25%, il faut bien s’attendre à quelques frictions.
Si l’on ajoute à ça des visiteurs une miette pénibles et des employés qui, pour être morts, n’en aimeraient pas moins prendre des vacances, on comprend que ce n’est pas trop le moment de venir parler revendications salariales à Francis Von Bloodt.

Le premier volume – baptisé Gretchen – avait été un véritable coup de coeur. D’ailleurs, plusieurs années après, je ris encore en repensant au zombie Michael Jackson-José qui se la joue perso sur les chorés et je relis avec plaisir certaines vignettes, juste pour avoir le sourire. J’ai longuement retardé la lecture de ce deuxième opus, redoutant la déception… et finalement, sans être déçu, ce Ressources humaines n’a pas la même saveur que le précédent. J’ai aimé, mais je n’ai pas adoré. J’ai souri, mais je n’ai pas ri aux éclats. Une lecture agréable donc, mais un cran en dessous du premier, à mon goût.
Si je retiens bien un truc du premier volume, c’est l’humour. A chaque page quasiment, à chaque vignette presque, j’y avais trouvé une trace humoristique. Là, il y a quelques bons mots, quelques traits amusants, mais c’est beaucoup plus anecdotique et c’est finalement ce qui m’a manqué pour que je passe un excellent moment.
zombillénium 2 extrait plancheEn revanche, j’ai trouvé que l’intrigue de ce deuxième tome était un peu plus complexe, peut-être un poil plus travaillée et approfondie et j’ai aimé la suivre. J’ai d’ailleurs été surprise par la tournure des évènements ; ce qui est plutôt positif. Je regrette malgré tout de ne pas avoir croisé les personnages clefs du premier tome plus régulièrement, notamment Gretchen et Aurélien. Ici, on découvre de toutes nouvelles figures et ce sont leurs aventures que l’on va suivre. Bien sûr, la sorcière et le nouvel employé ne sont pas loin et participent à l’intrigue mais c’est, là encore, anecdotique. Dommage ! Mais après tout, c’est aussi l’occasion de passer un peu plus de temps en compagnie de Francis, le directeur du parc et de Sirius, le squelette motard. Arthur de Pins développe un peu plus son univers et c’est toujours agréable d’y plonger !
Côté dessins, là, aucune déception : j’adore toujours autant ! J’aime le trait des visages, les expressions et postures des personnages, les décors… et les couleurs utilisées. Tout me plaît ! Côté format, c’est classique pour une bd puisque ce deuxième volume comporte 48 planches divisées en bandes de vignettes (plus ou moins régulièrement dans la disposition et le nombre). Classique, mais efficace et qui permet une lecture claire et fluide (ce qui n’est pas toujours le cas des oeuvres graphiques !). J’aime les interventions-dialogues des personnages présents dans les bulles, c’est toujours vif, incisif et même parfois très drôle (pas assez à mon goût mais je me répète).
Peut-être pas à la hauteur du coup de coeur que j’avais eu à la lecture du premier tome mais tout de même un excellent moment qui m’invite à acquérir au plus vite le troisième opus… j’ai hâte de retrouver l’univers d’Arthur de Pins (et Michael Jackson-José ! ^^).

Le site officiel (super fun !) !

 


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Le Coin des Albums [5]

Pour petits et grands, les albums ne déçoivent quasiment jamais !

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tine ou les idées noires au placard thierry magnier cecile gambiniTine ou les idées noires au placard de Cécile GAMBINI.
Editions Thierry Magnier, 2014, 32 pages. Pour l’acheter : Tine ou les idées noires au placard

Aujourd’hui il pleut, c’est le temps idéal pour se débarrasser de ses monstres.
Élevée par une mère-foudre, Tine dessine, chante avec les canaris et ronronne avec les chats… Mais elle s’est laissée attendrir. Cela fait trop longtemps que Chagrinelle, Misérone et Pénibilette lui compliquent la vie ! Un à un, Tine leur règle leur sort. Et c’est lors d’une dernière nuit de fête joyeusement endiablée qu’ils tireront leur révérence… pour aller hanter quelqu’un d’autre !

C’est l’histoire de la jeune Tine qui, un beau matin décide de braver ses peurs et de combattre ses cauchemars. Un par un elle va les rencontrer au cours de sa journée, trouver leurs points faibles puis les rendre inoffensifs de bien étranges façons : en les dessinant, en dansant, en éternuant, en jouant une samba… Tine est une héroïne à l’imagination fertile qui réussit à occuper sa journée pluvieuse en repoussant ses idées noires.
Si l’idée est bonne, j’avoue que le côté très métaphorique de la chose peut facilement déstabiliser le lecteur. Les enfants seront peut-être plus sensibles aux idées véhiculées alors que les adultes, à l’esprit peut-être plus étriqué et moins imaginatif, auront un peu de mal à se laisser complètement embarquer. C’est en tout cas ce qui m’est arrivé.
En revanche, côté texte, j’ai apprécié les jeux avec les sonorités et les mots inventés mais assez imagés pour qu’on comprenne de quoi il s’agit (un peu à l’image de Lewis Carroll dans sa Chasse au Snark). Lu à voix haute ce doit être encore plus flagrant.
Si les métaphores me laissent un peu perplexe, je suis en revanche totalement convaincue par l’aspect visuel de cet album. Je suis complètement sous le charme du coup de crayon de Cécile Gambini et de la technique qu’elle utilise pour poser les couleurs. Je ne sais pas de quoi il s’agit mais le rendu possède un charme désuet dont je suis très friande. C’est vraiment un très bel album à feuilleter, plein de jolies images et a priori excellent pour l’imagination !

tine ou les idées noires au placard, extrait

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combien de terre faut-il à un homme annelise heurtier raphaël urwillier

Combien de terre faut-il à un homme ? de Annelise HEURTIER, illustré par Raphaël URWILLER, d’après une nouvelle de Léon TOLSTOI.
Editions Thierry Magnier, 2014, 40 pages. Pour l’acheter : Combien de terre faut-il à un homme ?

Sur son lopin de terre de l’ouest sibérien, le paysan Pacôme vit avec sa femme et ses trois enfants. Il n’est pas riche, mais sa famille ne manque de rien. Pourtant, Pacôme est insatisfait et il se met à penser qu’avec davantage de terre il serait « tout à fait heureux ». Sur les conseils d’un marchand de passage, Pacôme décide de partir aux pays des bachkirs, où la terre est fertile et vendue pour une bouchée de pain. Là-bas le chef du campement nomade lui propose un marché : toute la terre dont il pourra faire le tour en une journée de marche lui appartiendra, à condition qu’il soit revenu à son point de départ au soleil couchant. Mais l’avidité et la cupidité du paysan lui seront fatales…

Un titre sous forme de question ? Voilà un album qui annonce une histoire avec une réflexion et une morale. Je ne suis pas tout le temps friande de ce procédé mais je me rends compte que j’aime assez les livres pour enfants qui, en plus d’une jolie histoire, proposent d’aller un peu plus loin (avec des pistes de réflexion, de recherches…).
Combien de terre faut-il à un homme ? m’a plu, sur tous les points. La chute est par contre assez dure, un peu à l’image des contes anciens qui étaient racontés en vue d’apprendre la différence entre le Bien et le Mal, ne s’embarrassant pas de fioritures et n’épargnant pas vraiment les jeunes lecteurs. C’est le cas avec cette adaptation de la nouvelle de Léon Tolstoï qui met en scène un homme qui ne se satisfait jamais de ce qu’il possède, veut toujours plus et aller plus loin… mais jusqu’où ? Les adultes se doutent très vite du dénouement, je ne sais pas si les enfants verront venir la morale ?
Je ne sais pas non plus si le texte a été beaucoup modifié ; en tout cas, il est très abordable mais on sent tout de même le côté désuet, l’emploi d’un vocabulaire assez riche et la construction des phrases qui ne se limite pas à un sujet, un verbe et un complément. Pas de passé simple pour cette histoire (du présent de narration à la place), mais on le sent qui n’est pas loin…
Encore une fois, ce qui me plaît particulièrement dans cet album publié aux éditions Thierry Magnier, c’est le visuel. L’objet en lui-même est intriguant puisque dans un format allongé inhabituel et il retient également l’attention grâce à ses teintes rouges/orangées omniprésentes. Quatre couleurs se partagent les pages de cette histoire : le rouge, l’orangé, le blanc et le noir. Le charme opère, c’est très beau et ne ressemble à rien de ce que j’ai pu voir jusque là !

combien de terre faut-il à un homme extrait

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histoire de julie qui avait une ombre de garçon christian bruel anne galland thierry magnierHistoire de Julie qui avait une ombre de garçon de Christian BRUEL, illustré par Anne BOZELLEC.
Editions Thierry Magnier, 2014 (1975), 50 pages. Pour l’acheter : Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon

« Tu es insupportable ! Toujours à dire de vilains mots, toujours en train de tomber, toujours prête à faire une bêtise. » Les parents de Julie lui reprochent tant d’être un garçon manqué qu’un matin son ombre est devenue celle d’un petit mâle qui caricature le moindre de ses gestes. D’abord amusée par ce double, Julie finit par douter de sa propre identité. Mais allez donc vous défaire d’une ombre qui n’est même pas la vôtre !

Dernier album des éditions Thierry Magnier présentés aujourd’hui, complètement différent des deux autres dans le fond (le thème) mais tout aussi intéressant et surtout magnifique à feuilleter. Publié pour la première fois au milieu des années 70, l’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon revient sur un sujet assez polémique ces derniers mois et méritait donc une réédition pour l’occasion.
Déjà dans les années 70 on se questionnait sur des expressions comme « garçon manqué » et on se questionnait sur ses répercussions. Julie est une petite fille qui préfère courir à perdre haleine et faire du roller plutôt que porter une jolie robe et garder ses cheveux bien coiffés. Alors ses parents ne cessent de la gronder et de la traiter de « garçon manqué » ! Voilà donc qu’un matin, elle se réveille avec une ombre de garçon qui fait tout de travers… alors la petite fille est perdue, elle ne sait plus qui elle est, qui elle doit être… jusqu’au jour où elle rencontre un petit garçon « qui pleure comme une fille »…
Tout part d’une banale expression qu’on a tous utilisée au moins une fois dans notre vie, mais en fait, ça veut dire quoi ? Ça me fait penser à ce clip que j’ai découvert il y a quelques mois, produit par je ne sais plus quelle marque de protection féminine, qui revient justement sur les expressions « comme une fille » (« courir comme une fille », « nager comme une fille »…) perçues innocemment par des enfants et ensuite mises en scène par des adultes. C’est assez édifiant ! J’aime assez la conclusion de ce spot, comme j’aime celle de cet album que je vous invite à découvrir.
Encore une fois, les illustrations attirent l’œil et habillent merveilleusement le texte. Ici en noir et blanc avec juste quelques minuscules touches de rouge, je les trouve très fortes en émotions : les visages sont très expressifs.
Je suis vraiment heureuse que cet album introuvable ait été réédité, il est aussi beau sur le fond que dans la forme !

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monsieur pan kressmann taylor princesse camcam autrement

Monsieur Pan de Kressman TAYLOR, illustré par Princesse Camcam.
Editions Autrement, 2014 (1961), 40 pages. Pour l’acheter : Monsieur Pan

Monsieur Pan a peur pour sa vie. Chaque geste, chaque objet, chaque situation lui font croire que sa mort est imminente. Il a peur de se noyer, peur des insectes aux piqûres mortelles, peur de la maladie qui, croit-il, le ronge, peur de tout ! Mais le terrible danger de mort auquel il croyait succomber à chaque instant l’épargne et emporte sa sœur, qui laisse derrière elle trois orphelins. Monsieur Pan se prend alors d’affection pour ses neveux avec lesquels il oublie ses angoisses mortelles.

Si j’ai choisi de recevoir ce titre c’est parce que je ne connais que trop peu la littérature asiatique et parce que les histoires et contes japonais ont cette atmosphère très particulière, délicate, imagée et poétique que je ne fréquente que trop peu et que j’aimerais apprendre à apprécier petit à petit. Un texte réservé aux jeunes lecteurs me semble être une approche en douceur pour me familiariser un peu plus avec les us et coutumes du pays du soleil levant.
L’histoire tourne ici autour d’un vieux monsieur légèrement hypocondriaque qui perd beaucoup de temps à imaginer sa mort future et à la croire chaque seconde à l’affût. Il va ouvrir les yeux et découvrir les bonheurs simples de la vie grâce à trois enfants – ses deux nièces et son neveu – qu’il va prendre sous son aile. Chacun d’entre eux suivra sa voie, accompagné en cela par la tendresse et l’affection de Monsieur Pan. L’arrivée de Fleur Blanche d’Amandier, Petite Branche de Saule et Calme Serein sera l’élément déclencheur, celui qui permettra à l’oncle d’ouvrir les yeux sur ce qui est véritablement important dans la vie d’un homme. Les trois enfants sauvent Monsieur Pan d’années de souffrance inutiles, lui leur vient en aide au moment le plus difficile de leur jeune vie.
C’est une histoire de famille, d’entraide, d’amour, d’amitié, de sagesse… un peu tout ça à la fois. C’est tout doux et joliment conté. Bien sûr, on retrouve ici les comparaisons et métaphores propres à l’atmosphère japonaise, les éléments du paysage sont mis à contribution offrant ainsi un texte très poétique avec de jolies descriptions bien imagées. Je ne sais pas à partir de quel âge ce conte est préconisé par la maison d’édition mais le texte étant assez dense (et plutôt long), il vaut mieux le réserver à des enfants déjà en primaire, à mon avis. D’ailleurs, en parlant du texte, j’ai été surprise que ces nombreux et longs paragraphes ne soient pas « justifiés ». Lorsque seulement quelques phrases se courent après dans un album, je ne suis pas gênée si la mise en page est farfelue mais là, il s’agit vraiment de blocs de texte et ne pas avoir quelque chose de cadré (avec des alinéas), me perturbe un peu ; mais je suis un peu maniaque sur ce point.
Les illustrations de Princesse Camcam, elles aussi toute en douceur et particulièrement marquées par les éléments du folklore nippon, accompagnent à merveille cette histoire. Je regrette presque de posséder la réédition en petit format car je suis persuadée que la première publication reliée et plus grande devait faire la part belle aux images et à leurs magnifiques couleurs. Si vous avez l’occasion, privilégiez donc l’autre format.

monsieur pan princesse camcam extrait

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la moufle desnouveaux hudrisier didier jeunessecoupdecoeur
La Moufle de Florence DESNOUVEAUX, illustré par Cécile HUDRISIER.
Didier Jeunesse (A Petits Petons), 2009, 20 pages. Pour l’acheter : La Moufle

Par une journée de grand froid, Souris se promène et trouve une moufle en laine rouge sur la neige. Toute contente, elle se blottit à l’intérieur. Puis arrivent Lièvre, Renard, Sanglier et enfin Ours Potelé qui voudraient bien, eux aussi, profiter de l’aubaine !

A Petits Petons est une collection des éditions Didier Jeunesse que j’adore ! Les auteurs et illustrateurs mettent en avant des contes d’ici et d’ailleurs et les présentent aux plus petits grâce à des mises en page absolument parfaites et qui plaisent beaucoup !
La Moufle fait partie de ces contes que j’ai adorés découvrir et faire découvrir aux enfants lorsque je travaillais en BCD et je peux vous dire qu’ils ne s’en lassaient pas (et moi non plus d’ailleurs) !
Sur le principe du conte en randonnée (la structure revient toujours), c’est l’histoire d’une petite souris qui, en plein hiver, découvre une moufle et décide de s’installer à l’intérieur pour se réchauffer. Chaque nouvelle page apporte avec elle la découverte d’un nouvel animal (de plus en plus gros) qui s’approche dans la neige en faisant du bruit (de plus en plus fort) et qui demande à chaque fois s’il peut entrer dans la moufle lui aussi. A chaque fois, le (ou les) figures déjà chaudement installées répondent de la même façon et c’est l’occasion pour l’auteur de rappeler alors qui se trouve à l’intérieur. Les contes en randonnée, les gamins ADORENT. Ils peuvent ainsi participer à la lecture de l’histoire et répéter les phrases-clefs avec le conteur. C’est hyper interactif et on s’amuse autant qu’eux (en tout cas moi je suis complètement fan). Je ne vous raconte pas la fin pour ne pas vous gâcher la surprise, je vous apprends juste que le dernier animal à demander l’asile est un ours potelé… 😉
Ce qui fait évidemment le charme de cet album, c’est aussi et surtout les illustrations que je trouve absolument magnifiques ! Je les aime d’amour. Les animaux sont personnifiés (avec des petits vêtements, en plus de la parole évidemment !), ils sont tellement mignons et expressifs ! Le décor est plutôt simple et ne regorge pas d’énormément de détails mais il y a juste ce qu’il faut (et ce qui est important) pour placer le contexte et les enfants repèrent tout : les empruntes dans la neige (différentes selon l’animal) ou l’eau glacée sur les oreilles du pauvre lièvre gelé.
En cette saison hivernale et en cette période de fêtes, La Moufle c’est mon album-doudou, celui que je vous conseille de toute urgence !

La-moufle extrait

 

Merci aux éditions Thierry Magnier et Autrement pour leur confiance renouvelée !

 


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Le Coin des Albums [4]

Avec un peu de retard, voilà trois albums (ou roman graphique) particulièrement indiqués en cette période d’Halloween et de Toussaint (ok, je suis un peu en retard !). Point de sorcières ou de fantômes, mais des créatures au sang froid que l’on ne présente plus… les vampires sont de sortie !

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vladimir poltron vampire de 3ème classe jack chaboud nicole claveloux grasset jeunesseVladimir Poltron, vampire de 3ème classe de Jack CHABOUD, illustré par Nicole CLAVELOUX.
Grasset Jeunesse, 2007, 32 pages. Pour l’acheter : Vladimir Poltron, Vampire de 3ème classe

Quelque part près de la Hongrie, dans un pays appelé la Paradoxie, vivent tranquillement les derniers vampires. Mais une épidémie vient perturber leur existence et la remettre en question : l’épidémie d’humanite aiguë. Quand, dans ce pays fréquenté par de nombreux touristes alléchés par la présence de ces créatures surnaturelles, Mattéo et son fantaisiste grand-père rencontrent Vladimir Poltron, ils vont tenter d’aider ce drôle de vampire que tout effraie, terrifié par l’humanite aiguë…

Des trois titres présentés cette fois, Vladimir Poltron est celui qui « ne se prend pas la tête », celui qui revisite le mythe du vampire avec humour et originalité. C’est également celui que je conseillerai aux plus jeunes lecteurs qui pourront s’amuser de l’histoire et apprécier les jeux de mots proposés par l’auteur, jeux de mots qui apportent une certaine mélodie au texte.
Le jeune héros part avec son grand-père pour découvrir le pays des vampires : la Paradoxie. Il découvre alors ces créatures étranges, leurs habitudes (vestimentaires et alimentaires notamment) et leur plus gros point faible, une maladie essentiellement due aux humains : l’humanite aiguë. Une fois sur place ils vont faire la connaissance d’un vampire très particulier, un certain Vladimir. Très peureux, celui-ci se cache de ses semblables et fait tout pour passer inaperçu… mais pourquoi donc ?
Assez loin d’un mystérieux et dangereux Dracula, Vladimir Poltron est un petit être attachant qui saura sans aucun doute séduire les enfants et les fera très certainement rire à cause de son allure (très stéréotypée) et surtout de sa maladresse. Le mythe est donc joliment détourné, apportant un peu de fraicheur et beaucoup d’humour à cette créature qui a parfois tendance à prendre la poussière.
Si Jack Chaboud est à l’écriture, c’est Nicole Claveloux qui prend les commandes aux illustrations. Nombreuses et généreuses, celles-ci offrent un bon visuel général. Parfois en pleine page, parfois jouant avec le texte (lorsque Jack Chaboud présente individuellement chaque élément lié aux habitudes des vampires par exemple), j’ai surtout apprécié les couleurs utilisées, très présentes pour l’œil. Encore une fois, l’ambiance sombre et morbide du vampire est écartée au profit de teintes plus vives, plus joyeuses… et plus vivantes !
Vladimir Poltron est un album qui amusera sans aucun doute les jeunes lecteurs et saura les captiver grâce à ses illustrations généreuses. Les adultes pourront également y trouver un second degré très rafraîchissant !

planche vladimir poltron grasset jack chaboud nicole claveloux

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dracula dominique marion jérémie fleury auzoucoupdecoeur

Dracula de Dominique MARION, illustré par Jérémie FLEURY, d’après Bram STOKER.
Auzou, 2012, 40 pages. Pour l’acheter : Dracula

Jeune clerc de notaire, l’anglais Jonathan Harker part en Transylvanie finaliser la vente d’une demeure à Londres pour le comte Dracula. Personnage inquiétant aux mœurs étranges, le comte va peu à peu soumettre le jeune homme à son emprise maléfique… A Londres, Mina, la fiancée de Jonathan, lutte contre le mal qui la ronge…

Le jeune lecteur va rencontrer ici aussi un vampire, mais pas n’importe lequel puisqu’il s’agit du fameux comte Dracula. Cet album offre une adaptation du roman de Bram Stoker, proposant aux plus jeunes ou aux « novices » de se faire une petite idée de l’histoire et permettant aux fans de la première heure de redécouvrir le mythe grâce à un magnifique visuel. Un indispensable dans la bibliothèque consacrée aux albums, à mon avis !
Difficile de reprendre l’histoire originelle sur seulement 40 petites pages illustrées mais globalement, l’adaptation est bonne. La fin me semble cependant un peu précipitée par rapport au reste, peut-être un poil trop résumée/simplifiée ce qui donne un peu un sentiment de rythme saccadé, de manque de lien évident entre les pages ; le principal y est malgré tout. Et, si l’ambiance sombre du Dracula de Stoker est plutôt respectée, on peut tout de même « reprocher » un petit côté édulcoré, sans doute explicable par l’âge du public visé. Ce n’est pas excessif donc passe très bien.
Mais l’énorme point positif de cet album, le point à retenir et le point qui m’a poussé à l’acquérir c’est évidemment le visuel. Signées Jérémie Fleury les illustrations sont magnifiques, il n’y a pas d’autres mots ! En pleine pages, généreuses et colorées, le lecteur en prend plein les yeux et ne peut plus décrocher le regard. Les fonds parfois sombres sont rehaussés de touches de couleurs plus vives et chaque page est remplie de plein de petits détails (mais attention, jamais trop, ce n’est jamais fouillis ou surchargé !). C’est un plaisir à feuilleter et même si le texte a son importance, on pourrait largement s’en passer tant les images parlent d’elles-mêmes !
Je suis complètement fan du travail de Jérémie Fleury ; peu importe le texte qu’il illustre, je suis au rendez-vous ! Mais si en plus il s’attaque à un classique tel que Dracula, comment ne pas se laisser tenter ?

dracula__lucy_and_mina_in_the_garden_by_trefle_rouge- jérémie fleury auzou

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à la recherche de dracula carnet de voyage de jonathan harker pascal croci sylvie paulyA la recherche de Dracula, carnet de voyage de Jonathan Harker de Françoise-Sylvie PAULY, illustré par Pascal CROCI.
Le Pré aux clercs, 2008, 141 pages. Pour l’acheter : A la recherche de Dracula

En 1999, le jeune Miles Alastair James effectue un remplacement à la bibliothèque d’Exeter, dans le Devon.
Il passe ses journées aux archives, où il a la charge de trier les ouvrages les plus détériorés. Au cours d’une séance de  » dépoussiérage « , il découvre un singulier journal, celui d’un certain Jonathan Harker, lequel inspira l’écrivain Bram Stoker pour l’écriture de son roman Dracula, publié en 1897. La lecture de ce carnet nous plonge au cœur du mythe du vampire ; jour après jour, sans le savoir, Jonathan s’enfonce un peu plus dans les ténèbres…

Si les deux premiers ouvrages présentés sont clairement destinés en priorité aux jeunes lecteurs (ce qui n’empêche pas les autres d’y jeter un œil, bien au contraire !), celui-ci s’adresse aux adultes sous la forme d’un roman graphique plus que d’un album. Encore une fois, c’est le roman de Bram Stoker qui sert de base à l’intrigue. L’auteure ne simplifie pas l’histoire mais l’aborde d’un autre point de vue puisqu’elle s’attarde longuement sur le voyage de Jonathan Harker, notamment avant son arrivée dans le château du Comte Dracula.
Jonathan Harker est un personnage déjà existant dans le roman et un personnage qui nous raconte déjà son voyage dans l’œuvre de Stoker. Mais là où le récit ne dure qu’un ou deux chapitres à l’origine, Françoise-Sylvie Pauly le développe sur plusieurs dizaines de pages et le fait illustrer par Pascal Crocy. Ce n’est donc pas un nouveau point de vue adopté dans cet ouvrage mais le développement plus en détails et en images des quelques paragraphes offerts par Bram Stoker
Aux entrées de journal de Jonathan Harker, de son départ d’Exeter (en Angleterre) à son séjour dans le château du Comte, s’ajoutent d’autres éléments nouveaux et plus ou moins enrichissants : photos, recettes de cuisine, articles de journaux… et évidemment les illustrations de Pascal Croci ! Le coup de crayon est particulier, les figures élancées aux visages durs (la cruauté des vampires n’est pas absente de Dracula) ne pourront certainement pas plaire à tout le monde. Je trouve, pour ma part, le trait extrêmement fluide et presque « gracieux », j’apprécie. Les couleurs dans des teintes vieillies/sépia s’accordent bien avec le texte et offrent un certain cachet non négligeable.
Si le texte en lui-même ne présente pas forcément un très fort intérêt et une grande originalité puisque n’apporte finalement pas grand chose de plus ; il prend en revanche un tour inattendu grâce à son « contexte ». On nous présente en effet ce journal comme la trouvaille d’un chercheur, trouvaille qui impliquerait l’existence attestée de Jonathan Harker qui aurait été en contact avec Bram Stoker qui se serait lui-même servi de ce journal pour rédiger son célèbre Dracula. Une mise en abyme qui laisse penser que cette aventure s’est réellement déroulée… et que le comte Dracula n’est peut-être pas seulement le fruit de l’imagination d’un écrivain irlandais…
Un roman graphique visuellement attractif mais un « produit dérivé » pas forcément indispensable. Pour les très grands fans en priorité.

planche à la recherche de dracula carnet jonathan harker pré aux clercs pascal croci pauly


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Le Coin des BD [9]

Trois nouvelles bande-dessinées (ou séries) dans ce nouveau numéro et trois découvertes très positives. Je fais même de l’une d’entre elle un beau coup de coeur que je relirai régulièrement !

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HERITAGE D EMILIEL’Héritage d’Emilie, Tome 1 à 5 de Florence MAGNIN.
Dargaud, 2002 à 2008, 48 à 62 pages. Pour les acheter  : L’Héritage d’Emilie, Tome 1

Nous sommes dans les années 1920, à Paris.
Émilie, une jeune femme danseuse au Moulin-Rouge, reçoit une énigmatique lettre d’un huissier. Stupéfaite celle-ci apprend qu’elle hérite – d’un grand oncle mystérieux – d’un château situé en Irlande, dans le Connemara !
Mais que cache vraiment ce « cadeau » tombé du ciel ? Commence alors pour elle un fabuleux voyage dans le temps, sur ces terres celtiques que l’on dit sacrées…

Le Paris des années 20 et l’Irlande de l’ouest (Connemara), il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour me tenter. Prêtés par un collègue, j’ai lu ces cinq volumes voilà quelques semaines et espère bien avoir l’occasion de mettre le nez dans d’autres travaux de Florence Magnin ; son coup de crayon m’a conquise.
Le lecteur découvre Emilie l’héroïne alors qu’elle se fait virer du Moulin Rouge où elle dansait et poussait la chansonnette. Elle oublie bien vite sa peine, lorsqu’un notaire lui annonce qu’elle a hérité d’un vieux manoir dans le Connemara (en Irlande donc). Curieuse et n’ayant pas grand chose à perdre, elle se rend sur place pour voir de ses yeux de quoi il s’agit. En chemin, elle jette un œil au journal intime de son oncle, également compris dans le legs. Celui-ci raconte ses rencontres et découvertes mystérieuses alors qu’il errait en Irlande. Le manoir semble abriter l’entrée d’un passage vers un monde parallèle, mais où est-il, comment l’activer et surtout, que cache-t-il en son sein ?
l'héritage d'émilie tome 1 florence extrait planchemagninEmilie se retrouve embarquer dans cette aventure, entourée de plusieurs groupes de personnages qui ne lui veulent pas tous du bien mais qui ont tous quelque chose à gagner dans cette histoire. Je me suis sentie parfois un peu déboussolée entre toutes ces figures, ayant du mal à fixer le rôle de chacun, ne sachant pas toujours de quel côté (alliés ou ennemis) les situer. Les réponses apparaissent petit à petit au fil des tomes mais le voile de mystères n’est jamais totalement levé. J’ai laissé passer trop de temps entre chaque volume et avais la tête à beaucoup d’autres choses (je n’étais pas très concentrée) ; j’ai donc loupé certains points et éclaircissements. Il vaut mieux tout lire d’une traite, à mon avis !
Ce qui m’a le plus plu et marquée, c’est le contexte dans lequel prend place cette intrigue. Les deux premiers volumes (surtout le second d’ailleurs), sont très marqués par l’atmosphère irlandaise, par la présence du petit peuple derrière la brume. On perd ensuite un peu de cette matière avec l’introduction d’explications plus tournées vers la science-fiction. Ce n’est pas inintéressant, loin de là, mais le côté moins « magique » et plus « scientifique » me séduit moins.
Malgré tout, je dois avouer que Florence Magnin pourrait me raconter n’importe quoi, je serais tout de même sous le charme de ses illustrations. Colorées et pleines de détails (mais pas non plus trop fouillies), j’ai adhéré dès la première planche. Les figures sont posées dans des décors magnifiques qui témoignent bien de la beauté des paysages irlandais et elles prennent vie grâce aux expressions fortes (mais naturelles) des visages.
Un gros plus pour les deux premiers volumes (surtout le deuxième d’ailleurs) qui à eux seuls valent le détour. Je suivrai dorénavant attentivement le travail de Florence Magnin !

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lydie zidrou jordi lafebre dargaudcoupdecoeur

Lydie de ZIDROU et Jordi LAFEBRE.
Dargaud, 2010, 60 pages. Pour l’acheter : Lydie

Avez-vous déjà entendu parler de « l’impasse du bébé à moustache » ? Ne cherchez pas ce bout de rue sur un plan, vous perdriez votre temps ! Seuls Zidrou et Jordi Lafebre peuvent vous y conduire ! Les habitants de l’impasse, les « moustachus », partagent les joies et les peines du quotidien sous le regard d’une statuette de madone à l’enfant Jésus. Alors quand Camille, jeune femme simple d’esprit, perd sa petite Lydie tout juste née, tous les habitants la soutiennent. Ils sont solidaires à nouveau lorsque Camille leur annonce le retour miraculeux de sa petite fille. Mieux vaut un joli mensonge qu’une vilaine vérité, pensent-ils tous. Seulement qu’arrive-t-il quand la vérité reprend ses droits ?

Une amie vendait certaines de ses bd. Séduite par le visuel et convaincue par son « ça va te plaire », je me suis laissée tenter… et j’ai bien fait ! Ce volume est une petite pépite pleine de douceur et de bons sentiments qui redonne le sourire lorsqu’on en a besoin. Une bande-dessinée « doudou », si on peut dire !
En découvrant l’histoire de Camille, jeune femme perdant sa petite fille à la naissance, je me suis dit que « ça commençait bien ! » et que ça n’allait pas être très bon pour mon moral… Et puis finalement, au fil des planches, les lèvres s’étirent, le sourire s’accroche et on a presque envie de laisser couler quelques larmichettes de bonheur en tournant la dernière page. N’ayez donc pas peur de vous lancer dans cette lecture qui prend un tournant inattendu.
eCopy, Inc.L’histoire nous est racontée du point de vue d’une statuette (une Vierge à l’enfant), installée dans la cavité d’un mur de la rue. Témoin de tout ce qui se passe dans l’impasse, c’est avec un regard bienveillant que la statuette suit la destinée des personnages et notamment de cette jeune Camille, brisée par la perte de son bébé. Elle revient sur la difficile épreuve puis nous explique ensuite comment, grâce à leur bonté et leur simplicité, tous les habitants du coin vont permettre à la jeune femme de traverser cette épreuve. En effet, persuadée du retour de sa petite Lydie, Camille retrouve le sourire… mais personne ne voit l’enfant ! Pourtant, pour ne pas faire de peine à la maman, tout le monde va jouer le jeu et s’extasier devant ce nourrisson invisible. Les semaines, les mois et les années passent, Lydie grandit, choyée par sa mère et son grand-père, protégée par toute la communauté… Et je ne vous raconte pas le dénouement, je vous invite plutôt à y jeter un coup d’œil.
Les êtres humains peuvent faire preuve d’une immense bonté quand l’un d’entre eux est touché par le sort. J’ai aimé cet aspect, peut-être trop embelli (trop niais ?) pour certains, mais qui offre beaucoup d’espoir et plein de bons sentiments. J’ai beaucoup souri devant les vignettes présentant les voisins maladroits face à la situation et pourtant tellement volontaires et j’ai été terriblement touchée par le devenir de la jeune Camille auprès de sa jolie Lydie.
La belle histoire scénarisée par Zidrou est sublimée par les magnifiques illustrations signées Jordi Lafebre. J’ai tout aimé dans le coup de crayon ! Les expressions des figures, leur silhouette, le détail du décor… et surtout la colorisation qui reste dans des teintes grises/beiges/jaunes, à la façon d’un filtre « sépia » qui donne l’illusion d’un vieillissement naturel de l’image et un certain charme à l’ancienne que j’aime beaucoup.
C’est simple, authentique et terriblement émouvant… j’ai adoré et je conseille plus que jamais !

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matteo tome 1 jean pierre gibratMattéo, Tome 1 : Première époque (1914 – 1915) de Jean-Pierre GIBRAT.
Futuropolis, 2008, 63 pages. Pour l’acheter : Mattéo, Tome 1

Mattéo, d’origine espagnole, ne reçoit pas d’ordre d’engagement lorsque la guerre est déclarée. Mais, ses amis au front, il est pris de remords, et décide de franchir le pas. Sa mère tente bien de s’y opposer, mais que peut-elle face à l’Amour ? Il faut dire que Juliette, la belle fiancée, très patriotique, ne comprend pas le détachement de Mattéo, et elle le harcèle un peu. Guillaume, le fils du noble du coin, lui, est parti au combat, même s’il sert dans l’Aviation où les risques sont moindres.
Alors, de l’Est de la France où les combats font rage à l’Amour de Juliette, il n’y a qu’un pas. Le tout est de ne pas le faire en territoire allemand…

Autre bande-dessinée rachetée à mon amie et autre jolie découverte même si pour apprécier véritablement l’œuvre, il me faudra lire les volumes suivants, je pense.
Ce premier tome pose les bases de l’histoire et présente les différents personnages au lecteur. Comme le sous-titre l’indique, l’intrigue prend place au début de la Première Guerre Mondiale, alors que les hommes commencent à être appelés pour aller sur le front. Mattéo lui, ne reçoit pas l’ordre car d’origine espagnole, ce qui rassure beaucoup sa mère mais déçoit Juliette, la jolie jeune femme du coin, largement impressionnée par l’engagement des hommes, notamment celui du beau Guillaume.
Une intrigue qui met donc en avant les sentiments d’un jeune homme sur fond de guerre… mais le tout reste assez « léger » pour le moment. On suit les tergiversations de Mattéo sur plusieurs planches, amoureux transi de sa Juliette qui le regarde à peine, complètement sûr de lui lorsqu’il annonce qu’il part sur le front et finalement revenu sur terre lorsqu’il découvre l’horreur de la guerre des tranchées. On tourne les pages avec l’envie de savoir ce qu’il adviendra du héros (sortira-t-il vivant de l’enfer de la guerre ?) et s’il parviendra à ses fins avec la demoiselle mais il faudra lire les volumes suivants pour obtenir les réponses à nos questions.
tome 1 mattéo jean pierre gibrat figure julietteOutre l’intrigue amoureuse et le devenir de Mattéo (la vie du héros est au centre de la bande-dessinée), c’est aussi le contexte historique qui a son intérêt ici. C’est l’occasion de découvrir comment l’annonce de la Première Guerre Mondiale a été prise par les français, ce que pouvaient ressentir les jeunes hommes appelés à briller sur le terrain (l’envie de faire ses preuves puis la désillusion face à la barbarie réelle) et évidemment ce qu’ils ont pu vivre une fois sur place, laissant famille et amis derrière eux, bravant les attaques et supportant les pertes quotidiennes de leurs alliés.
Je ne suis pas entièrement convaincue par le fond, attendant de lire la suite pour me faire une meilleure idée de ce que vaut le scénario, mais je suis déjà complètement conquise par le coup de crayon de Jean-Pierre Gibrat, notamment en ce qui concerne les visages de ses figures et les couleurs utilisées, plus généralement. J’ai souri en découvrant le joli minois de Juliette qui n’est pas sans me rappeler celui de l’actrice Evangeline Lilly, que je trouve absolument sublime, notamment dans Lost. Bref, visuellement, ça m’a beaucoup plu.
Convaincue par la forme, je fouillerai dans les autres œuvres de Jean-Pierre Gibrat pour faire plaisir à mes mirettes ; pour le fond, j’attends d’avoir l’occasion de lire la suite pour me prononcer définitivement car pour le moment, c’est plutôt un volume d’introduction qui reste en surface. L’intérêt sera de voir l’évolution du héros au fil des années et des périodes historiques qu’il traversera.