Bazar de la Littérature


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Nageur de rivière de Jim HARRISON

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Nageur de rivière
de Jim HARRISON
J’ai lu,
2015, p. 282

Première Publication : 2014

Pour l’acheter : Nageur de rivière

Jim Harrison, de son vrai nom James Harrison, est un écrivain américain, né le 11 décembre 1937 à Grayling dans le Michigan aux États-Unis.

♣ ♣ ♣

Le nouveau livre de Jim Harrison met en scène deux hommes aux prises avec l’amour, le désir, et toutes les contrariétés qui vont avec, tandis qu’en toile de fond la ville gangrène peu à peu la nature. Clive, historien de l’art distingué mais artiste raté, revient à contrecoeur dans la ferme familiale du Michigan pour s’occuper de sa mère. Et pourtant, à soixante ans, ce retour dans sa maison d’enfance va lui offrir une vraie cure de jouvence. Sur les bords du lac Michigan, Thad vit quant à lui dans une ferme isolée. Confronté à l’injustice et au difficile passage à l’âge adulte, il se prépare à traverser le lac pour rejoindre Chicago. C’est le début d’un long périple et d’un apprentissage décisif pour ce jeune homme jusqu’alors plus à l’aise dans l’eau et les rêves que sur la terre ferme.

Lors d’une des dernières opérations Masse Critique de Babelio, j’ai décidé de laisser un peu de côté mes habitudes pour me plonger dans la littérature américaine que je ne connais que trop peu. Le nom de Jim Harrison sonnait agréablement bien à mes oreilles et le synopsis de cette réédition poche me parlait assez pour me décider à cocher la case.
Finalement, je me rends compte que malgré mes nombreuses et différentes incursions, la littérature contemporaine dite « blanche » a tendance à m’ennuyer. Alors pas tous les titres évidemment, certains ont su m’émouvoir et m’accrocher mais ça reste finalement rare. Ce que je reproche à ce genre – et Nageur de rivière ne fait pas exception à la règle – c’est que les héros se regardent beaucoup trop le nombril… quel égocentrisme !

A travers deux novellas, Jim Harrison nous présente deux hommes à un instant -T de leur vie, au moment de prendre une décision importante pour la suite.
Le premier – Clive – a la soixantaine et vient de quitter New York, vexé d’avoir reçu un pot de peinture jaune lancé par une journaliste lors d’une de ses conférences. Historien d’art qui ne peint plus depuis 20 ans, l’homme se retrouve coincé pendant un mois dans la ferme familiale, forcé de s’occuper de sa mère octogénaire passionnée d’ornithologie et adepte de nourriture sans épice. Au milieu d’une nature généreuse, Clive redécouvre son amour d’adolescent et reprend la peinture par petites touches, songeant à sa vie passée, au présent et au futur qu’il se construit.
Thad est lui aux prémices de sa vie. A 17 ans, il est passionné par l’eau et la natation et ne voit pas son avenir sans cet élément. Malheureusement, il ne suffit pas de vouloir quelque chose pour l’obtenir. Fort de ses convictions et des rencontres qui se présentent à lui, l’adolescent ne lâche rien. Il nagera d’un fleuve à l’autre et étudiera les océans, un point c’est tout.

Autant le dire tout de suite : ces deux destins de deux êtres passionnés ne m’ont malheureusement pas… passionnée. Je ne suis pas du tout contre l’introspection, la quête de soi, les questionnements sur son avenir (c’est d’ailleurs un des plus gros moteurs des livres de fantasy et de littérature jeunesse) mais là, pour le coup, ça m’a ennuyée. Pire encore, si je peux m’attacher aux personnalités en quête de réponses dans les romans imaginaires, là, je trouve juste les personnages insupportablement égoïstes et égocentriques, complètement tournés et fermés sur eux-mêmes.
Ils décortiquent – surtout Clive dans Au pays du sans-pareil – quasiment tout et s’écoutent beaucoup trop. Le peintre raté pleure sur son existence, se plaint de sa relative pauvreté (c’est vrai qu’à 300 000 dollars par an, difficile de payer le loyer d’un appartement de 150m² en plein cœur de Manhattan), se questionne sur les sentiments (surtout sur sa libido) qu’il éprouve envers la fille qu’il avait failli culbuter dans une voiture alors qu’il était adolescent et fait une fixette sur ce moment particulier.
Thad m’a paru plus frais, plus naïf – certainement du fait de sa jeunesse – et donc plus agréable à suivre sur la centaine de pages que contient la novella Nageur de rivière (qui donne son titre au « recueil ») mais en même temps, son histoire en elle-même m’a encore moins plu que la précédente.

jim harrisonCe qui me manque surtout dans cette littérature, c’est un but, une intrigue. En imaginaire il y a une quête et généralement une confrontation entre le Bien et le Mal, dans les polars/thrillers il y a une enquête, en jeunesse on aborde finement des questionnements importants pour les plus jeunes, en romance on peut rêver de vivre l’histoire d’amour racontée (même si c’est généralement particulièrement peu crédible)… mais en littérature blanche, on se contente de suivre l’introspection de héros souvent paumés, mal dans leur peau, dans un quotidien particulièrement déprimant.
Alors certes je pourrais me reconnaître dans ces personnages lambda qui témoignent de notre siècle et de ses difficultés. Mais non, ça m’ennuie et ça me déprime. Et surtout, les pages défilent sans qu’on ait une véritable réponse ou avancée notable à la dernière page. Alors certes, les héros semblent avoir évolué et compris des choses sur la vie, sur eux-mêmes… voui, certainement. Mais généralement je me dis « eh ben, 280 pages pour ça… ». Ce n’est pas pour moi.

Malgré tout, et c’est ce qui m’a plu et ce qui m’a permis d’aller au bout de ce petit livre sans trop de problème, j’ai apprécié le style de Jim Harrison, généralement classé en auteur de « nature writing ». Les grands espaces, les descriptions de paysages, moi ça me plaît beaucoup. J’avoue même ne pas en avoir eu assez ici, ça reste très léger. J’aime l’idée que les héros soient liés aux éléments (c’est assez flagrant pour Thad et son amour de l’eau) et que les deux avancent ensemble. Dommage que les personnages prennent trop de place dans ces deux novellas, au détriment de celui que je voulais voir sur le devant de la scène : la nature.
J’ai aimé, bien que l’auteur insère des flash-back qui arrivent comme un cheveu sur la soupe. En effet, le personnage est en pleine introspection, un souvenir lui passe par la tête, il nous le raconte sans nous l’annoncer ce qui peut être un peu brutal parfois, on ne sait plus trop où on est. Mais finalement, on entre sans problème dans le texte, happé par le contexte. Dommage que les « intrigues » ne m’aient pas plu car la manière de les exposer m’avait séduite.

Je découvre Jim Harrison avec ce recueil de deux petites novellas. J’avais très envie de changer mes habitudes de lectures mais j’en ressors mitigée. J’ai apprécié le style de l’auteur et cette incursion dans le genre « nature writing » mais le fond m’a globalement ennuyée. J’ai vraiment trop peu d’empathie pour ces personnages trop centrés sur eux-mêmes, trop éloignés de mes propres questionnements.

Illustration : Portrait de Jim Harrison.


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Pour une liberté de Mathieu MERIGUET

mathieu mériguet pour une liberté auto édition
Pour une liberté

de Mathieu MERIGUET
Editions Amazon,
2014, p. 394

Première Publication : 2014

Pour l’acheter : Pour une liberté

Mathieu Mériguet est né à Paris le 18 mars 1986. Il vit aujourd’hui à Mérignac, près de Bordeaux. Il publie en mars 2014 L’Éveil, son premier roman, qui traite de la métamorphose d’un jeune reclus en personne sociable. En Mai 2014, il publie Engrenage, où le personnage principal est emporté dans une spirale infernale après avoir perdu son emploi. Il achève en novembre 2014 l’écriture de son troisième roman, Pour Une Liberté, un ouvrage qui repose sur le mystère et la nature. Mathieu Mériguet travaille actuellement à la rédaction de son quatrième ouvrage.

Son site 

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Quentin vit avec sa fiancée en banlieue parisienne. La vie est morose, il est temps de rentrer à la propriété familiale, une vaste bâtisse située dans le sud de la France, perdue dans la forêt. Paul, son frère, veille sur la propriété en attendant le retour de Quentin. Bûcheron de métier, il vit loin de la civilisation, à l’abri de ses dangers. Il est en communion totale avec la nature, qui lui permet de trouver le repos qu’il cherche. Mais Paul se montre mystérieux depuis quelques mois. Il est distant, et les rumeurs courent à son sujet. Au village, tout le monde redoute Paul, cet ermite robuste et solitaire, qui agit avec une obsession grandissante. Mais plus que tout, c’est la propriété qui inquiète, cette immense maison perdue dans les bois, qui porte dans ses murs un lourd passé. Quel mystère cache donc la forêt ? Que va découvrir Quentin une fois sur place ?

Je n’accepte pas toujours de découvrir les ouvrages que l’on me propose, par manque de temps essentiellement mais aussi parce que je ne lis pas tout et n’importe quoi : le sujet doit m’intriguer et me tenter un minimum. Je ne suis pas toujours conquise par les livres publiés par de « petites » maisons d’édition ou de « petits » auteurs mais je prends généralement beaucoup de plaisir à découvrir ceux-ci, consciente que ma lecture et mon regard extérieur importeront vraiment. J’ai parfois eu de véritables coups de coeur grâce aux « petits » acteurs de la chaîne du livre et continue donc d’accepter régulièrement les propositions.
Pour être tout à fait franche, ce n’est pas l’illustration de couverture de Pour une liberté qui m’a intriguée mais plutôt le synopsis. La gentillesse de Mathieu Mériguet a fait le reste (se vendre sur les réseaux sociaux n’a rien d’évident, j’en suis bien consciente, mais certains auteurs devraient revoir leur approche… car après cinq mails publicitaires intempestifs copiés-collés, recevoir un mail poli, personnalisé et surtout qui montre un intérêt minime et sincère pour notre travail de blogueur… généralement, il ne manque plus grand chose pour que j’accepte la proposition !).

A mon sens, Pour une liberté ne possède pas vraiment les caractéristiques du thriller, je ne lui donnerais donc pas cette étiquette. Certes, il y a un peu de suspens et une sorte de petite « enquête » autour d’un ou deux mystères familiaux, mais on est loin d’un Thilliez ou d’un Chattam pour ne citer que ces deux auteurs français. Certes, on pourrait le classer dans le thriller psychologique mais, à mon sens, Mathieu Mériguet n’utilise pas assez les codes du genre, ne va pas assez en profondeur pour qu’on puisse vraiment choisir ces termes.
Je pense qu’on peut plutôt parler de drame familial, sorte de huis-clos un peu oppressant ne mettant en scène que 4 ou 5 figures intimement liées les unes aux autres. Ce n’est qu’une appellation qui n’enlève rien au fond et à ses qualités scénaristiques mais qui peut surprendre le lecteur qui s’attend à un show à l’américaine avec meurtre, médecine légale et serial killer. Même si c’est réducteur, c’est généralement ce qu’on s’attend à trouver dans un thriller, moi en tout cas.

Bref. Une fois cela admis, on peut se plonger dans cette histoire assez dramatique et plutôt glauque. Contée par Quentin, narrateur trentenaire principal et exclusif, le lecteur découvre petit à petit ses secrets et cex entourant son entourage. Grâce à l’utilisation régulière de sauts dans le passé, on comprend progressivement l’ampleur des problèmes et surtout l’ampleur des troubles des personnages qui, il faut bien l’avouer, ont tous plus ou moins une pathologie sociale assez préoccupante ! Entre l’ivrogne, l’ours des bois et le faux-calme violent, il y a du lourd dans ce livre !
A commencer évidemment par le narrateur lui-même, anti-héros antipathique par excellence. Le parti pris du héros que l’on déteste est une bonne idée en soi mais j’avoue préférer quand un auteur joue avec moi et ma sensibilité, réussissant le pari de me faire aimer un salaud (ou au moins d’être touchée par lui et de mieux le comprendre) ; je pense notamment à Humbert Humbert dans le Lolita de Nabokov, pédophile que l’on devrait haïr et pour lequel on se surprend finalement à avoir de l’empathie. Ici, Quentin est détestable, mais la balance ne penche jamais de son côté. Il trompe et fait souffrir son entourage, est le pire égoïste de la création et ce, du début à la fin ! Je n’ai jamais ressenti la moindre compassion pour lui et encore moins le moindre attachement.
Les autres personnages ne sont pas mal croqués eux aussi, ils sont même assez bien dépeints… mais quelle noirceur ! quel pessimisme ! Je sais bien que l’humanité n’est pas toute rose à paillettes mais voir évoluer des figures qui se noient (dans l’alcool), qui dépriment, qui manipulent les autres… c’est certes tout à fait plausible mais ça manque tout de même d’une lueur d’espoir. L’avenir semble s’éclaircir pour deux d’entre eux à la fin du roman mais l’ensemble reste particulièrement dramatique. Ce n’est pas du tout un défaut mais il est évident que les lecteurs qui aiment s’identifier aux héros des livres qu’ils lisent, auront du mal à y trouver leur compte. Une barrière se met automatiquement en place entre les personnages et nous, une distance s’instaure, ce qui peut dérouter. Tout dépend si on apprécie et si on s’attend, ou non, à une identification forte aux personnages, lorsque l’on ouvre un livre.

mathieu mériguetCôté intrigue, j’ai tantôt été totalement captivée et tournais donc les pages assez avidement, tantôt été un peu ennuyée par certains passages répétitifs et donc un peu longuets. Le suspens n’est pas ultra présent mais les quelques mystères mis en place apportent juste ce qu’il faut de curiosité. On se doute de certaines révélations mais ça n’enlève pas le plaisir de la découverte. La chute est quant à elle plutôt bien amenée. Mathieu Mériguet l’amorce et l’annonce en amont et pour le coup, c’est bien travaillé.
Encore une fois, on peut s’en douter facilement, mais ça fonctionne bien. Dans l’ensemble, les bases de l’intrigue sont bien posées et c’est une histoire qui roule. Il aurait malgré tout été bienvenu, à mon goût, de corser et complexifier un peu les choses pour apporter un poil plus de peps et de surprises à la lecture. On peut regretter une certaine simplicité.

Ce que je retiendrai également de cette lecture, c’est le style de Mathieu. On sent que l’auteur a voulu apporter un soin – presque excessif – à son texte. De ce fait, le trait semble un peu forcé, artificiel… ça manque de naturel et, comme ont pu le signaler plusieurs autres blogueurs avant moi, cela se ressent surtout dans les dialogues parfois un peu pompeux et donc finalement trop peu crédibles.
La narration au passé simple souffre moins de ce petit défaut du « je veux trop bien faire » et glisse beaucoup plus facilement. Je salue d’ailleurs le choix de Mathieu Mériguet qui a voulu déséquilibrer un peu son schéma narratif et éviter la ligne plate et fade en insérant des « flash-backs ». L’idée est très bonne, elle mériterait juste d’être un poil plus travaillée pour que ces retours en arrière s’intègrent encore mieux dans le texte et surtout, évitent trop de répétitions.

Pour une liberté a été une lecture plutôt agréable pour moi, et parfois même haletante. Les bases sont bonnes et l’auteur va au bout de son idée ; ça fonctionne. Il manque juste quelques ajustements au niveau de la forme et peut-être quelques ajouts pour dynamiser le fond… J’encourage Mathieu Mériguet à continuer à travailler car il y a du potentiel !

Merci à l’auteur pour sa confiance !


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La Bibliothèque des coeurs cabossés de Katarina BIVALD

la bibliothèque des coeurs cabossés katarina bivald denoël
La Bibliothèque des cœurs cabossés
de Katarina BIVALD,
traduit du suédois par Carine BRUY
Denoël,
2015, p. 482

Première Publication : 2013

Pour l’acheter : La Bibliothèque des cœurs cabossés

Katarina Bivald a grandi en travaillant à mi-temps dans une librairie. Aujourd’hui, elle vit près de Stockholm, en Suède, avec sa sœur et autant d’étagères à livres que possible. La Bibliothèque des cœurs cabossés est son premier roman.

♣ ♣ ♣

Tout commence par les lettres que s’envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l’Iowa. Après deux ans d’échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu’Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine.
Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis – et pas uniquement les personnages de ses romans préférés –, qui l’aident à monter une librairie avec tous les livres qu’Amy affectionnait tant. Ce sera pour Sara, et pour les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, une véritable renaissance.
Et lorsque son visa de trois mois expire, ses nouveaux amis ont une idée géniale et complètement folle pour la faire rester à Broken Wheel…

La Bibliothèque des cœurs cabossés c’est ce joli livre que l’on voit fleurir un peu partout sur les blogs ces dernières semaines. Traduit et publié en France par les éditions Denoël, ce roman offert par Katarina Bivald séduit et déplaît tout autant. A priori, peu de juste milieu après avoir parcouru les mots de l’auteure suédoise : soit on adhère totalement à son héroïne et ses aventures, soit on passe à côté !
De mon côté, sans aller jusqu’au coup de cœur, je me suis sentie bien dans cette lecture et j’en avais bien besoin à ce moment-là. Cette histoire ne marquera pas mon esprit indéfiniment mais elle m’a réconfortée et je pense que j’aurai plaisir à m’y replonger dans quelques années.

Plus d’une fois lors de ma lecture je me suis surprise à penser au film Le Chocolat avec Juliette Binoche et Johnny Depp (adapté du livre éponyme de Joanne Harris que je n’ai pas encore lu) dans lequel l’arrivée d’une mère célibataire dans un tout petit village français va bouleverser l’ordre bien établi, révéler des secrets, libérer les peines…
Ici, point de mère célibataire mais une jeune libraire suédoise légèrement névrosée du livre, dans un village paumé de l’Iowa. Elle aussi va laisser une trace particulièrement durable de son passage car à Broken Wheel, nombreux sont les habitants qui ont bien besoin d’une transformation ! Des sentiments gardés secrets, des passés difficiles, des choix de vie marginalisés…
Sara va jouer le rôle du pilier autour duquel tous vont se rassembler pour mener à bien une quête commune. J’ai aimé ces tranches de vie dévoilées petit à petit, cette insertion dans le quotidien d’étrangers que l’on apprend à connaître et à apprécier au fil des pages. Des gens normaux qui doivent faire face aux difficultés de la vie ; en somme des figures touchantes.

Sara, l’héroïne de ce roman, m’a globalement plu. J’ai apprécié sa simplicité et son amour des livres et de la littérature mais son rapport avec la fiction a presque quelque chose de malsain. Elle se réfugie à corps perdu dans la lecture et semble ne plus avoir une idée claire de la barrière qui sépare la fiction de la réalité, a priori trop souvent déçue par ce qu’elle trouve dans cette dernière. Attention, une certaine Emma a aussi beaucoup bovarysé et ça s’est mal terminé pour elle ! Alors oui, en tant que gros lecteurs on peut effectivement se reconnaître dans quelques comportements et réactions de Sara et pourquoi pas, dans une moindre mesure, dans cette légère inaptitude à la vie réelle et sociale, mais j’ose espérer que ce n’est pas autant le cas (ou alors c’est très triste) ou que, du moins, ce n’est pas exactement l’image qu’ont les gens des gros lecteurs.
Je suis un peu dure avec cette jeune femme qui se réfugie dans les mots, malgré tout, elle demeure attachante et son évolution progressive donne le sourire. J’aime assez le message qui se dégage finalement (en tout cas celui que je me plais à y voir) : la lecture et la vie réelle ne sont pas incompatibles, on peut lire beaucoup tout en n’oubliant pas de vivre sa vie à côté, le juste milieu est à trouver et quand le besoin de réconfort se fait sentir (mais que l’entourage n’est pas dans le coin), rien de tel qu’un bon bouquin !

Le personnage qui m’aura finalement le plus « déçue » c’est Tom. Alors oui, sa présence embellit la vie de Sara et donc l’histoire, mais il est exactement là où on l’attend, et ce, dès qu’on le rencontre. Il est sans surprise, incarnant le bel homme célibataire du coin, bien sous tout rapport mais quand même un poil mystérieux. C’est décevant sans l’être car, comme pour les comédies romantiques, c’est une présence rassurante qui nous promet – on en est quasiment sûrs très rapidement – un « tout est bien qui finit bien ».

A vrai dire, on ne peut pas non plus dire que l’intrigue brille par son originalité et son rythme mais encore une fois, elle permet aux lecteurs de se sentir bien, de se balader dans cette petite ville perdue au milieu de nulle part, de prendre ses marques et de suivre les destinées des habitants après l’arrivée de Sara dans leur quotidien. Sara qui, étrangère esseulée en apprenant la mort de son hôte, a l’idée saugrenue d’ouvrir une librairie.
La situation, souvent cocasse, donne parfois l’illusion d’être à Bisounoursland (ouvrir une librairie comme ça, au milieu de nulle part, loin de son pays d’origine, sans papier – ou presque – sans argent – ou presque -, juste en comptant sur l’aide et la bénédiction des habitants du coin… ça existe, pour de vrai ?), mais encore une fois, ça fait du bien. C’est un enchaînement de rencontres, de décisions et d’échanges qui vont toujours dans le bon sens, comme si une marionnettiste tirait les ficelles en haut, faisant en sorte que tout soit en ordre. Je vous l’accorde, ça fait sourire, ce n’est pas très crédible… mais « who cares ? » !

katarina bivald portraitJ’ai été assez surprise par le choix du point de vue externe (voire omniscient ?) pour la narration. On serait tentés d’imaginer cette histoire sous forme de journal intime à la première personne du singulier, ce qui aurait renforcé l’empathie et l’identification à l’héroïne mais en même temps, pouvoir être sur tous les fronts (ou presque) et avoir accès aux vies (et pensées) des autres personnages, donne l’illusion d’assister – vue d’en haut – à un jeu où les personnages seraient les pions.
J’ai notamment apprécié l’introduction des lettres écrites par Amy à destination de Sara, insérées entre certains chapitres. Le lecteur peut ainsi en apprendre plus sur la vie de cette vieille dame bienveillante et appréciée par tous, et se rendre compte que, finalement, c’est peut-être elle qui tire (tirait) les ficelles depuis le début ?

Katarina Bivald vit dans le monde du livre, ça se voit, ça se sent. Elle glisse de nombreuses références littéraires au fil des pages, de Tom Sawyer à Bridget Jones, tout y passe. Elle aime les histoires et l’effet bénéfique que celles-ci ont sur les gens et le monde qui nous entoure. Avec ce roman, l’auteure nous montre – parfois un peu naïvement – que tout le monde peut trouver le livre qui lui convient, celui qui déclenchera la passion pour la lecture et, que vous soyez jeune ou vieux, homme ou femme, peu importe le livre que vous choisissez, vous ne serez pas définis par vos choix de lectures ! Le message est positif et rassurant.

En refermant cette Bibliothèque des cœurs cabossés je comprends mieux les arguments des lecteurs qui n’ont pas accroché mais en même temps, je suis d’accord avec les éléments apportés par ceux qui ont adoré, parce que même si ce roman n’est pas le roman du siècle pour moi, il m’a agréablement accompagnée sur un bout de chemin. Son intrigue un peu attendue au pays des « Bisounours » a été un réel réconfort pour moi et fera, je n’en doute pas, le même effet « doudou » à bien d’autres lecteurs. Une lecture qui fait du bien, tout simplement et parfois, on n’attend pas plus d’un livre.

 

Merci beaucoup à Denoël pour cette agréable découverte !

 

Illustration : Portrait de Katarina Bivald.


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La Quête d’Amy de Naomi AJAVON

la quête d'amy naomi ajavon éditions rémanence
La Quête d’Amy
de Naomi AJAVON
Editions de la Rémanence,
2014, p. 156

Première Publication : 2014

Pour l’acheter : sur le site de la maison !

Actuellement hôtesse de caisse dans un hypermarché grenoblois, Naomi Ajavon a fait partie des premières mompreneurs françaises en créant son entreprise, Idéal’Nature, dans le but de contribuer au respect de l’environnement. Elle se consacre également à la littérature, en  regroupant au sein de La Croisée des Plumes, un site dédié notamment à la littérature togolaise, des écrivains et des lecteurs passionnés puis en publiant La Quête d’Amy, son premier roman.

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Élevée et choyée par Dada, sa grand-mère, la petite Amy vit une enfance heureuse au Togo. Sa vie bascule quand, suite au décès de Dada, elle doit rejoindre ses parents installés en France. La jeune fille s’adapte facilement à son nouveau pays, mais pourquoi un tel désir d’indépendance et cette quête éperdue d’amour ?
Retraçant un parcours difficile et une histoire pleine d’amertume, La Quête d’Amy est un roman engagé et émouvant qui montre comment des faits encore ordinaires, peuvent, littéralement, détruire des âmes innocentes.

Je le dis régulièrement, la littérature contemporaine, ce n’est pas trop mon truc. J’en lis donc assez peu et j’y vais généralement à reculons même si la surprise s’avère assez bonne la plupart du temps. Naomi Ajavon a cependant su m’intriguer dans le mail qui me proposait la lecture de sa Quête d’Amy et sa gentillesse a fait le reste ; merci à elle.
De façon générale, la littérature africaine m’est totalement inconnue, de même que la majorité des coutumes du continent ; c’est donc avec une certaine curiosité que je me suis lancée dans cette lecture et j’en ressors assez convaincue. L’émotion était au rendez-vous et c’est ce que je retiens.

Ce court roman retrace l’histoire d’Amy à la première personne du singulier mais, contrairement au journal intime qui suit une narration linéaire par entrées successives (au fil des jours), le récit est ici beaucoup plus éclaté. L’auteure utilise en effet les retours en arrière et les flash-back, offrant ainsi à son intrigue plus de rythme et aussi plus de « suspens », donc d’intérêt.
On ne s’ennuie pas, c’est un fait. On tourne la centaine de pages avec facilité, curieux de découvrir le « fin » mot de l’histoire pour notre héroïne.

naomi-ajavon-1-2Amy est une jeune femme touchante – sans non plus tomber dans les atermoiements. Elle est à la fois candide, très « pure » mais fait en même temps preuve d’une grande maturité, combativité et détermination, quitte à se couper de tout son rassurant entourage.
C’est une héroïne de laquelle on peut se sentir proche, qui interpelle car elle peut refléter un combat similaire au nôtre ou qui émeut car elle témoigne d’une réalité sociale qui n’est pas si éloignée de notre quotidien.

J’ai aimé la façon dont Naomi Ajavon traite le thème de la place de la femme dans la communauté Togolaise. C’est authentique, sans concession, mais sans non plus tomber dans l’exagération. L’auteure nous parle de ces hommes qui cherchent à tout prix à se marier avec des françaises pour obtenir les papiers et la nationalité française. C’est présenté sans artifice mais sans oublier la délicatesse et l’émotion qui se cachent derrière.

J’ai vraiment eu l’impression de pénétrer dans le quotidien de la jeune Amy, suivant ses coutumes dans la communauté Togolaise installée à Grenoble. J’ai appris des choses (le vocabulaire relatif à la nourriture par exemple), ouvert les yeux sur d’autres… et j’ai surtout été émue par cette biographie (proche de l’autobiographie ?).
Alors oui, dans la forme, j’ai parfois senti quelques maladresses – n’oublions pas qu’il s’agit d’un premier roman pour Naomi Ajavon – mais l’intention est là, le message passe et l’émotion aussi.

Je continue à préférer la littérature de l’imaginaire mais j’apprécie parfois l’excursion émouvante dans notre réalité quotidienne. Merci donc à Naomi Ajavon de m’avoir amenée, pour quelques heures, dans un quotidien que je ne connaissais pas et dont je n’avais que trop peu conscience.

 

Illustration : Portrait de Naomi Ajavon.

 


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No et moi de Delphine de VIGAN

no et moi delphine de vigan livre de poche
No et moi

de Delphine de VIGAN
Le Livre de Poche,
2009, p. 256

Première Publication : 2007

Pour l’acheter : No et moi

Delphine de Vigan est une romancière et réalisatrice française née le 1er mars 1966 à Boulogne-Billancourt. Elle est l’auteur de sept romans dont No et moi en 2007 qui a été couronné par le prix des libraires.

♣ ♣ ♣

Lou Bertignac a 13 ans, un QI de 160 et des questions plein la tête. Les yeux grand ouverts, elle observe les gens, collectionne les mots, se livre à des expériences domestiques et dévore les encyclopédies.
Enfant unique d’une famille en déséquilibre, entre une mère brisée et un père champion de la bonne humeur feinte, dans l’obscurité d’un appartement dont les rideaux restent tirés, Lou invente des théories pour apprivoiser le monde. A la gare d’Austerlitz, elle rencontre No, une jeune fille SDF à peine plus âgée qu’elle.
No, son visage fatigué, ses vêtements sales, son silence. No, privée d’amour, rebelle, sauvage.
No dont l’errance et la solitude questionnent le monde.
Des hommes et des femmes dorment dans la rue, font la queue pour un repas chaud, marchent pour ne pas mourir de froid. « Les choses sont ce qu’elles sont ». Voilà ce dont il faudrait se contenter pour expliquer la violence qui nous entoure. Ce qu’il faudrait admettre. Mais Lou voudrait que les choses soient autrement. Que la terre change de sens, que la réalité ressemble aux affiches du métro, que chacun trouve sa place. Alors elle décide de sauver No, de lui donner un toit, une famille, se lance dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Envers et contre tous.

L’avantage des séjours loin de mon appartement (et donc de ma bibliothèque) c’est que je n’ai avec moi que les livres installés dans ma liseuse et qui sont généralement des ouvrages qui traînent dans ma PAL (Pile à Lire) depuis des années. Je n’ai pas trop le choix, ce qui me permet de faire un peu de vide en dépoussiérant mes étagères.
No et moi fait partie de ces petits poches récupérés çà ou là et que j’avais complètement oubliés. Il semble avoir fait l’unanimité auprès des lecteurs ; j’étais donc curieuse de me frotter à la plume de Delphine de Vigan.
Finalement, moi qui ne lis qu’assez peu de littérature contemporaine (parce que ça m’ennuie), je sors très satisfaite de cette découverte à la fois émouvante et assez réflexive.

On suit l’histoire du point de vue de Lou, 13 ans, adolescente au QI très élevé, particulièrement peu adaptée à la société qu’elle côtoie quotidiennement. Elle se balade en cours, maîtrisant tous les sujets sans difficulté, mais elle ne parvient pas à trouver sa place au sein de la classe. Chez elle ce n’est pas mieux car suite à la perte tragique d’un bébé, ses parents ne sont plus les mêmes. En grande dépression, sa mère semble enfermée dans une bulle infranchissable ; la communication avec elle est complètement coupée. Lou est donc doublement isolée, à cause de sa différence qui lui apporte de grosses difficultés de sociabilisation, et à cause de sa situation familiale.
Un jour, complètement terrifiée à l’idée de devoir présenter un exposé devant tous ses camarades de classe, la jeune fille invente un sujet sur le vif : elle compte interviewer une jeune femme SDF. Une fois l’annonce faite et le professeur particulièrement emballé par la question, Lou n’a plus qu’à trouver un individu pour sa nouvelle expérience grandeur nature… et c’est No qu’elle rencontre sur le quai de la gare. No, 18 ans qui, au fil des rendez-vous autour d’un café (ou d’un verre) va se révéler.
Derrière l’exposé et l’expérience quasi scientifique, c’est une véritable amitié et tendresse qui va se nouer entre les deux jeunes filles, toutes les deux inadaptées et rejetées par la société.

J’ai beaucoup aimé cette plongée dans le quotidien et les réflexions de Lou, à la fois très mature sur certains points et en même temps très naïve sur d’autres. C’est une gamine touchante et pour laquelle on ressent de l’empathie malgré sa différence (qui pourrait mettre une barrière entre elle et les lecteurs). L’utilisation du point de vue interne accentue évidemment la donne. Malgré ses jeunes années, Lou écrit bien, elle lance parfois quelques idées en l’air, quelques réflexions un peu naïves qui viennent alléger les propos par ailleurs assez dramatiques.
Mais ce que j’ai apprécié dans cette lecture c’est que la narratrice – et donc par extension Delphine de Vigan – ne tombe pas dans l’exagération pour faire pleurer dans les chaumières. Le passé des personnages (notamment celui de No) est abordé mais avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité, on ne tombe pas dans le pathos agaçant. Les émotions sont là, authentiques et particulièrement palpables.

delphine de viganNo, justement, est elle aussi une figure forte. Une enfance difficile, une mère absente car ne pouvant prendre ses responsabilités, une adolescence passée dans plusieurs foyers, la fuite, le froid, la faim et surtout la solitude et cette impression de ne jamais se sentir aimée.
Quand Lou lui propose de venir vivre chez elle, au sein de sa famille, la cohabitation n’est pas si simple. Les parents réagissent finalement avec bonté et enthousiasme à l’arrivée de cette jeune fille SDF qu’ils ne connaissent ni d’Eve ni d’Adam (rares sont ceux qui en feraient autant je pense) mais No, après des débuts prometteurs, retrouve de vieux démons. Delphine de Vigan ne joue ni la facilité ni le cliché et offre une personnalité assez complexe à ce personnage. J’ai apprécié son évolution au fil des pages et surtout le chemin qu’elle emprunte lors du dénouement. Ce n’est ni tout blanc ni tout noir, c’est la vie tout simplement.

Le seul petit « reproche » que je pourrais apporter à cette lecture réside dans le personnage de Lucas qui prend le contre-pied de Lou. Redoublant récidiviste, bad boy notoire, il va pourtant entrer dans la vie de la jeune adolescente et l’aider lorsqu’elle sera seule face à la détresse de No. Ce n’est pas une figure inutile mais pour le coup j’ai trouvé que c’était un peu « trop ». Cela paraît bien commode pour l’histoire que la petite surdouée noue une relation forte avec le « mauvais garçon » de 4 ans son aîné et c’est peut-être le côté le moins « réaliste » de ce court roman. Peut-être l’élément qui n’était pas nécessaire et qui semble rajouter pour dire de rajouter des sentiments amoureux dans la vie déjà chargée et compliquée de Lou.

Finalement, moi qui redoute toujours un peu la lecture de textes contemporains, je suis heureuse d’avoir découvert celui-ci. Le message est beau, bien amené et malgré les drames, Delphine de Vigan n’oublie pas d’apporter sa touche d’espoir. Malgré tout, la littérature contemporaine ne fera jamais partie de mes genres de prédilection, trop proche du quotidien et donc trop déprimante pour moi.