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J’aime PAS la danse de Stéphanie RICHARD, illustré par Gwenaëlle DOUMONT

j'aime pas la danse stephanie richard gwenaelle doumont talents haut
J’aime PAS la danse
de Stéphanie RICHARD,
illustré par Gwenaëlle DOUMONT
Talents Hauts,
2015, p. 32

Première Publication : 2015

Pour l’acheter : J’aime PAS la danse

Stéphanie Richard a commencé sa carrière dans le théâtre. Comédienne professionnelle, elle crée des spectacles et monte sa compagnie. Elle a publié un roman Pepix chez Sarbacane. Elle vit à Paris.

Diplômée des arts graphiques de Saint-Luc, Gwenaëlle Doumont a publié une dizaine d’ouvrages (Amaterra, Les Braques, Philomèle…). Elle vit en Belgique.

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« Moi, j’aime pas la danse. Mais Maman adore. Alors tous les mercredis, j’enfile mon tutu. Mais j’aime pas les tutus. Ça gratte et c’est rose. »
Des cours ennuyeux au grand écart qui fait mal, la narratrice ne nous épargne rien, jusqu’au spectacle de fin d’année où elle part du mauvais côté et fait le pitre pour le plus grand plaisir du public.

Pour ce petit album jeunesse, les éditions Talents Hauts reviennent avec une jeune héroïne qui n’aime PAS la danse. Eh ben moi, comme la maman, j’aime la danse. Mais j’aime aussi l’humour, l’ironie et l’autodérision alors j’étais curieuse de mettre le nez dans ces 32 pages pour découvrir comment cette petite fille allait aborder l’année de cours et le spectacle de fin d’année !

C’est amusant, c’est indéniable. Les situations qui s’enchaînent prêtes à sourire et la petite rouquine que l’on suit et qui n’a pas la langue dans sa poche, apporte beaucoup de fraîcheur. La voir se tortiller dans des positions improbables parce que son tutu rose la gratte ou l’observer attentivement tenter de réussir quelques pas de base, voilà qui en fera rire plus d’un, c’est certain.

Le texte, court mais percutant, accentue ce côté humoristique. Les phrases sont brèves et donc dynamiques, parfaites pour les plus jeunes lecteurs. Il y a quelques mots de vocabulaires appartenant à la danse classique (entrechats, arabesque…) qu’il faudra peut-être expliquer aux novices (attention à la chute si vous tentez la démonstration !) mais sinon, aucune difficulté notable.
La jeune héroïne est la narratrice du texte, l’aventure qui se revêt du « je » est donc encore plus facile à suivre et nul doute que plusieurs enfants se reconnaîtront dans cette petite fille qui n’aime pas la danse mais qui se retrouve contrainte de suivre les cours toute l’année, pour assouvir les désirs de sa maman. Ici Stéphanie Richard nous parle de la danse, mais cette activité pourrait être remplacée par n’importe quelle autre… bien qu’il soit assez facile de caricaturer la danse classique, les extrêmes n’étant jamais loin dans cette discipline.

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J’aime passionnément la danse (classique et tous les autres styles) mais je sais prendre du recul sur ce sport exigeant, surtout avec les plus jeunes ; et je suis consciente – comme beaucoup je l’espère – que certains parents vivent leurs envies par procuration, ce qui n’est jamais bon. De ce fait, un petit album humoristique sur le sujet était plus que le bienvenu et fonctionne à merveille… jusqu’à la chute qui, pour ma part, m’a un peu déçue.
Je trouve qu’elle n’ouvre pas assez les choses positivement. Bien sûr, cette petite fille et son entourage l’ont très bien compris, la danse ce n’est pas pour elle, il vaudrait peut-être mieux qu’elle se tourne vers une autre activité (le théâtre ?) mais j’ai trouvé le dénouement un peu brutal et peut-être un peu trop « négatif » ? Je ne suis pas une experte et c’est une impression tout à fait personnelle car beaucoup d’autres lecteurs, mamans et enfants, ont adoré d’un bout à l’autre.

A noter que les illustrations, vers lesquelles je ne me serais pas tournée naturellement en librairie, ont finalement su me séduire et me convaincre. Ces grandes jambes interminables et souvent entortillées chez notre héroïne, ces airs malicieux et plus ou moins concentrés… autant de détails qui participent à l’aspect amusant de l’histoire et qui séduiront petits et grands. Sans parler des couleurs choisies, alternant entre le rose, le jaune et le bleu : gaies et douces à la fois, parfaites pour l’attrait et le confort de lecture.

Ce n’est pas un sans faute pour moi, le dénouement m’ayant légèrement laissée sur ma faim, mais J’aime pas la danse m’a fait sourire plus d’une fois et revient avec beaucoup d’humour, à la fois sur l’exigeante discipline qu’est la danse classique et les choix que les parents font pour leurs enfants, parfois assez malavisés.

Un grand merci à Talents Hauts pour leur confiance ! 

Illustration : extrait trouvé chez Actualitté.com !

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Le Coin des Albums [6]

Une nouvelle fois dans ce rendez-vous, ce sont les albums publiés chez Nathan qui sont à l’honneur. Je commence à connaître un peu les productions de la maison et si les romans adolescents me lassent et ne répondent pas à mes attentes (à part peut-être la saga Soeurs sorcières de Jessica Spotswood), les albums pour enfants me font généralement passer un excellent moment. Je vous en présente quatre aujourd’hui, du moins enthousiasmant (même si celui-ci a quand même des qualités) au plus « waouh ! » (le dernier m’a vraiment énormément plu).

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1 poisson 3 voleurs 1 dragon rené gouichoux janik coat nathan1 poisson, 3 voleurs, 1 dragon de René GOUICHOUX, illustré par Janik COAT.
Nathan, 2014, 32 pages. Pour l’acheter : 1 poisson, 3 voleurs, 1 dragon

Il était une fois un tout petit poisson de rien du tout. Un jour, alors qu’il nage à la surface de la rivière, le tout petit poisson de rien du tout aperçoit sur la berge un poisson d’or. Puis, un peu plus loin, un poisson d’argent. Puis, un peu plus loin, trois voleurs. Puis, encore plus loin, un dragon. Il va falloir rusé pour ne pas finir dans l’estomac de l’un d’entre eux !

Je ne sais pas si c’est le dragon de l’histoire (et surtout sa représentation) qui me donne cette idée mais la première pensée qui m’est venue après avoir tourné la dernière page de cet album, c’est que j’ai eu l’impression d’avoir affaire à un conte asiatique. Dessins, thème, narration de l’histoire ou morale finale ? Je ne sais pas vraiment quel élément me pousse à cette comparaison mais j’ose la faire et peut-être que je me trompe totalement. Et j’ai aimé ce côté un peu oriental.
Je me répète mais j’aime que les albums pour enfants que je parcoure lient côté ludique et pédagogique alors quand une histoire propose une petite morale finale, ce n’est pas pour me déplaire, loin de là ! Le petit héros de la courte intrigue est un tout petit poisson, petit par la taille mais très grand par la ruse. Il va en effet réussir à échapper à la faim de loup de trois voleurs et surtout à celle d’un immense dragon… mais comment ? En les dupant bien évidemment !
Quasiment entièrement constitué de dialogues, le texte fonctionnera très bien sur les petits, je pense. C’est l’occasion pour les grands de jouer avec les voix et de théâtraliser un peu la lecture, ce qui fonctionne à tous les coups. C’est d’ailleurs de vraies petites scénettes qui se succèdent au cours de ces 32 pages, les petits lecteurs ne peineront donc pas à s’immerger dans l’histoire.
Ce qui pêche un peu, pour moi en tout cas, c’est le visuel. Je dois avouer que – à mon grand regret – je ne suis pas fan des illustrations de Janik Coat. Et plus que les traits et formes des images, ce sont surtout les couleurs qui me chagrinent. Je n’ai rien contre les teintes assez franches (voire primaires) mais l’utilisation ici faite ne me séduit pas des masses. J’apprécie la bichromie (voire trois couleurs) ou carrément le mélange de plein de teintes très différentes mais l’état entre deux me gêne un peu. Difficile d’expliquer clairement mon ressenti mais ces rouge, jaune, vert, bleu (à la rigueur parfois du orange, rose, marron) très vifs et très nets me semblent peu harmonieux. C’est un parti pris et c’est une question de goût… pour ma part je ne suis pas conquise.
Une aventure agréable mais une mise en images qui me laisse sur ma faim. Dommage !

1poisson3voleurs1dragon extraitImage trouvée sur Devine qui vient bloguer ?

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l'histoire vraie de pamir przewalski julie faulques fred bernard nathanL’Histoire vraie de Pamir le cheval de Przewalski de Fred BERNARD, illustré par Julie FAULQUES.
Nathan, 2014, 32 pages. Pour l’acheter : L’Histoire vraie de Pamir le cheval de Przevalski


À l’âge de 2 ans, Pamir n’avait connu que son enclos au zoo. Mais le jeune étalon est emmené dans les montagnes, en Lozère. Avec d’autres chevaux de Przewalski, il affronte le froid, la neige, le manque de nourriture… Ensemble, ils retrouvent petit à petit l’état sauvage. Leurs petits enfants reviendront en Mongolie, leur pays d’origine, pour repeupler la steppe.


Souvenez-vous, il y a quelques mois de cela, je découvrais L’Histoire vraie de Yen-Yen le panda géant qui m’avait séduite visuellement mais m’avais un peu déçue dans le fond. Eh bien cette fois, si j’ai apprécié la nouvelle aventure de ces « Histoires vraies », je suis un peu moins séduite par les illustrations. Les deux s’équilibrent mieux que le titre précédent, mais ce n’est toujours pas un sans faute pour cette collection, à mon goût.

Je suis une fervente amoureuse de la faune et de la flore et si je devais repartir quelques années en arrière, je pense que je ferais tout pour réussir à travailler dans un zoo, en tant que soigneur animalier. De ce fait, traiter de la conservation des animaux dans un album pour enfants me paraît être une excellente idée et je salue l’initiative et le partenariat mis en place entre le Muséum national d’histoire naturelle et les éditions Nathan. Il me semble que deux autres titres existent déjà (au sujet d’une tortue et d’un orang-outan) et nul doute que d’autres verront le jour dans les mois à venir. Vraiment, j’apprécie le fait que Fred Bernard et Julie Faulques mettent en scène des animaux ayant véritablement existé et, par là même, toutes les actions menées pour les protéger.
La narration de l’histoire de Yen-Yen le panda m’avait paru un peu brute de décoffrage car manquait clairement de liants, à mon goût. Je n’ai pas retrouvé ce petit problème avec l’histoire de Pamir ; les 32 pages glissent sans accrocs. Et une nouvelle fois, j’ai apprécié la présence des deux dernières pages, consacrées à une remise en contexte de l’espèce et à l’interview d’un spécialiste ayant vraiment connu l’animal en question (généralement le vétérinaire en charge). Une façon supplémentaire de rappeler que tout ce que contiennent ces pages est vrai et que oui, ces chevaux bizarres au nom imprononçable ont vraiment existé – et existent toujours à l’état sauvage grâce au programme de conservation et de repeuplement !
J’avais vraiment beaucoup aimé la douceur des traits et les teintes utilisées par Julie Faulques dans l’histoire de Yen-Yen, ici, même si j’ai apprécié, je suis tout de même un peu moins admirative. Peut-être que les espaces représentés (le contexte) se prêtent moins aux couleurs (beaucoup de jaune/orange/marron) et aux éléments de décor qui me parlent… Mais l’ensemble reste tout de même très agréable à feuilleter et donne une idée assez claire et réaliste de la vie de Pamir aux plus jeunes lecteurs.
Une collection dont l’initiative ne peut qu’être saluée. Ce numéro consacré à Pamir me parle peut-être un peu moins mais cela reste un bel album à découvrir !

l'histoire vraie de pamir le cheval extraitImage trouvée sur Mamantitou

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polka et hortense astrid desbordes marc boutavant nathanPolka et Hortense, la grande aventure de Astrid DESBORDES, illustré par Marc BOUTAVANT.
Nathan, 2014, 32 pages. Pour l’acheter : Polka et Hortense


Aujourd’hui, Polka entraîne Hortense à l’aventure. Ensemble, les deux souris vont marcher jusqu’au sommet de la Grande Montagne. Hortense a un peu peur… Heureusement, avoir une amie comme Polka, cela donne beaucoup de courage !


Je découvre à la fois Astrid Desbordes (l’auteure) et Marc Boutavant (l’illustrateur) grâce à cet album et je suis conquise à la fois par l’un et par l’autre. Polka et Hortense est un petit moment de voyage et d’amitié, un beau moment de douceur qui rend Bisounours.

Les deux petites souris partent en voyage, désireuses de découvrir ce qui se cache de l’autre côté de la montagne… et pour ça, il faut grimper tout en haut pour avoir un point de vue imprenable sur l’horizon ! Polka saute de joie mais Hortense est un peu plus réticente, un peu inquiète à l’idée de quitter son nid douillet et d’affronter l’inconnu. Heureusement, l’amitié des deux amies et la rencontre avec d’autres habitants de la forêt, vont permettre à chacun de se dépasser et à atteindre le sommet !
Alors bien sûr, ici, pas vraiment de grande morale et d’aspect pédagogique que l’on peut développer comme c’est le cas avec d’autres albums… mais l’histoire est si mignonne et si bien tournée que, franchement, pour une fois, je me contente du seul côté divertissant et des bons sentiments qui se dégagent de ce texte offert par Astrid Desbordes.
Et puis, les illustrations proposées par Marc Boutavant sont elles aussi si mignonnes qu’on ne peut que craquer ! Le court texte est généralement concentré sur une seule page (aléatoirement à gauche ou à droite) ce qui permet à l’illustrateur de prendre toute la place de l’autre côté et de proposer des pleines pages très belles ! Les couleurs (vert et « violet », j’apprécie !) et les dégradés sont appliqués d’une façon qui me plaît car, même si les teintes sont plutôt vives à la base, l’ensemble paraît très doux.
Peu de choses à dire sur cet album qui m’a beaucoup plu et que je recommande à ceux qui ont envie de découvrir une jolie histoire dans un bel objet-livre !

polka et hortense extraitImage trouvée sur Le coin du livre

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lily cherche son chat peggy nille nathan

coupdecoeur

Lily cherche son chat, cherche et trouve autour du monde de Peggy NILLE.
Nathan, 2014, 32 pages. Pour l’acheter : Lily cherche son chat


Sauras-tu retrouver Mia ?
Mais où est donc passé Mia, le chat de Lily ? Est-il caché, est-il parti voir du pays ? Avec se sacré matou, tout est possible…vite suivons ses traces !


Alors là, c’est bien simple, j’ai adoré tout le travail de Peggy Nille qui, seule aux commandes, nous propose un album aussi bien magnifique visuellement (le format est d’ailleurs plus grand que les trois présentés précédemment) que dans le fond. Beau, amusant et instructif, c’est vraiment le genre de livres que j’aurai envie de lire à mes futurs enfants !

Le postulat de départ est simple : le chat de Lily – qui s’appelle Mia – a disparu et semble avoir envie de se promener tout autour du monde. La petite fille part à sa recherche, bien vite accompagnée de plusieurs de ses ami(e)s. Le lecteur passe donc d’un tableau à l’autre, d’un décor à l’autre, suivant une certaine logique scénaristique mais profitant surtout du voyage pour découvrir de nouveaux paysages et us et coutumes associés. De la jungle africaine au Pérou en passant par la Russie, l’Inde et le Japon, c’est parti pour un petit tour du monde coloré !
Chaque double page présente donc un tableau différent. Chaque millimètre de papier est utilisé et coloré proposant ainsi des scènes assez denses car remplies de plein plein plein d’éléments différents. Le texte situé en bas de chaque page raconte l’avancée des recherches de Lily et de ses amis mais aussi des petits jeux très amusants ! Il faut trouver et compter le nombre de lapins, repérer tel oiseau de telle couleur, mettre le doigt sur les différents instruments utilisés par les musiciens en Inde… bref, l’enfant (et l’adulte, je ne vais pas mentir !) s’amuse follement tout en apprenant plein plein de choses ! Vous saviez vous, que le tambour et le violon hindous s’appelaient respectivement le tabla et le sarangi ou encore qu’une poupée de bois russe était baptisée une matriochka ? Voilà de quoi ouvrir de nombreuses perspectives aux parents et enseignants qui liront cet album à leurs enfants/élèves car c’est l’occasion d’élargir un peu la lecture en partant sur plusieurs thèmes juste effleurés ici. Vraiment, si vous avez un brin d’imagination, il y a beaucoup à faire !
Je vous ai parlé du fond qui, vous avez pu le constater, m’a vraiment emballée… et il en va de même pour le visuel ! Très coloré (mais pas trop, les teintes sont bien choisies !), très fourni et détaillé (mais pas non plus fourre-tout dans lequel on se perd) sur de belles grandes doubles-pages… je suis fan fan fan ! Le tout petit bémol vient peut-être de la représentation des petits personnages (des visages notamment) car même si je les trouve tout mignons, j’ai quand même une préférence pour les éléments de décors et paysages.
Peggy Nille a ici fait un excellent travail à mon avis et j’espère que j’aurai l’occasion de découvrir ses autres travaux pour la jeunesse !

lily cherche son chat extraitImage trouvée sur Daily Books

 

 

Merci à Nathan pour ces jolis moments !

 


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Le Coin des BD [10]

Des bd lues à l’automne dernier, il était temps d’en parler !

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CANON GRAPHIQUE 3 VOLUMES

coupdecoeur

Le Canon graphique, Tomes 1 à 3 de COLLECTIF.
Editions Télémaque, 2012-2013, environ 500 pages par volume. Pour les acheter : Le Canon graphique, Tome 2

Chaque oeuvre littéraire est introduite par une brève présentation contextuelle.
Le premier volume s’ouvre avec les grandes épopées anciennes, l’adaptation de pièces de la Grèce antique et des interprétations des textes sacrés.
Le Canon Graphique volume 2 offre un panorama graphique riche et surprenant de la littérature du XIXe siècle à travers le monde. Il s’ouvre sur Augures d’innocence de William Blake, et Orgueil et préjugés de Jane Austen.
Le volume 3 du Canon Graphique présente un déluge ininterrompu de bandes dessinées, d’illustrations, de photographies qui donnent vie à la littérature du XXe siècle.

Quasiment 1500 pages illustrées pour faire (re)vivre la littérature classique mondiale de l’Antiquité à nos jours. 1500 pages magnifiques pour découvrir ou redécouvrir des textes qui nous ont fait vibrer ou nous ferons vibrer bientôt. L’idée est excellente, la réalisation particulièrement époustoufflante. C’est bien simple, quand j’aurai une centaine d’euros en poche (chacun d’entre eux étant à 40€ environ), je me les offrirai ; le deuxième volume en priorité.
J’ai effectivement une préférence pour le tome consacré à la littérature du XIXe siècle, tout simplement parce que ce siècle propose les oeuvres qui me parlent le plus et de ce fait, que je connais le plus. Jane Austen, les soeur Brontë et Charles Dickens chez les anglais, Baudelaire, Rimbaud, Flaubert et Maupassant chez les français ou encore Tolstoï et Dostoïevski chez les russes… un très beau pannel d’auteurs différents et autant d’artistes variés pour illustrer les extraits de ces grandes oeuvres.
canon graphique volume 2 éditions télémaque extrait orgueil et préjugésJ’ai vraiment aimé la diversité proposée par ces volumes, aussi bien côté fond (la plume des différents auteurs) que côté forme (les visuels des nombreux illustrateurs). Il y en a vraiment pour tous les goûts ! Du noir et blanc avec des traits simplifiés à l’extrême aux pleines pages d’aquarelles, des vignettes empruntées au format BD aux posters réduits en format A4, des illustrations étendues sur une ou vingt pages, avec ou sans le texte (d’origine ou retravaillé)… L’imagination des plus grands artistes est à l’oeuvre et chacun y trouvera son compte !
J’ai eu moins d’affinités avec les volumes un et trois, bien que ceux-ci soient aussi très beaux et intéressants mais encore une fois, il s’agit d’un avis personnel. Je suis plus proche des textes du XIXe que des textes écrits dans la deuxième moitié du XXe siècle ; en revanche, j’ai apprécié découvrir des oeuvres antiques que je ne connaissais pas et qui sont pourtant des classiques du genre : le Tao Te King de Lao Tseu ou encore le texte mythologique maya Popol-Vuh.
C’est un peu l’intérêt de ces 1500 pages d’extraits : picorer des bouts de textes par-ci par-là, en entrevoir de nouveaux et avoir la curiosité et l’envie de les dévorer en entier ! De même pour le travail des artistes qui nous présentent là quelques pièces de leur oeuvre… dans laquelle on peut également avoir envie d’aller fouiller après avoir feuilleter ces Canons graphiques ! A mon sens, une réussite complète que ces trois volumes, je ne peux que saluer l’initiative et vous inviter à y jeter un oeil !

Le site pour en savoir plus !

 

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québec land bardin bourré-guilbert massot sarbacane

Québec Land de Pauline BARDIN et Edouard BOURRE-GUILBERT, illustré par AUDE MASSOT.
Editions Sarbacane, 2014, 254 pages. Pour l’acheter : Québec land

Québec Land, ou l’histoire de deux jeunes Français (Edouard et Pauline) et leur chat, Gaspard qui décident de quitter la France pour vivre une expérience au Canada.? Après obtention de leurs PVT (Permis Vacances- Travail), vient l’heure des cartons, des adieux à la famille, des sept heures d’avion et des premiers pas sur le Nouveau Monde… S’inspirant avec humour et tendresse de leur propre expérience, les auteurs passent en revue les grandes thématiques de l’expatriation canadienne.
Avertissement : grand froid, caribou et « tabarnak » ne sont pas les seuls au rendez-vous !

Prêté par Mademoiselle Laura qui a fait un petit séjour au Québec en octobre dernier, j’ai pu ainsi mettre le doigt sur ce qu’elle a pu vivre dans ces contrées lointaines, de l’autre côté de l’océan Atlantique. Et autant dire qu‘il s’en passe des choses à des milliers de kilomètres !
Malgré tout, je pense que pour profiter au mieux de cette bd, il vaut mieux être familier de la vie au Québec. Complètement étrangère à ces habitudes particulières, au vocabulaire particulièrement étrange et au climat plus que glacial, la plupart des blagues sont un peu tombées à plat avec moi. Il y a bien quelques traits d’humour qui font mouche au sein de ces 250 pages, mais je pense que l’ensemble parlera beaucoup plus à ceux qui ont déjà fait l’expérience de ce voyage, comme Pauline et Edouard, les deux auteurs-narrateurs de l’ouvrage.
Quebec_Land_extrait éditions sarbacanePartagée en plusieurs parties suivant les saisons (le couple est resté un an sur place, avec leur chat), la bd revient sur les grands moments vécus au cours d’un séjour à l’étranger (n’importe quel voyageur pourra se reconnaître dans les scènes de formulaires, départ à l’aéroport, nouvelles de la famille…) avec évidemment, beaucoup de détails sur un séjour au Québec, en particulier (il neige… BEAUCOUP !). Mais encore une fois, tout n’est pas drôle pour les néophytes qui passent à côté de beaucoup de références.
Si le texte ne m’a pas plus emballée plus que ça, j’ai en revanche été assez séduite par les dessins proposés par Aude Massot. Le trait est simple mais efficace et particulièrement en adéquation avec le fond humoristique. Finalement, ce que j’ai préféré ce sont les teintes utilisées : on dirait que l’illustratrice à déposer un filtre vieillissant sur chaque page, proposant ainsi des images qui font penser à de vieilles cartes postales jaunissantes ou bleuissantes ; parfait pour une histoire de séjour à l’étranger !
Québec Land n’est pas désagréable à parcourir mais il ne restera pas dans les annales. Les traits d’humour tombent malheureusement souvent à plat pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de vivre quelques temps au Québec. A réserver, donc, aux connaisseurs et amoureux du pays.

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zombillénium tome 2 ressources humaines arthur de pins dupuisZombillénium, Tome 2 : Ressources humaines de Arthur de PINS.
Dupuis, 2011, 48 pages. Pour l’acheter : Zombillénium, Tome 2

 Tome 1 

Tags sur les murs, avertissement du curé du coin : visiblement les esprits s’échauffent autour de Zombillénium. Quand on n’embauche que des morts (ou des sorcières !) dans une région où le taux de chômage est à 25%, il faut bien s’attendre à quelques frictions.
Si l’on ajoute à ça des visiteurs une miette pénibles et des employés qui, pour être morts, n’en aimeraient pas moins prendre des vacances, on comprend que ce n’est pas trop le moment de venir parler revendications salariales à Francis Von Bloodt.

Le premier volume – baptisé Gretchen – avait été un véritable coup de coeur. D’ailleurs, plusieurs années après, je ris encore en repensant au zombie Michael Jackson-José qui se la joue perso sur les chorés et je relis avec plaisir certaines vignettes, juste pour avoir le sourire. J’ai longuement retardé la lecture de ce deuxième opus, redoutant la déception… et finalement, sans être déçu, ce Ressources humaines n’a pas la même saveur que le précédent. J’ai aimé, mais je n’ai pas adoré. J’ai souri, mais je n’ai pas ri aux éclats. Une lecture agréable donc, mais un cran en dessous du premier, à mon goût.
Si je retiens bien un truc du premier volume, c’est l’humour. A chaque page quasiment, à chaque vignette presque, j’y avais trouvé une trace humoristique. Là, il y a quelques bons mots, quelques traits amusants, mais c’est beaucoup plus anecdotique et c’est finalement ce qui m’a manqué pour que je passe un excellent moment.
zombillénium 2 extrait plancheEn revanche, j’ai trouvé que l’intrigue de ce deuxième tome était un peu plus complexe, peut-être un poil plus travaillée et approfondie et j’ai aimé la suivre. J’ai d’ailleurs été surprise par la tournure des évènements ; ce qui est plutôt positif. Je regrette malgré tout de ne pas avoir croisé les personnages clefs du premier tome plus régulièrement, notamment Gretchen et Aurélien. Ici, on découvre de toutes nouvelles figures et ce sont leurs aventures que l’on va suivre. Bien sûr, la sorcière et le nouvel employé ne sont pas loin et participent à l’intrigue mais c’est, là encore, anecdotique. Dommage ! Mais après tout, c’est aussi l’occasion de passer un peu plus de temps en compagnie de Francis, le directeur du parc et de Sirius, le squelette motard. Arthur de Pins développe un peu plus son univers et c’est toujours agréable d’y plonger !
Côté dessins, là, aucune déception : j’adore toujours autant ! J’aime le trait des visages, les expressions et postures des personnages, les décors… et les couleurs utilisées. Tout me plaît ! Côté format, c’est classique pour une bd puisque ce deuxième volume comporte 48 planches divisées en bandes de vignettes (plus ou moins régulièrement dans la disposition et le nombre). Classique, mais efficace et qui permet une lecture claire et fluide (ce qui n’est pas toujours le cas des oeuvres graphiques !). J’aime les interventions-dialogues des personnages présents dans les bulles, c’est toujours vif, incisif et même parfois très drôle (pas assez à mon goût mais je me répète).
Peut-être pas à la hauteur du coup de coeur que j’avais eu à la lecture du premier tome mais tout de même un excellent moment qui m’invite à acquérir au plus vite le troisième opus… j’ai hâte de retrouver l’univers d’Arthur de Pins (et Michael Jackson-José ! ^^).

Le site officiel (super fun !) !

 


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Le Papillon à roulettes de Marie GARNIER, illustré par Jeanne CHAPELLE

le papillon à roulettes marie garnier jeanne chapelle baudelaire éditions

Le Papillon à roulettes 
de Marie GARNIER,
illustré par Jeanne CHAPELLE
Editions Baudelaire,
2012, p. 57

Première Publication : 2012

Pour l’acheter : Sur le site de la maison !

Marie Garnier aurait pu être une femme tout à fait banale, elle aurait pu ne jamais écrire, suivre une carrière commerciale avec brio, se marier, avoir des enfants… tout en tradition. Or, la vie en a décidé autrement, puisqu’en 1988, elle met au monde une enfant magnifique, une enfant désirée, une enfant choyée… une enfant handicapée… ce qu’elle n’apprendra que plusieurs mois plus tard. Marie Garnier est une battante, elle ne cédera rien pour faire le bonheur de sa fille coûte que coûte, quitte à tout contrôler, quitte à tout perdre…Son combat, qu’elle décrit avec délicatesse, elle le doit à sa fille comme elle se le doit à elle-même. Un combat qui a évolué au fil des ans : garantir une belle vie à sa fille, puis réaliser qu’elle avait elle aussi droit au bonheur… sans culpabiliser… C’est cette ambivalence, cette opposition entre la mère et la femme, entre la mère et le père, entre l’amour de son enfant et la rage de l’impuissance… qui a été la source d’inspiration de cet émouvant témoignage.

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– Il ne vole toujours pas ! dit papa Papillon, qui est très inquiet.
– Il n’essaye même pas ! répond maman Papillon.
Maman et papa Papillon décident d’emmener bébé Papillon chez le grand papillon blanc. Ils veulent comprendre pourquoi bébé Papillon ne vole pas comme les autres petits papillons.

Ce n’est plus un secret pour personne, j’aime les albums pour enfants. Outre les beaux dessins et les belles couleurs souvent proposés, ce sont les thèmes qui me parlent et que je chéris, thèmes divertissants la plupart du temps mais thèmes assez évocateurs également.
Ainsi, lorsque les éditions Baudelaire (par l’intermédiaire de La Pause librairie) m’ont proposé de découvrir Le Papillon à roulettes et son histoire d’enfant différent, je ne pouvais qu’accepter. Je ressors conquise de la découverte, touchée par le message et enchantée par les illustrations… merci !

C’est en tant que maman d’une petite fille avec un handicap que Marie Garnier a pris sa plume pour nous raconter, toute en sensibilité et délicatesse, l’apprentissage de la vie en étant différent.
La métaphore du papillon est simple, presqu’évidente, mais efficace et il fallait y penser. Les enfants seront plus facilement attirés par l’idée (les animaux humanisés ça fonctionne toujours très bien !) mais ne manqueront pas de faire le lien et de comprendre le message derrière.

L’histoire est tristement simple : un couple de jeunes papillons attend un heureux évènement. Le jour de la naissance arrive, Bébé papillon est enfin là et c’est la fête à la maison, les grands-parents sont autant aux anges que les heureux parents. Mais voilà, les semaines passent et Bébé papillon reste calme, elle ne cherche pas à partir en exploration, à s’envoler pour visiter le monde. Le couperet tombe finalement chez le docteur, Bébé papillon a des ailes mais ne peut pas voler, jamais. Alors on l’installe dans un joli fauteuil à roulettes pour qu’elle puisse se déplacer.
Bébé papillon grandit et devient une Enfant papillon triste parce qu’elle se sent seule, malgré tout l’amour et toute l’attention de sa famille. Elle est différente des autres enfants papillons et peine à s’intégrer à leur groupe, à leurs jeux. Difficile de comprendre la joie de voler quand on ne peut pas soit même tester ! Ne vous inquiétez pas, vous vous en doutez, une solution heureuse (que je ne vous dévoilerai pas) est trouvée et le sourire revient enfin sur le visage de la petite fille papillon.

le papillon à roulettes marie garnier éditions baudelaire extrait illustration jeanne chapelleOn peut regretter le léger déséquilibre existant entre les différentes parties de l’histoire : Marie Garnier passe pas mal de temps à nous raconter l’avant naissance, l’arrivée de bébé et les premiers doutes jusqu’à l’annonce ; mais finalement, le handicap vécu par l’enfant et la tristesse qu’il engendre, n’est qu’assez peu développé.
En terme de pages (et de proportion), c’est peut-être deux tiers – un tiers… et c’est presque dommage de passer plus de temps du point de vue des parents que du point de vue de la petite fille papillon… en même temps, c’est une maman qui raconte son histoire donc le choix semble naturel.

En plus du thème important et bien traité, les illustrations offrent un sans faute pour moi. Je les ai trouvées toutes mignonnes et particulièrement à propos. Nombreuses puisqu’elles occupent chaque page de gauche, elles accompagnent très bien le texte, lui situé sur les pages de droite. Les plus jeunes pourront suivre l’histoire en regardant les images et en écoutant la voix d’un adulte avant de pouvoir eux-mêmes se lancer dans la lecture.
J’ai aimé les teintes choisies. Jeanne Chapelle n’utilise pas énormément de couleurs mais toujours les mêmes ce qui créé une unité rassurante et douce. Et si j’apprécie généralement les beaux dessins en pleine page, j’aime aussi ceux qui, plus discrets, habillent le centre et restent entourés de blanc ; c’est reposant pour les yeux et amène le lecteur/spectateur à l’essentiel (il n’y a pas une multitude de détails dans lesquels on peut se perdre).

Vous l’aurez compris, à part le minuscule bémol concernant le découpage de l’histoire, l’association du texte et de ses illustrations fonctionne à merveille et séduira plus d’un lecteur, petit ou grand enfant. Il me semble que le handicap est un sujet qu’il faut aborder au plus vite afin de sensibiliser chacun à ce sujet et étendre ensuite la pensée à la différence de façon plus générale. Le regard des autres et l’acceptation de soi comme on est, c’est important, dès le plus jeune âge !

Illustration signée Jeanne Chapelle.

Merci aux éditions Baudelaire pour leur confiance !


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Les Nuits rouges du théâtre d’épouvante de Alexandre KHA

les nuits rouges du théâtre d'épouvante alexandre kha
Les Nuits rouges du théâtre d’épouvante
de Alexandre KHA
Editions Tanibis,
2014, p. 120

Première Publication : 2014

Pour l’acheter : directement sur le site de la maison !

Alexandre Kha, né à Lannion le 30 novembre 1969, est un illustrateur et dessinateur de bande dessinée français.

♣ ♣ ♣

Trois ans après Les Monstres aux pieds d’argile, Les Nuits rouges du théâtre d’épouvante pose un nouveau jalon dans l’univers d’Alexandre Kha. Il retrace cette fois-ci l’histoire funeste de la troupe de comédiens d’un théâtre délaissé où, peu à peu, les cauchemars imaginaires de leur spectacle macabre prennent le pas sur la réalité.
Les cinq chapitres constituent autant d’histoires secondaires, tel un roman-feuilleton, et évoquent les personnages étranges qui peuplent ces nuits rouges : un épouvantail misanthrope, persécuté par les corbeaux, un Casanova au visage vitriolé, un jeune étudiant décapité mais bavard, un loup-garou aguicheur et lunatique, de vrais et faux zombies, sans oublier Elena, jeune femme d’Europe de l’Est engagée dans ce théâtre pour sa faculté à exprimer la peur, sous le joug d’un metteur en scène tyrannique. Ici, le dérisoire côtoie le tragique. Le morbide se teinte d’érotisme. Les nuits sont rouges mais le sang plutôt noir.

Reçu grâce à la dernière opération Masse Critique de Babelio, Les Nuits rouges du théâtre d’épouvante est un petit ovni proposé par les éditions villeurbannaises Tanibis, que je remercie. Je ne connaissais ni la maison (pourtant je vis à côté !) ni Alexandre Kha, auteur et illustrateur de l’ouvrage (et d’autres avant celui-ci, dans la même veine a priori). Je prends vraiment beaucoup de plaisir à sortir des sentiers battus et à découvrir de « petites » structures ; c’est d’ailleurs le point le plus positif de ce blog et des partenariats que je peux mettre en place ici ou là.
Je n’ai pas adoré Les Nuits rouges du théâtre d’épouvante d’un bout à l’autre mais j’ai été intriguée et surprise par l’aventure. Il y a clairement un quelque chose qui se dégage de cet ouvrage, une « patte » particulière que j’ai appris à apprécier au fil des pages et que j’ai même été déçue de quitter lorsque ma lecture a été terminée. Etonnant et marquant, ce « recueil » m’a convaincue. Et vous ?

A l’intérieur de ce joli et grand livre rouge, cinq épisodes dédiés à cinq personnages différents, tous liés les uns aux autres, et tous rencontrés plus ou moins régulièrement en personnages secondaires dans les historiettes dont ils ne sont pas les héros.
Un Epouvantail raseur (qui n’effraie aucun oiseau, bien au contraire !), un Casanova vitriolé (qui espionne de jeunes femmes chez elles avant de leur voler quelques affaires et de les collectionner comme trophée… jusqu’au soir d’Halloween !), un Lycanthrope aguicheur (qui peine à contrôler ses pulsions), une Tête parlante (qui a perdu la tête lors d’un rendez-vous amoureux bien particulier !) et un Souffleur intempestif (embauché pour soutenir Elena qui peine à retenir son texte) : cinq figures masculines gravitant autour d’une seule et blanche colombe – la fameuse Elena – une jeune ukrainienne sans papier qui devient actrice dans le théâtre de l’épouvante. Tout ce petit monde est plus ou moins réuni dans ce théâtre particulier auprès du directeur des lieux – Henri Chaptal – un créateur un peu fantasque, aux allures de tyran parfois légèrement amère.

extrait les nuits rouges du théâtre d'épouvante alexandre kha tanibisJ’ai globalement apprécié toutes les histoires liées à chacun des personnages que l’on croise même si certaines m’ont davantage accrochée et donc marquée. L’aventure du Lycanthrope aguicheur est la plus courte de toutes (c’est la troisième, celle du milieu) et c’est sans doute celle que j’ai trouvé la moins aboutie. Le personnage mis en scène est intéressant – on le croise en personnage secondaire dans les autres épisodes – mais c’est court, trop court. Par contre j’ai apprécié les quatre autres, toutes différentes dans la narration, toutes originales et assez intenses. Le passé de la Tête parlante (comment le personnage s’est retrouvé sans tête) est assez glauque mais c’est bien trouvé.

De façon générale, Alexandre Kha entremêle l’Amour et la Mort (Eros et Thanatos) dans la vie de chacun de ses personnages. Il n’est pas le premier à le faire, mais ça fonctionne bien et c’est un duo qui me parle assez. Pour autant, l’auteur/illustrateur ne tombe pas non plus dans un romantisme effréné ou dans l’hyperbole insupportable ; non, il apporte juste ce qu’il faut d’ironie, une petite pointe de cynisme qui rééquilibre un peu l’ensemble et offre un peu de fraîcheur.

Je dois avouer qu’au premier abord, je n’étais pas vraiment fan du dessin. Vignette par vignette, les visages et expressions ne me plaisaient pas plus que ça. Un côté résolument enfantin, cherchant la simplicité… ça ne me parlait pas vraiment. Et puis, à force de tourner les pages, j’ai laissé ma vision s’élargir un peu et ai finalement pris beaucoup de plaisir à regarder ces 120 grandes pages. L’ensemble fonctionne très bien et j’ai tourné la dernière page en ayant gagné une certaine tendresse pour le style de Alexandre Kha.
Les teintes choisies m’ont aidée à apprivoiser celui-ci car le choix de la polychromie rouge/noir/gris/blanc offre une ambiance particulière, un juste milieu entre douceur et brutalité des nuances. Un peu comme l’Amour et la Mort d’ailleurs.

Curieuse mais sceptique à la lecture des premières pages, j’ai finalement refermé l’ouvrage séduite par la « patte » Alexandre Kha, convaincue par son originalité décalée. Je suivrai le travail de l’auteur/illustrateur et essayerai de me pencher sur ses précédents titres, pour commencer !