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Coeur de Highlander, Tome 1 : Lyra MacArthur de Demi MCGOWAN

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Coeur de Highlander,
Tome 1 : Lyra MacArthur
de Demi MCGOWAN
Rebelle,
2014, p. 278

Première Publication : 2014

Pour l’acheter : sur le site de l’éditeur !

Née dans le sud de la France, Demi aime à se décrire comme un étonnant mélange français. Elle revendique ses origines bretonnes sans pour autant en oublier le lieu où elle a grandi. Demi a toujours été le joyeux trublion de la famille. Elle aime faire rire et se cache aisément derrière son sourire. Toujours dans la lune à s’inventer une autre vie inspirée des films de cape et d’épée, forte de 15 ans d’escrime et de l’influence paternelle, Demi attrape vite le virus du clavier et se laisse porter par les mots. Elle signe aujourd’hui son premier roman, une Romance Historique se déroulant en Écosse, dans laquelle elle a su mêler tout ce qui la personnifie, Amour, Fragilité, Humour, escrime et… tête de mule comme dirait son père.

♣ ♣ ♣

Fille, sœur et veuve de Highlander, Lyra MacArthur est belle, fougueuse et manie les armes comme un homme. Elle veut être une femme libre de décider de son avenir et ne plus jamais se remarier. La vie auprès de ses frères, Ethan et Erwan, lui suffit amplement !William MacRae, laird d’Eilean Donan a décidé de la courtiser. Ce guerrier au passé douloureux se retrouve face à un refus qu’il n’accepte pas. Lyra sera sa femme. Le tout est de le lui faire comprendre ! Mais dans les Highlands, un complot se trame qui pourrait bien changer la vie de nombreuses personnes et surtout du peuple écossais. À moins qu’une association inattendue ne vienne le mettre à mal. Toutefois, le passé de William pourrait bien compliquer les choses. Un homme couvert de cicatrices peut-il rassurer et protéger une femme plus fragile qu’elle ne veut l’admettre ?

Soyons clairs : je n’ai pas aimé. Coeur de Highlander premier du nom n’a pas non plus été une torture à lire mais je n’y ai pas pris beaucoup de plaisir et deux semaines plus tard, je n’en ai aucun souvenir. Cette chronique risque donc d’être beaucoup plus courte que d’habitude, n’ayant pas beaucoup de matière pour la rédiger.
Précisons tout de même que je ne suis pas le public idéal pour ce genre d’ouvrages. Les romances historiques, ça ne marche quasiment jamais avec moi. Et pourtant je vous jure que j’ai envie que ça passe, j’ai envie de lire une romance qui me transporte dans une époque plus ou moins ancienne… mais généralement, je ne fais que lever les yeux au ciel, exaspérée par la personnalité des héros et pas du tout convaincue par la teneur historique (quand le contexte est assez développé pour qu’on le remarque) de l’intrigue.
J’espérais vraiment que Demi McGowan réussirait à me convaincre. J’étais partie sans trop d’a priori, plutôt contente de me plonger dans une lecture légère et divertissante après avoir enchaîné pas mal de titres imaginaires. Eh bien non. Sans non plus tomber dans le cliché insupportable, Lyra MacArthur m’a ennuyée, les héros ne m’ont pas du tout séduite et je ne parle même pas de l’absence totale (ou presque) de contexte historique. Encore raté.

Ce que je reproche généralement aux romances historiques c’est que d’historique, justement, elles n’ont que le nom. Les personnages pourraient être déplacés dans n’importe quel contexte, dans n’importe quel pays (ou presque) et surtout à n’importe quelle époque, ce serait exactement la même chose. Et malheureusement, c’est un peu le cas ici.
Alors certes, Demi McGowan utilise quelques mots de vocabulaire dans les premiers chapitres, notamment pour décrire la tenue typique du Highlander, mais c’est très ponctuel, juste histoire de balancer quelques images fortes aux lecteurs (en bref : le héros est en kilt, avec des couleurs et un blason particuliers) et un peu plus tard, me semble-t-il, pour parler d’armes traditionnelles (et peut-être même d’instruments). C’est une bonne idée et je félicite l’auteure pour l’utilisation de ce vocabulaire précis, mais c’est trop furtif entre les pages pour qu’une atmosphère soit créée. On a plus l’impression que l’auteure s’est sentie obligée de justifier son contexte en offrant quelques détails aux lecteurs, histoire de faire croire qu’on est bien en Ecosse dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Et moi, personnellement, ne pas avoir un décor riche, un contexte bien présent, lorsque je lis un texte (romance ou non) historique, ben ça me gêne.
Alors Demi McGowan tente également d’insérer une mini-intrigue politique dans son histoire (en gros : le conflit ancestral entre les écossais et les « envahisseurs » anglais) mais on en parle quasiment pas tout au long de l’histoire, à part sur les derniers chapitres (comme si l’auteure s’était enfin réveillée et s’était rendue compte que, mince, elle avait oublié de parler de ça). En deux chapitres l’affaire est réglée. De toute façon, ce qui compte ici, c’est la romance, le reste on s’en fout.

Je pense qu’il faudrait que j’arrête d’espérer autre chose qu’une bête romance pas crédible quand je lis une romance historique. J’ai l’impression que ça ne sert à rien parce que toutes celles que j’ai pu lire n’apportaient absolument rien historiquement parlant. C’est juste un homme et une femme qu’on installe dans des costumes et dans des lieux que les lecteurs connaissent (donc pas forcément en phase avec la réalité historique). A croire que le lecteur a juste envie de lire une histoire de c** avec des tableaux un peu « exotiques » derrière (genre un vieux chateau écossais).
Moi je suis un peu bête, quand je lis un truc « historique », j’ai envie d’apprendre des choses vraies, de me cultiver, de voyager dans le temps et dans l’espace et d’être vraiment plongée dans un contexte avec une réalité tangible. Et si en plus la romance fait vibrer, oui, j’achète. Mais en fait, ça n’arrive jamais. En tout cas, je ne suis jamais tombée sur une romance historique m’ayant apporté tout ça. Je crois que je me fourvoie définitivement sur la définition de « romance historique ».

Bon par contre, là où Demi McGowan ne joue pas trop mal, c’est au niveau de ses personnages principaux, à savoir Lyra et William. Alors certes, c’est bourré de clichés : elle est forcément la seule femme forte et indépendante (qui a de la répartie et qui sait se battre avec des dagues) à des centaines de kilomètres à la ronde (toutes les autres sont bien ancrées dans leur temps donc forcément illétrées et seulement bonnes à tenir la maison tout en baissant les yeux face aux hommes) et lui est forcément le héros mystérieux car torturé dans son enfance mais finalement au coeur tendre (et en kilt, obviously). C’est naze. Mais bon, si on est pas trop trop regardant, ça fonctionne.
Encore une fois, il me faut, personnellement, des personnalités beaucoup plus complexes et beaucoup moins linéaires pour que je leur trouve un quelconque intérêt et que je m’attache à elles. Mais, il faut rendre justice à l’auteure, ses deux héros ne sont pas « si pires ». Lyra notamment qui évite l’erreur habituelle : être décrite comme une femme forte et indépendante au début du livre et qui perd tous ses neurones et son indépendance dès la rencontre avec le beau et grand mâle trois pages plus tard. Là, au moins, l’héroïne continue à garder son répondant, son « intelligence » et son indépendance. Franchement, c’est appréciable. Finalement, Lyra et William m’ont parfois agacée mais je n’ai quand même pas trop levé les yeux au ciel et je n’ai pas eu trop de mal à suivre leurs aventures amoureuses.

demi mcgowan rebelle éditionsLes aventures amoureuses, parlons-en. Comme d’habitude, le jeu du chat et de la souris qui se termine évidemment sur un mariage et des gosses. Contrairement à d’autres romances historiques qui m’avaient fait hurler d’indignation, Demi McGowan ne force pas trop le trait du chat et de la souris, alors merci. Bon, c’est évidemment cousu de fil blanc (en même temps c’est le principe de la romance) et c’est souvent absolument pas crédible, mais encore une fois, si on n’est pas trop regardant, ça reste assez divertissant.
Malgré tout, certaines scènes m’ont particulièrement fait tiquer. Je pense notamment à celle où Lyra fait démonstration de ses super capacités de guerrière avec des lames, devant une assemblée de mecs complètement sans voix. On dirait le fantasme d’une adolescente couché sur papier. Non mais je vous jure, moi quand j’avais 13 ans, je rêvais de montrer un de mes talents à tout le monde (généralement sur scène) et de récolter des regards émerveillés de toute la gent masculine (manque de confiance en soi, tout ça tout ça). On se croirait dans une fanfiction qui, à mon goût, est le meilleur support pour se laisser aller à ses fantasmes un peu débiles. Autre scène absolument « what the fuck?! » et attention, je spoile un max… [il faut surligner la suite]Lyra, alors qu’elle est enceinte de 9 mois à la fin du livre, se rend sur le champ de bataille, protège son mari des ennemis (parce que ce grand Highlander au coeur d’artichaut est en difficulté et tous les membres de son clan, que des guerriers forts et braves, ne parviennent pas à lui venir en aide) et butte le grand méchant en un tour de main. Et finit par accoucher en deux secondes chrono sur le dit champ de bataille, entre deux cadavres ennemis. MAIS BIEN SUR. Bon en fait si, j’ai levé les yeux au ciel sur ce bouquin, au moins deux fois.

Je ne suis pas faite pour les romances historiques – en tout cas celles qu’on nous propose actuellement sur le marché – ce n’est pas la faute de Demi McGowan. Mais malheureusement, elle ne m’a pas du tout fait changer d’avis sur la question, même si je reconnais que son histoire est loin d’être la pire découverte dans le genre. Je ne lirai pas la suite, évidemment.

Illustration : portrait de Demi McGowan trouvé sur le site de Rebelle éditions.

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Les Fourberies de l’Amour de Georgette HEYER

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Les Fourberies de l’Amour

de Georgette HEYER,
traduit par Francine et Tanguy de COURSON
Milady Romance,
2014, p. 428

Première Publication : 1963

Pour l’acheter : Les Fourberies de l’Amour

Georgette Heyer (née le 16 août 1902, morte le 4 juillet 1974) est un écrivain anglais de romances historiques, de romans policiers et de romans historiques.

♣ ♣ ♣

Pour rendre service à sa mère criblée de dettes, Evelyn Denvill, dandy désinvolte, accepte de jouer la comédie de l’amour à Cressida Stavely, issue d’une famille fortunée, dans l’espoir de restaurer les finances familiales. Mais le soir où un dîner est donné en son honneur par la famille de sa fiancée, Evelyn disparaît. Son frère jumeau, Christopher, accepte de le remplacer à cette réception. Et comme le hasard fait bien les choses, le jeune homme n’est pas insensible au charme de la ravissante fiancée de son frère…

Une petite romance historique de temps en temps, c’est bon pour la santé. Et quand le Publishers Weekly nous annonce que « découvrir Georgette Heyer est la meilleure chose qui puisse vous arriver après avoir lu Jane Austen« , difficile de passer à côté de ces Fourberies de l’Amour !
Effectivement, ce roman est un joli divertissement et s’il n’est pas au niveau de la grande Jane, il est indéniablement bien écrit. Il m’a malgré tout manqué un brin de piment, un poil d’émotion et une grande louche de second degré pour que j’en fasse une excellente lecture. Agréable mais pas inoubliable, donc.

Le texte s’ouvre sur le retour impromptu de Christopher – Kit pour les intimes – au milieu de la nuit. Sa mère profite de ses retrouvailles pour lui apprendre sa situation délicate (elle est lourdement endettée) et, par la même occasion, les projets d’Evelyn, son autre fils. Disparu soudainement de la circulation (le jeune homme n’en est pas à sa première escapade), la chère mère s’inquiète de la soirée du lendemain pendant laquelle ses fiançailles avec Cressida Stavely (affectueusement surnommée Cressy par ses proches) doivent être annoncées (fiançailles qui permettraient de contenter l’oncle tuteur et qui débloqueraient donc l’héritage du jeune homme). Si Evelyn n’est pas là, tout le monde va y perdre face et réputation ! Kit a la solution : il prendra la place de son jumeau pour la soirée, pour sauver les apparences… oui mais voilà que cette situation douteuse perdure dans le temps et qu’il est de plus en plus difficile de mentir à tous quotidiennement.

Comme pour toutes les romances que j’ai pu lire jusque là, il suffit de parcourir la quatrième de couverture et les premières pages pour avoir une idée assez claire du dénouement. Peu de surprises à l’horizon, on sait très vite que les deux amoureux (à savoir Kit et Cressy) vont finir main dans la main. Le suspens n’est donc pas au rendez-vous mais ce n’est pas ce qu’on cherche avec le genre, on a juste envie d’être rassuré et de passer un bon moment.
Malgré tout, j’apprécie généralement que tout ne soit pas du « tout cuit » et que quelques rebondissements viennent pimenter l’ensemble. Ici, c’est malheureusement assez peu le cas. L’intrigue est plutôt linéaire, sans véritable surprises ce qui donne une impression de fadeur et même parfois d’ennui. Je me suis d’ailleurs demandée à plusieurs reprises comment Georgette Heyer avait pu remplir autant de pages (428 quand même !) avec « si peu de fond »…

georgette heyer portraitEh bien, la dame écrit bien. Je ne peux me baser que sur la traduction française proposée par Milady, signée par Francine et Tanguy de Courson, mais celle-ci vient bien de quelque part… la base originale doit donc être dans le même ordre d’idée. J’ai été suprise de découvrir que la première publication de ce roman (baptisé False Colours dans sa langue d’origine) date de 1963 ! Mais le côté un peu « désuet » et plus élégant du style s’explique très certainement ainsi car, il faut bien l’avouer, les romances historiques écrites aujourd’hui n’ont pas la même saveur et, malgré leur désir de respecter les codes d’une société ancienne, laissent généralement glisser trop d’éléments modernes pour qu’on y croit vraiment. Ici, non seulement les codes de la Régence anglaise (début XIXe siècle) sont respectés mais le style permet en plus une immersion un peu plus complète.
Il manque malgré tout une verve à la Jane Austen pour dynamiser un peu tout ça. En effet, tout le soin apporté à la plume n’efface pas les longueurs et moments assez ennuyeux que j’ai pu relever pendant ma lecture. On tourne en rond, ça manque de rythme, d’ironie dans les descriptions et de réparties piquantes. Dommage car avec ce petit je-ne-sais-quoi supplémentaire, Les Fourberies de l’Amour aurait pu passer d’une lecture agréable mais sans plus à une lecture véritablement marquante.

Ce qui est également un peu dommage ici et qui manque aussi de piment, ce sont les personnalités des personnages, notamment des deux principaux : Cressy et Kit. Les deux amoureux sont assez fades et j’avoue que je n’ai qu’assez peu vibrer avec eux. Pas du tout en fait. Je peux comprendre qu’ils tombent amoureux – c’est plutôt logique – mais je n’ai rien ressenti en suivant leurs aventures, je n’y ai pas cru. Comme je le disais plus haut, ça manque un peu d’émotions et c’est ce qui rend cette lecture trop terne. Dommage !
Evelyn, qui finit par réapparaître (même si je ne vous dis pas dans quelles circonstances) et qui est censé être plus vif et indomptable que son jumeau (en tout cas c’est comme cela qu’on nous le présente à plusieurs reprises) m’a lui aussi semblé un peu « mou ». En tout cas, pas fougueux et volage, ni même faisant preuve d’indécence dans ses réparties. Il est presque trop sage dans ses interventions. Un comble ! La mère est une ingénue immature particulièrement agaçante… mais qui a finalement bon fond, alors on lui pardonne ses bêtises et on sourit lorsqu’on est témoin du puissant amour qu’elle éprouve pour ses deux grands garçons.
Les autres figures – plutôt nombreuses – restent secondaires. On les différencie assez bien et elles tiennent bien leur rôle, certaines sortent un peu du lot (la grand-mère de Cressy notamment) mais globalement, elles ne marquent pas tellement les esprits. Elles habillent et enrichissent le décor et puis voilà.

J’ai souligné plusieurs petits défauts à ce roman. Malgré tout, je n’ai pas passé un mauvais moment, ma lecture a même été assez divertissante dans son ensemble. Je regrette seulement qu’une plume aussi soignée n’ait pas été au service d’une romance un peu plus dynamique et pimentée avec des héros plus charismatiques et touchants. Peut-être trouverai-je tout ça dans une autre romance historique proposée par Georgette Heyer ?

Illustration : Portrait de Georgette Heyer.

Merci à Aurélia pour la confiance renouvelée !

 

challenge XIXe


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Edith, reine des Saxons de Regine SONDERMANN

edith reine des saxons regine sondermann
Edith, reine des Saxons
de Regine SONDERMANN,
traduit de l’allemand par Karine VOIGT
Editions Amazon,
2014, p. 208

Première Publication : 2014

Pour l’acheter : Édith, reine des Saxons

Regine Sondermann est née en 1965 à Nördlingen (Donau-Ries). Après des études de langues slaves à Cologne et à Berlin, elle se consacre à sa vocation d’écrivain. Elle vit à Magdebourg avec sa famille.

♣ ♣ ♣

« Vous voulez m’aimer, mais vous ne me connaissez pas ». C’est par ces mots que la Reine Édith commence son récit, qu’elle nous adresse aujourd’hui la parole, à plus de mille ans de distance. L’auteur magdebourgeoise, Regine Sondermann transporte le lecteur dans un Moyen-Âge encore jeune, aux côtés d’une femme, dont on ne connaissait jusqu’à présent que peu de choses. Elle mourut à trente-six ans et fut enterrée dans la cathédrale de Magdebourg où ses ossements ont été retrouvés dans un petit cercueil de plomb, en l’an 2010. L’auteur a trouvé dans les sources historiques, les livres d’histoire et ses entretiens avec archéologues et historiens de petits morceaux de cette courte vie, qu’elle a patiemment assemblés et remis en place, comme un bol ancien brisé il y a très longtemps. Lire l’histoire d’Édith et de sa famille, c’est voyager dans des contrées inconnues, qui nous paraissent si proches, et se trouvent pourtant infiniment loin, c’est découvrir des moeurs tantôt archaïques, tantôt cruelles et la croyance profonde guidant et réconfortant nos ancêtres, livrés impuissants aux guerres, famines et maladies.

J’ai longtemps été passionnée par tout ce qui a trait au Moyen Age. Les cours d’histoire de l’art médiéval étaient mes préférés (je me suis même lancée dans un master sur le sujet) et j’ai dévoré bon nombre de romans et études sur le sujet. Je ne sais pas s’il me reste grand chose aujourd’hui de tout ça, j’étais donc heureuse de pouvoir retrouver mes amours adolescentes avec cet ouvrage, adorablement proposé par Regine Sondermann et Karine Voigt (la traductrice) que je remercie.
Il me semble que l’on connaît davantage l’histoire médiévale à partir de l’an 1000 et la mise en place du système féodal avec les châteaux (et surtout leur ancêtre, la motte castrale) mais que l’on est moins à l’aise avec le Haut Moyen Age, première partie de cette longue période (Ve-XVe, grossièrement, séparée en trois). Evidemment, les sources écrites sont plus rares… mais quand même (j’avais beaucoup aimé la duologie Les Reines pourpres de Jean-Louis Fetjaine) ! Edith, reine des Saxons, revient sur la vie d’une femme ayant vécu dans la première moitié du Xe siècle… et quelle vie !

Difficile d’être une femme à cette époque. Pauvre vous deviez travailler des dizaines d’heures par jour et mourriez à à peine trente ans ; née dans une famille privilégiée, vous étiez là pour servir les intérêts de la lignée et donc pour être « vendue » au plus offrant. Fille du royaume du Wessex (sud de l’Angleterre actuelle), Edith est envoyée avec l’une de ses soeurs pour être présentée à Otton, futur successeur d’Henri 1er, roi de la Francie occidentale. Bien sûr, pas de chance, c’est elle qu’il choisit comme future épouse, devant répudier la femme qu’il avait alors dans sa couche et dont il avait eu un premier fils. Dès lors, Edith doit seconder cet époux aux lourdes responsabilités, réussir à intégrer une belle famille réticente, s’adapter à des coutumes étrangères aux siennes et surtout… donner un fils à la lignée royale. Jeux de pouvoirs, manipulations, conflits fraternels, meurtres de sang froid plus ou moins déguisés… Edith meurt à l’âge de 36 ans, fatiguée par une courte vie bien remplie.

statuettes edtih otton magdebourgCe n’est que très récemment, en 2010, que les ossements d’Edith furent découverts au sein de la cathédrale de Magdebourg (en Allemagne). Regine Sondermann, grâce à de nombreuses recherches et grâce à l’aide de spécialistes, nous propose de les faire revivre en nous contant ce que a pu (a dû ?) être la vie d’Edith de Wessex.
De son enfance sur les routes du sud de l’actuelle Angleterre aux derniers jours de son existence, soulagée par les promesses d’avenir de ses deux enfants, Edith nous relate son voyage. C’est un peu comme une sorte de journal intime sorti tout droit de l’au-delà.
Regine Sondermann a en effet choisi la narration à la première personne du singulier tout en gardant un ton assez détaché, une certaine distance. On se retrouve donc avec un texte qui oscille entre le roman et le témoignage historique. Le « je » rend le tout plus palpable pour le lecteur, plus attachant et donc digeste… mais j’aurais presque aimé que l’histoire soit plus romancée, plus développée ; que l’auteure s’attarde davantage sur la psychologie de cette « héroïne », figure historiquement réelle car à mon goût, cette femme d’exception qui a fait l’Histoire (comme beaucoup d’autres femmes avant et après elle), reste trop froide tout au long du récit, trop distante, un peu comme si elle nous récitait un exposé d’une voix monocorde, laissant les émotions de côté. Je suis donc restée légèrement sur ma faim, et je le regrette. En même temps, je comprends aussi ce choix de narration qui n’est pas inintéressant au demeurant ; j’ai juste une préférence pour les textes qui jouent plus sur le côté émotif que sur la narration neutre de faits réels, comme un manuel d’histoire pourrait le faire. L’ouvrage de Regine Sondermann hésite entre les deux.

L’auteure a fait nombre de recherches, ce qui se ressent dans les nombreux détails disséminés tout au long du texte. C’est documenté, riche en informations et vraiment passionnant ! Malgré tout, pour des lecteurs parfaitement novices et pas historiens de base, il me semble que quelques explications sommaires auraient pu être utiles (qu’entend-on par « Saxons », par exemple ? Le duc de Saxe – Otton – ça correspond à quoi exactement ?) ; une carte présentant le découpage des différents royaumes dans la première moitié du Xe siècle aurait aussi pu être insérée au début du livre, de même qu’un succinct arbre généalogique ? Bien sûr, les recherches peuvent se faire en parallèle, grâce à Google qui est notre ami… mais pour les fainéants comme moi, qui lisent loin de leur écran d’ordinateur, c’est moins pratique. Cela dit, c’est l’occasion de laisser libre court à sa curiosité et d’apprendre plein de choses ! J’aime assez les livres historiques pour ça.

J’ai vraiment beaucoup aimé découvrir cette reine méconnue de notre Histoire et en savoir plus sur les us et coutumes de l’époque, par la même occasion. 200 pages, c’est court, et la plume très fluide et très belle de Regine Sondermann participe, bien paradoxalement, au sentiment de manque : j’en aurais voulu plus ! Le choix d’une narration un peu froide et distante – témoin d’une personnalité de l’époque ? – me laisse un peu sur ma faim car m’a un empêchée de m’attacher à Edith autant que je l’aurais pu si le côté émotif avait été plus développé. Un grand merci à Regine Sondermann d’avoir fait revivre cette figure historique à travers ces quelques pages !

Merci à Regine et Karine pour leur confiance !

Illustration : les statuettes présumées d’Edith et Otton, installées dans la cathédrale de Magdebourg.


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Outlander, Tome 1 : Le Chardon et le tartan de Diana GABALDON

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Outlander, Tome 1 :
Le Chardon et le tartan
de Diana GABALDON
J’ai lu,
2014, p. 852

Première Publication : 1991

Pour l’acheter : Outlander, Tome 1

Diana Gabaldon, née le 11 janvier 1952 à Flagstaff en Arizona, est une romancière américaine d’origine mexicaine et anglaise. Elle a écrit la série populaire Le Chardon et le Tartan. Ses romans sont assez difficiles à classifier par genre puisqu’ils empruntent tant au roman d’amour qu’au roman historique et à la science-fiction (sous la forme du voyage dans le temps). Ses premiers essais d’écriture furent postés sur le forum d’écriture de CompuServe. Des commentaires positifs de la part d’autres membres du forum la persuadèrent de finir et de publier le premier roman de la série Le Chardon et le Tartan.

♣ ♣ ♣

Au cours d’une promenade sur la lande, elle est attirée par des cérémonies étranges qui se déroulent près d’un menhir. Elle s’en approche et c’est alors que l’incroyable survient : la jeune femme est précipitée deux cents ans en arrière, dans un monde en plein bouleversement ! 1743. L’Ecosse traverse une période troublée. Les Highlanders fomentent un nouveau soulèvement contre l’occupant anglais et préparent la venue de Bonnie Prince Charlie, le prétendant au trône. Plongée dans un monde de violences et d’intrigues politiques qui la dépassent, Claire ne devra compter que sur elle-même pour surmonter les multiples épreuves qui jalonnent ce formidable voyage dans le temps. Elle connaîtra l’aventure et les périls, l’amour et la passion. Jusqu’au moment crucial où il lui faudra choisir entre ce monde palpitant qu’elle aura découvert et le bonheur qu’elle a connu et qui, désormais, lui paraît si lointain…

C’est en visitant les Skyblog des copines blogueuses il y a plusieurs années de ça que j’avais eu vent de la saga Le Chardon et le Tartan, alors dans les anciennes éditions poche de J’ai lu. Avec la sortie de l’adaptation télévisuelle en 2014, la maison a décidé de rééditer le texte dans son format d’origine en vo, c’est-à-dire que cette première intégrale reprend les deux premiers tomes de l’ancienne édition J’ai lu (La Porte de pierre et Le Bûcher des sorcières.
J’ai entendu tellement de bien de ce pavé de 850 pages que j’avais fixé la barre assez haute. Trop haute sans doute puisque je sors déçue de cette découverte. Une romance qui ne m’a pas embarquée, un héros masculin dont je ne suis pas tombée amoureuse (contrairement à beaucoup de lectrices) et surtout, un contexte écossais bien trop pauvre visuellement parlant. Je voulais de l’Ecosse à toutes les pages mais outre les kilts et les conflits avec les anglais, je n’en ai pas vu grand-chose ! En revanche, grâce à la série adaptée, le manque contextuel est comblé ! Je vous parle de celle-ci (en tout cas des premiers épisodes visionnés) en fin de chronique.

Une infirmière anglaise en seconde lune de miel avec son mari dans les Highlands en 1945 qui se retrouve propulsée dans l’Ecosse du XVIIIe siècle après avoir touché la pierre d’un dolmen, voilà qui avait de quoi m’intriguer et qui avait matière à faire rêver plus d’un lecteur grâce aux images fortes de l’Ecosse d’antan.
A vrai dire, et c’est le point le plus négatif de ma lecture : d’images de l’Ecosse, je n’en ai que peu vues. Diana Gabaldon place bien quelques noms de plantes que l’on peut trouver dans ces paysages sauvages, cite quelques collines, rochers et évidemment dolmens, utilise deux ou trois mots (toujours les mêmes) de gaélique écossais ; mais ça s’arrête là. Je n’ai jamais réussi à m’imaginer ne serait-ce qu’un décor. Je ne voyais que le chemin emprunté par les chevaux, chemin qui aurait pu se situer en Auvergne ou en Allemagne, ça n’aurait pas changé grand-chose. Et pourtant ! L’Ecosse, comme l’Irlande, sont des pays connus pour la beauté de leurs paysages sauvages et préservés ! Où sont les descriptions des plaines vallonnées, des vallées encerclées de montagnes arides ou d’une nature foisonnante, des falaises bordant les cotes, de la pluie et du vent qui se faufile dans les cheveux ? J’aurais tellement aimé voyager jusque là-bas, être complètement dépaysée… mais malheureusement non. Quel dommage de passer à côté ! Je ne dis pas que je souhaitais des descriptions interminables de coucher de soleil dans la bruyère mais quelques phrases offrant des détails sur le décor auraient tout de même été les bienvenues. Là, franchement, niveau descriptions des lieux ou même des tenues des personnages (à part les kilts), c’est bien pauvre ! Snif !
En revanche, l’auteure s’étend un peu plus sur le côté historique du contexte apportant quelques détails sur l’histoire du conflit entre l’Angleterre et l’Ecosse et notamment au sujet d’une période assez ciblée pour les clans de Highlanders (le Jacobisme). C’est vraiment intéressant d’avoir des éléments qui ancrent l’histoire dans un environnement palpable, et réel pour le coup. Je regrette juste que Diana Gabaldon nous propose tout ça de façon assez brouillonne dans l’ensemble. Je ne suis pas du tout au fait de cette période historique des pays anglo-saxons et là, je serais bien en peine de vous expliquer quoi que ce soit, parce que je n’ai pas retenu grand-chose ! L’introduction de faits réels est une très bonne idée en soi, mais c’est un peu maladroit ici.

Outlander 2014L’autre élément que j’attendais au tournant, c’est évidemment la romance. Jamie, le héros, semble avoir rallié à sa cause un clan de groupies acharnées, et j’avais vraiment envie d’en faire partie à mon tour (parce que c’est toujours bon pour le moral de tomber sous le charme d’un personnage et ça m’arrive malheureusement trop rarement) mais ce n’est pas encore cette fois que mon cœur battra pour un héros de roman. Pour tout avouer, il est clair que je ne suis pas le cœur de cible, ça partait donc assez mal. Je n’éprouve aucun intérêt particulier pour les hommes en kilt et je ne suis pas du tout attirée par les hommes un peu ours/brutaux/macho/guerriers/dominants, bien au contraire ! Tous les traits de caractère de Jamie ne m’ont pas déplu mais aucun ne m’a assez séduite pour me faire oublier ce qui me gênait. Alors je sais, autre temps autres mœurs donc la personnalité du jeune James est en accord mais vraiment, c’est le genre de héros qui n’est pas fait pour moi.
J’ai notamment eu pas mal de mal avec sa conception de sa sexualité, très paradoxale. Diana Gabaldon le présente tantôt naïf et maladroit (il est puceau, ça doit être le seul Highlander de 23 ans dans ce cas !), tantôt (trop) dominant (ils sont au milieu du camp, entourés par tous les hommes mais il en a envie et ça ne sera pas long alors… hop !). Mouais. Je ne suis pas fan des scènes érotiques à la base (pour moi, une scène de complicité/échange de paroles-regards/tendresse est beaucoup plus intense) mais si en plus elles n’émoustillent même pas, elles ne servent à rien. Et là, clairement, il y en a beaucoup qui manquent de raison d’être à mon avis. Je n’ai pas cru en la connexion entre les deux personnages et j’en suis la première déçue.
Claire, en revanche, m’a plu. Je ne l’ai pas adorée mais globalement, je suis convaincue. C’est une héroïne mature (elle a 27/28 ans), qui a vécu l’horreur de la guerre et qui sait s’adapter à son étrange voyage dans le temps. Je l’ai trouvée assez intelligente et réfléchie dans ses actes tout en laissant passer juste ce qu’il faut d’émotions lorsqu’elle se retrouve face à Jamie. C’est une héroïne crédible et qui a beaucoup de potentiel.

Finalement, je me rends compte que je pourrais assez difficilement vous résumer l’intrigue avec force détails car je n’ai pas eu l’impression qu’il se passait beaucoup de choses la majeure partie du moment. Il y a des sursauts d’actions et de rebondissements mais entre eux, beaucoup d’allers et venues qui donnent l’impression de tourner en rond. Claire se retrouve au XVIIIe siècle, tente tant bien que mal de retrouver son époque mais en est empêchée à cause des membres du clan MacKenzie qui ne lui font pas confiance. Et finalement, quand elle peut enfin tenter une évasion, elle se sent trop liée à sa nouvelle vie pour repartir en arrière (ou dans le futur ?).
Les conflits avec les anglais et les manipulations des oncles de Jamie jalonnent le récit. Diana Gabaldon donne l’impression qu’elle tente de créer un contexte riche dans lequel le lecteur pourra se plonger. On pourrait donc lui pardonner les longueurs qui aident à la mise en place de l’univers mais malheureusement, là encore, je trouve que c’est maladroit. Quitte à vouloir bien installé son lecteur dans un contexte particulier et précis avec moult personnages et moult ramifications, tenants et aboutissants, autant le faire jusqu’au bout en nous abreuvant de détails.

Cette première intégrale manque de finesse et de précision. Les bases sont là, solides et intéressantes mais l’auteure se contente, à mon goût, de survoler son intrigue, son cadre, ses personnages… ce qui me laisse une impression de fadeur amère. Tant de potentiel si peu exploité !

 

Merci à J’ai lu pour cette lecture !

Mon avis sur la série (qui me plait bien davantage) à venir très vite…


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Edenbrooke de Julianne DONALDSON

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Edenbrooke
de Julianne DONALDSON
Milady Romance,
2014, p. 353

Première Publication : 2012

Pour l’acheter : Edenbrooke

Julianne Donaldson est née à San Antonio, au Texas. Elle est la fille d’un pilote de chasse de l’U.S. Air Force, ce qui lui a permis de faire le tour du monde. Après sa licence d’anglais, elle s’est découvert une passion pour l’écriture et s’est consacrée aux romances d’ailleurs et d’un autre temps. Elle vit actuellement avec son mari et ses quatre enfants dans l’Utah.

♣ ♣ ♣

Éprise de liberté, Marianne Daventry n’est pas heureuse à Bath. Lorsque sa soeur l’invite à passer l’été à Edenbrooke, la jeune femme n’hésite pas une seconde. Devant parfaire son éducation, condition sine qua non pour pouvoir prétendre à l’héritage de sa grand-mère, Marianne tente désespérément de ne pas se laisser charmer par le maître des lieux, sir Philip, séducteur patenté. Parviendra-t-elle à contenir les élans de son coeur ou succombera-t-elle à son sourire ?

Soyons clairs : à la base, les romances historiques, c’est rarement mon truc. J’ai généralement l’impression de lire un Harlequin sans grande finesse (enfin, encore moins que d’habitude !), le tout saupoudré d’encore plus de niaiseries et d’invraisemblances. J’en lis de temps en temps pour tenter de me détendre – même si je lève constamment les yeux au ciel –, et j’avais envie de laisser une chance à Edenbrooke, la mention de la régence anglaise et la référence à Jane Austen m’attirant irrémédiablement… il fallait bien que j’y jette un œil !
Alors, je ne sais pas si je me ramollis ou si la fatigue m’empêche de bougonner, mais, contre toute attente, j’ai dévoré ce roman avec grand plaisir. Il y a des défauts – c’est évidemment cousu de fil blanc – mais je me suis prise d’affection pour l’héroïne et son aventure et sans aller jusqu’à dire que j’ai adoré, j’ai quand même vachement aimé ! C’est tellement rare qu’une romance historique m’enthousiasme que c’est à noter dans les annales !

Alors bien sûr, lorsque la jeune Marianne est envoyée à Edenbrooke pour y passer l’été, qu’elle se fait attaquer sur le chemin, est sauvée par un certain Philip – bel homme mystérieux qu’elle découvre être en fait le fils de son hôtesse – et qu’évidemment, une amitié amoureuse naît entre eux au fil des jours, on se doute bien qu’il y a anguille sous roche (on comprend vite quel sera le problème pour Marianne) et on sait pourtant avec certitude comment tout finira par se jouer et se dénouer. Comme assez souvent dans le genre de la romance (historique ou non d’ailleurs), le suspens n’est pas vraiment ce qui prime, on a très vite une idée claire d’où veut aller l’auteur et on sait presque dès la première page quel sera le dénouement. C’est cousu de fil blanc, pas forcément très surprenant (à part quelques petits retournements de situation) mais finalement, ce n’est pas tellement handicapant pour la lecture car offre un aspect très rassurant. On ouvre le livre en sachant que les deux héros finiront ensemble à la fin, coûte que coûte… on le sait pertinemment mais c’est bon pour le moral. Donc oui, sans surprise et malgré les obstacles, c’est couru d’avance, Marianne et Philip finiront par couler des jours heureux ensemble.

Malgré ce côté convenu et sans surprise qui a tendance à m’exaspérer habituellement, je me suis ici laissée porter par les évènements et ai pris un immense plaisir à les vivre auprès de l’héroïne. Parce que ce qui fait toute la réussite de cette histoire, à mon avis, ce sont les personnages qui y évoluent et notamment la figure principale, Marianne.
Contrairement aux frêles jeunes femmes rencontrées dans les romances historiques que j’ai pu lire jusque là et qui m’avaient particulièrement agacée, Marianne m’a touchée. C’est une des rares avec laquelle je me suis sentie de véritables atomes crochus et affinités, une des rares avec laquelle j’ai ressenti de véritables émotions. Cette jeune fille de 17 ans, délaissée par son père (parti vivre en France) depuis plus d’un an suite à la mort accidentelle de sa mère et constamment dans l’ombre d’une sœur jumelle très solaire (Cecily), m’a beaucoup parlé. C’est une figure que l’on a aucun mal à voir vivre sous nos yeux, elle est très authentique et très attendrissante. Attention, elle ne fait pas non plus pitié (ce qui peut parfois arriver si l’auteur exagère trop le pathos), non, elle est juste terriblement humaine et beaucoup de lectrices pourront s’identifier à elle, je pense. Outre ce côté solitaire un peu mélancolique, elle possède également une certaine petite folie qui lui donne parfois envie de tournoyer sur elle-même au milieu de la campagne, par exemple. Mais encore une fois, Julianne Donaldson a très bien dosé la personnalité de son héroïne, lui offrant une pointe de rébellion sans non plus en faire une figure vulgaire irrespectueuse des codes de la bienséance de l’époque. Elle est du genre à avoir envie de marcher pieds nus dans l’herbe quand personne ne la regarde mais à faire attention à ce que sa robe ne se retrousse pas lorsqu’elle s’assoit et est accompagnée. Elle sait où est sa place et ne met en avant qu’une rébellion discrète. J’ai vraiment adoré sa personnalité et n’ai quasiment rien à reprocher à ses agissements. Si j’avais été à la rédaction de cette histoire, je pense que je serais allée dans le même sens que l’auteure et n’aurais pas changé grand chose aux scènes qu’elle propose.

julianne donaldsonFace à cette héroïne tout en finesse, Julianne Donaldson place un homme particulièrement attrayant. Plein d’esprit, espiègle tout en restant gentleman, Philip incarne le héros parfait (en tout cas pour moi) pour une romance historique. Il n’est pas sans défaut, n’est pas présenté comme un dieu grec, n’est pas macho, n’a pas un côté sombre et mystérieux effrayant mais en même temps attirant… C’est un type plutôt normal et pas trop mal dans ses baskets (enfin pour l’époque) ; bref, un type bien et pas ennuyeux. J’approuve totalement. J’en ai en effet un peu marre des bad boys mystérieux au sombre passé, généralement assez agressifs et dominants mais a priori tellement attirants pour les héroïnes et les lectrices… sauf qu’un bad boy dépressif, c’est en fait super chiant au quotidien et non, il ne changera jamais même si vous êtes son grand amour (c’est un mensonge de la fiction, ou feu le couple Vanessa Paradis – Johnny Depp). Bref, j’ai vraiment apprécié que Philip soit une sorte de Mr Bingley avec plus de réparties et un poil plus de fun.

Les personnages secondaires, bien qu’assez peu présents et moins marquants à côté des deux principaux, existent tout de même et sont utiles à l’avancée de l’intrigue. Eux aussi sont bien croqués et sont crédibles.
On en apprécie certains : la mère de Philip, la petite bonne de Marianne par exemple ; on est plus mitigé pour d’autres : Cecily, la sœur jumelle notamment mais j’ai apprécié son ambiguïté. Malgré les différences qui séparent les deux sœurs et la jalousie qui peut en découler, « l’aînée » (de 7 minutes) n’est pas foncièrement mauvaise ni contre notre héroïne, elle est humaine avec ses qualités et ses défauts.
Julianne Donaldson n’est peut-être pas aussi douée que Jane Austen pour mettre au point des portraits convaincants mais elle n’a rien à envier à d’autres auteurs de romance historiques, bien au contraire ! Ses figures sont crédibles, particulièrement palpables et occupent parfaitement le petit monde créé par l’américaine.

Les scènes réunissant Marianne et Philip sont excellentes. Tantôt amusantes, tantôt attendrissantes, une véritable complicité et tendresse unissent les deux héros et ça se ressent à la lecture. Je suis rarement convaincue par les romances mises en scène car n’y crois souvent que très moyennement. Cette fois, je n’ai eu aucun mal à percevoir la naissance de cette relation et son évolution. Marianne-Philip est un des couples les plus marquants de mon parcours de lectrice, pas à la hauteur d’un Elizabeth-Darcy bien sûr mais ça reste tout de même plus qu’honorable.

L’utilisation d’une narration à la première personne du singulier (du point de vue unique de Marianne) permet évidemment d’accentuer l’empathie que l’on peut ressentir pour cette héroïne. Le piège c’est de trop en faire, de s’enfermer dans l’introspection et de lasser le lecteur… ce qui n’est évidemment pas le cas ici, je vous l’ai déjà dit.
Julianne Donaldson maitrise plutôt bien son point de vue et sait doser les descriptions et les dialogues. Rassurez-vous, les tournures de phrases ne sont pas alambiquées, le vocabulaire employé est abordable et plutôt simple sans non plus dénoter avec l’époque à laquelle se déroule l’histoire. C’est vraiment un excellent compromis entre roman classique qui peut effrayer et romance bateau qui n’apporte pas grand-chose.

Je suis la première surprise par mes impressions. Moi qui suis habituellement si difficile en matière de romance historique, j’ai trouvé avec Edenbrooke, une intrigue qui fonctionne bien, une romance en laquelle j’ai cru et surtout une héroïne qui m’a beaucoup touchée. Une réussite ! Je lirai les autres romans traduits de Julianne Donaldson (une autre romance arrivera chez Milady au premier trimestre 2015) !

 

Merci à Aurélia pour cette excellente découverte !

 

Illustration : Portrait de Julianne Donaldson.

 

challenge XIXe