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Contes des Royaumes, Tome 1 : Poison de Sarah PINBOROUGH

contes des royaumes tome 1 poison sarah pinborough milady
Contes des Royaumes,
Tome 1 : Poison
de Sarah PINBOROUGH
Milady,
2014, p. 222

Première Publication : 2013

Pour l’acheter : Contes des Royaumes, T. 1

Sarah Pinborough est la nouvelle étoile du fantastique et de la terreur en Grande-Bretagne. Elle a également écrit de la fantasy pour la jeunesse, sous le nom de Sarah Silverwood, et travaille actuellement à plusieurs projets de séries télévisées.

♣ ♣ ♣

Blanche-Neige, le conte de fées revisité : cruel, savoureux et tout en séduction.
Rappelez-vous l’innocente et belle princesse, la méchante reine impardonnable, le valeureux prince, la pomme empoisonnée et le baiser d’amour sincère…
… et à présent ouvrez ce livre et plongez dans la véritable histoire de Blanche-Neige, telle qu’elle n’a jamais été révélée …

Sur Livraddict, ce premier tome obtient la note assez moyenne de 14 et plusieurs avis sont carrément négatifs, je m’attendais donc à quelque chose de plutôt médiocre et n’avais que peu d’espoir.
Or, et j’en suis la première surprise, j’ai franchement aimé ce roman que j’ai trouvé, sinon exceptionnel au moins divertissant et original. Je lirai la suite avec plaisir et vous invite à vous pencher vous aussi sur cette trilogie si vous appréciez la série Once upon a time.

Je cite cette série à succès car, à mon avis, Sarah Pinborough surfe sur le même concept de réécriture/modernisation des contes de fées. Ce premier tome n’est qu’une mise en bouche, il y a moins de parallèles et recoupements entre les contes que dans la série télé, mais je ne doute pas que l’auteure approfondit les choses par la suite. Ici, on croise notamment le personnage d’Aladdin (très jeune) et la lampe magique, tous les deux traités de façon assez surprenante mais je vous laisse la surprise.

Poison revient sur le célèbre conte de Blanche Neige, mettant en scène cette dernière mais surtout les personnages secondaires qui passent au premier plan, à commencer par Lilith la méchante reine. Avec un prénom pareil, il ne pouvait de toute façon pas en être autrement. Et à l’instar de la Regina de la série télé, on apprend à connaître petit à petit cette méchante belle-mère, on gratte progressivement sous la surface et on comprend un peu le pourquoi du comment. Encore une fois, c’est beaucoup moins riche et développé qu’à l’écran, mais sur moins de 250 pages, c’est déjà pas si mal ! Alors on ne s’attache pas vraiment à Lilith comme on peut le faire avec Regina qui, pour le coup, est vraiment très émouvante, mais la figure en sort plus humaine et, je me répète, sur si peu de pages, c’est déjà pas si mal !

Sarah Pinborough nous présente également les 7 nains – et notamment Rêveur qui est le plus développé -, le Chasseur mais aussi le Prince Charmant.
La majorité des caractéristiques des personnages que l’on connait si bien sont préservées mais elles sont aussi exacerbées. De ce fait, Rêveur est un nain qui aime beaucoup lire et qui se veut romantique ; et le Prince Charmant est pile poil comme on l’attend, à savoir un prince élevé dans le luxe, habitué à être servi et à obtenir ce qu’il veut et surtout, ayant grandi avec l’idée qu’il devrait épouser une vraie princesse, douce et fragile, qu’il pourrait sauver et protéger du danger. Finalement, les princes c’est pas si génial vu comme ça. Et en plus, lorsqu’il découvre que Blanche Neige n’a rien d’une frêle jeune fille en détresse soumise à son sauveur, le lecteur se rend compte que le Prince n’a finalement plus rien de « charmant ».

Quant à celle qui est censée être l’héroïne principale, celle autour de qui tous les autres personnages gravitent mais qu’on découvre finalement assez peu, j’ai cru voir des chroniques se plaignant de sa niaiserie et de sa mollesse. Et là, vraiment, je suis assez abasourdie, je me demande si j’ai lu le même livre. Justement Sarah Pinborough nous présente cette princesse à l’opposé de la princesse que l’on connaît. Elle porte des pantalons pour monter à cheval et elle refuse la soumission dans tous les aspects de sa vie, alors c’est certes un peu manichéen mais je suis assez contente que, justement, l’auteure nous présente Blanche Neige comme une femme forte et non comme une demoiselle en détresse en pâmoison devant le beau prince charmant. Je ne l’ai trouvée ni niaise, ni fade, ni molle… au contraire.

sarah pinboroughLe seul aspect qui m’aura peut-être dérangée dans ce premier tome, ce sont les scènes à consonance érotique. Il y en a peu, donc ça va, et même si je comprends leur utilité (prouver une nouvelle fois que Blanche Neige n’a rien d’une oie blanche soumise), je ne suis pas forcément très fan. Mais je ne suis pas fan de façon générale, ça ne tient pas vraiment à la façon dont elles sont traitées – pas trop mal si mes souvenirs sont bons – ni même à ma pudeur, juste que voilà… sans plus.
En revanche, le dénouement, carrément culotté, m’a bluffée. Je ne m’y attendais pas, il fallait oser et c’est franchement bien trouvé. Alors on adhère ou pas, mais moi je trouve que la chute arrive à point nommé et est tout à fait pertinente avec ce qui précède. Et appelle la lecture de la suite, même si, si j’ai bien compris, le deuxième tome s’attarde sur le conte de Cendrillon.

Ce n’est pas de la grande littérature (et j’ai franchement cru que j’allais détesté à la lecture des premières pages) mais j’ai finalement passé un excellent moment grâce à ce petit roman. Sarah Pinborough reprend les éléments clefs du conte de Blanche Neige et les transforme juste assez pour ne pas tout dénaturer mais, au contraire, faire revivre l’histoire d’une autre façon. Ce n’est pas aussi développé que la série télé Once upon a time mais si vous aimez le principe de cette dernière, vous devriez apprécier de retourner dans l’univers des contes de fées grâce à cette trilogie traduite par Milady !

Illustration : Portrait de Sarah Pinborough trouvé sur Babelio.

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Anders Sorsele, Tome 1 : Par le sang du démon de Virginia SCHILLI

schilli

Anders Sorsele, Tome 1 :
Par le sang du démon
de Virginia SCHILLI
Editions du Riez,
2010, p. 266

Première Publication : 2004

Pour l’acheter : sur le site de la maison
(à 9,99€ jusqu’à ce soir – 21/06 !)

Virginia Schilli est née en 1984 près de Metz. Une enfance bercée par la lecture et un cursus universitaire en Anglais plus tard, elle publie son premier roman en 2004, Par le sang du démon, un hommage aux créatures sanguinaires qui ont accompagné son adolescence. Le personnage central, un vampire égocentrique à la beauté du Diable nommé Anders Sorsele, fascine et gagne ses lettres de noblesse auprès des amateurs du genre, aidé par une écriture moderne et très visuelle. Une suite voit le jour en 2007, Délivre-nous du mal, puis un troisième volet en 2014 : L’héritage du serpentPassionnée par l’univers du manga et amatrice de rock alternatif et de metal, Virginia Schilli écrit aussi des nouvelles. Un recueil paraît en 2010, intitulé Food for maggots. Une porte ouverte sur un style bien trempé et une quête perpétuelle de nouveaux horizons imaginaires.

♣ ♣ ♣

Dans sa sombre masure, au coeur du Moyen Age, une jeune fille attire les convoitises par sa sublime beauté.
Amoureuse en secret de son frère adoptif, amie d’une étrange occultiste vivant à l’écart du village, elle semble prête à tout pour sortir de sa misérable condition de paysanne. Le destin lui offre l’occasion de croiser le fils du puissant seigneur Sorsele, mais cette rencontre ne se déroule pas sous les meilleurs auspices : violentée, battue, elle se retrouve prisonnière dans les geôles du château.
C’est alors qu’un être mystérieux apparaît et lui offre sa revanche… Mais le prix à payer l’emmènera bien au-delà de la mort, sur les terres d’une souffrance inconnue et implacable.

Afin de préparer au mieux le festival des Imaginales le mois dernier, je m’étais lancée le défi de lire un maximum de titres d’auteurs présents, histoire d’avoir quelques mots à échanger avec eux au moment de la dédicace. C’est donc à cette occasion que j’ai décidé de sortir le premier tome de Virginia Schilli de ma PAL, désireuse de découvrir la plume de cette jeune auteure et, ajoutant au passage un nouveau titre des éditions du Riez à mon actif.
Malheureusement, et à mon plus grand regret, je n’ai pas vraiment apprécié ma lecture. Je lui reconnais de belles qualités – notamment littéraires – mais l’intrigue n’a pas su m’accrocher. Je ne lirai donc pas la suite mais vous encourage à jeter un oeil à Par le sang du démon si le thème fait partie de ceux que vous appréciez.

Virginia Schilli nous propose ici une histoire de démons et surtout de vampires. A la base, j’apprécie le thème avec modération mais n’en suis pas plus friande que ça. J’ai lu quelques classiques (Dracula, Carmilla, Entretien avec un vampire) et des choses plus modernes (La Communauté du Sud, Rebecca Kean…) qui traitent le mythe de façon assez différentes mais finalement, ce que je retiens le plus de tout ça, c’est le passage de l’humain au monstre et ce qu’il reste « d’âme » après la transformation.
Anne Rice s’y attarde assez brillamment et Virginia Schilli nous offre elle aussi un personnage qui se questionne sur son humanité. Malheureusement, là où Louis avait su me toucher, le héros de Par le sang du démon m’a laissée de glace car je n’ai jamais réussi à le comprendre.

L’auteure met en scène une jeune fille de 16 ans, belle paysanne du Moyen Age qui attire les convoitises et fait jaser. Son but : séduire son frère adoptif et sortir de la fange dans laquelle elle a été élevée. En chemin, elle tombe un jour sur le fils du seigneur du coin qui, séduit, la violente et la kidnappe. Enfermée dans sa geôle, la demoiselle est visitée par un démon qui lui propose de l’aider… mais il faut évidemment se méfier des pactes conclus dans l’urgence. Anders, le fils coupable, veut s’excuser, il s’en veut. L’héroïne lui pardonne et tombe amoureuse du jeune homme, éblouit par sa beauté et sa richesse… malheureusement, sa nature a changé depuis sa rencontre avec le démon et lors d’ébats, sa soif de sang est telle qu’elle tue son amant… et prend sa place dans son corps (car une partie de son souhait était de prendre la place sociale du fils du seigneur). Dorénavant dans un corps d’homme et atteinte d’une soif inextinguible, notre héroïne/héros doit réapprendre à « vivre », avec tout ce que sa nouvelle nature implique !
Je n’ai pas apprécié ce personnage. J’ai tout d’abord détesté cette jeune femme imbue d’elle-même, méprisante et méprisable. Et puis, alors que l’horreur lui tombe dessus, je n’ai pas compris ses réactions et surtout ce syndrome de Stockholm accéléré. J’ai eu un peu plus d’empathie lorsqu’elle (devenue il par la force de la transformation) se questionne sur son besoin de tuer mais une nouvelle fois, j’ai été complètement déstabilisée par son retournement de veste à l’arrivée dans son entourage d’un personnage encore plus cruel. Du vampire implacable, le héros se transforme en moralisateur choqué par les actes de son compagnon… les réactions, émotions et sentiments changent trop soudainement pour qu’ils soient crédibles et compréhensibles du lecteur, à mon avis.

virginia schilliAyant eu trop de mal avec le personnage principal, j’ai de ce fait ressenti une grande distance avec ses aventures et donc avec l’intrigue qui, même si elle n’est pas inintéressante, n’a pas su m’accrocher. Je me suis ennuyée, je n’ai jamais réussi à me sentir impliquer et donc à entrer dans l’action.
Pour le coup, c’est une impression tout à fait personnel qui est due à mes goûts et mes attentes de lectrice mais aussi, peut-être, à mon état d’esprit (peu concentré) lors de ma découverte de ce premier tome. Je suis persuadée qu’il y a un moment idéal pour chaque livre et je n’étais définitivement pas dans la meilleure optique lors de ma lecture.

Malgré tout, et c’est le point positif de ce premier tome, j’ai été franchement impressionnée par la plume de la jeune Viriginia Schilli. Je ne sais pas s’il s’agit de son premier roman mais le moins que l’on puisse dire, c’est que le style est maîtrisé.
L’auteure utilise un vocabulaire et des tournures de phrases pas mal travaillés mais sans non plus tomber dans le pédant ou le pompeux. C’est riche et bien construit mais n’en demeure pas moins fluide et agréable. L’exercice n’est pas évident et je salue la prouesse.

Finalement, Par le sang du démon n’est pas mauvais, il n’est juste pas fait pour moi puisque ce que je lui reproche n’est lié qu’à des goûts personnels. Je suis donc persuadée que d’autres lecteurs seront à la fois séduits par la plume mais aussi et surtout par les personnages et l’histoire dans laquelle ils évoluent !
Je ne renonce donc pas aux écrits de Virginia Schilli, peut-être qu’une autre histoire, avec un autre thème, saura me convaincre de A à Z ?

Illustration : Portrait de Virginia Schilli.


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Le Premier de Nadia COSTE

le premier nadia coste scrineocoupdecoeur

Le Premier
de Nadia COSTE
Scrinéo,
2015, p. 312

Première Publication : 2015

Pour l’acheter : sur le site de la maison !

Nadia Coste est née en 1979, près de Lyon.  Moyenne à l’école malgré son imagination débordante, elle délaisse les livres jusqu’à ses dix-huit ans, année où elle découvre les littératures de l’imaginaire. Le déclic se fait alors, et ses propres histoires commencent à mûrir. En 1998 (la semaine où la France gagne la Coupe du Monde de football !), elle s’autorise enfin à coucher ses histoires sur le papier. Elle travaille ses premiers romans comme des exercices avant de passer aux choses sérieuses en 2004. Six ans et neuf versions plus tard, le premier volume de « Fedeylins » est publié chez Gründ. Après la parution des trois tomes suivants, la tétralogie est complète. Nadia se consacre alors à d’autres univers pour les plus jeunes, dont la trilogie « Les Yeux de l’Aigle » à destination des lecteurs de 8 à 12 ans, publiée entre 2012 et 2013 chez Gründ. Elle est membre de CoCyclics, un collectif de jeunes auteurs qui s’entraident pour améliorer leurs manuscrits grâce à la relecture critique, où elle sévit sous le pseudonyme NB. Elle est également membre de la Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse. Nadia vit toujours près de Lyon, elle est mariée, mère de trois enfants, et elle travaille actuellement sur d’autres histoires pour la jeunesse, les adolescents, ou les adultes, dont certaines seront signées « N.B. Coste ». [Son blog]

Fedeylins, Tome 1 

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À l’origine, il était humain….
Vaïn n’est pas mort. Pourtant, son frère l’a tué. Est-il ressuscité ? Pourquoi le soleil brûle-t-il sa peau ?
Alors que son désir de vengeance augmente, Vaïn ne tarde pas à imaginer que la Nature l’a sauvé de la mort et rendu différent pour éliminer son frère et sa descendance maudite…
La quête d’un immortel depuis le néolithique jusqu’au début de Rome.

J’ai découvert Nadia Coste il y a quelques années avec le premier tome de sa saga jeunesse Fedeylins, premier tome que j’avais adoré (et je me demande pourquoi je n’ai pas encore pris le temps de continuer). J’étais très curieuse de retrouver l’auteure dans un texte au thème complètement différent et à l’atmosphère beaucoup plus sombre.
A vrai dire, l’illustration de couverture assez sanglante (signée Aurélien Police qui fait un magnifique travail) et le résumé de quatrième ne me tentaient qu’assez peu de prime abord, c’est vraiment le désir de lire Nadia Coste dans autre chose qui m’a convaincue de cocher Le Premier lors de l’avant-dernière opération Masse Critique de Babelio. Et vraiment, je ne regrette pas cette petite impulsion. J’ai dévoré ce roman, à nouveau sous le charme de la plume simple mais percutante de l’auteure et complètement happée par cette intrigue originale et bien menée. Une vraie réussite, de A à Z !

Difficile de vous résumer cette histoire sans spoiler le point le plus important de l’intrigue, à savoir la nature particulière des deux frères ennemis, qui sont tous les deux les deux « premiers » à subir ce sort. J’ai parcouru plusieurs chroniques et la plupart éventent le mystère et je trouve que c’est dommage. Alors même si vous pouvez largement vous douter de quoi il s’agit, je vais tout de même tenter ici de ne jamais employer les mots qui qualifient le mieux les deux hommes.
Tout part du conflit largement ancré entre Urr et Vaïn, deux frères de la fin du Néolithique que tout oppose. Urr est un homme quasiment accompli, puisqu’il ne lui reste plus qu’une épreuve d’initiation à la chasse pour pouvoir s’installer avec la jeune femme qu’il a choisie. Tout lui sourit : il est beau, grand, fort et aimé de tous. C’est le fils idéal et le futur homme dont rêvent toutes les femmes de la tribu. Vaïn, plus jeune de quelques années, est au contraire la bête noire du clan : maladroit, frêle, incapable de chasser et donc reléguer à la cueillette des fruits, le fils de l’ombre. Une jalousie fraternelle extrêmement violente l’anime et sera le moteur de la plupart de ses futurs actes. Et c’est d’ailleurs lors d’un affrontement plus brutal que d’habitude que les deux frères acquièrent l’un après l’autre leur « malédiction » et que la séparation entre eux est définitivement consommée. Ils seront dorénavant ennemis mortels et Vaïn n’aura de cesse de poursuivre son aîné et les descendants de celui-ci pour les éliminer un par un.

Le roman est séparé en trois grandes parties. La première s’attarde sur la « naissance » de Urr et Vaïn dans leur nouvelle condition et les premières années de chasse ; la deuxième insiste plus particulièrement sur la solitude ressentie par le plus jeune frère, complètement seul (ou presque) pour mener à bien sa mission, il envisage donc de « procréer » pour avoir un compagnon de route, un fils… le troisième et dernier tiers du texte est sans conteste le plus « mélancolique » mais aussi le plus violent puisqu’il touche aux derniers moments de Vaïn, qui est parfaitement conscient des choses.

J’ai cru voir que plusieurs lecteurs avaient été un peu décontenancés par les personnages auxquels ils ne s’étaient pas du tout attachés. Cela n’a pas du tout été un frein pour moi. Alors évidemment, difficile de s’identifier aux deux frères et notamment à Vaïn, le héros principal (il n’est pas narrateur mais on suit l’aventure essentiellement de son point de vue) mais en même temps, vu leur nature et la violence de leur vie… mais je n’en ai pas moins ressenti beaucoup d’émotions à leur encontre.
Vaïn est carrément détestable au début. Une vraie tête à claques, l’adolescent en rebellion, égoïste et égocentrique. Vous savez, le petit frère insupportable qui suit son aîné partout, le jalouse et est persuadé que tout le malheur vient forcément de lui… Insupportable et je compatissais vraiment pour le pauvre Urr. Au début. L’un des intérêts du Premier réside notamment dans son héros qui connaît une évolution assez impressionnante au fil des pages, et surtout que l’on apprend, sinon à apprécier, au moins à comprendre et à respecter. Je ne dis pas que je me suis attachée à Vaïn, qui reste un être extrêmement violent qui n’hésite pas à éliminer femmes et enfants pour mener sa mission à bien mais derrière son égoïsme premier, on entraperçoit un homme seul, blessé et finalement décidé à protéger le monde d’une malédiction se répandant beaucoup trop vite. Je n’ai pas aimé Vaïn mais j’ai aimé le suivre (il expérimente petit à petit ses nouveaux pouvoirs et connaît quelques désillusions assez soudaines) et puis, malgré toute la noirceur de ce héros, j’ai été émue par son destin.

Nadia Coste s’attarde un peu moins longuement sur les autres personnages – en même temps, on les découvre généralement sous l’angle de Vaïn qui n’est pas des plus sociables – mais ils ne sont pas absents du récit. Urr, évidemment, figure primordiale à l’origine de tout. Difficile de s’attacher à lui et à son destin, on ne le suit que trop peu et notre avis est biaisé par les considérations de son jeune frère qui le déteste.
Dans la dernière partie, le héros « justicier » chasse une jeune femme bien particulière et je lui ai finalement trouvé un lien bien plus grand avec Vaïn ou en tout cas une intensité qui n’existait pas (ou moins) entre les deux frères. Il faut dire aussi qu’on sent très bien que le héros est conscient qu’il mène ici sa dernière traque, tout revêt donc une certaine mélancolie, une certaine émotion très palpable. Clairement, Vaïn est un « méchant » mais un méchant qui en a bavé et qui touche un peu. Et puis, la jeune femme traquée, forte et déterminée jusqu’au bout ne laisse pas non plus indifférent.
Le seul « personnage » qui me laisse assez sceptique est celui que Vaïn baptise « Qu’une corne ». Il s’agit en fait du crâne (dont une corne est cassée, comme sur l’illustration de couverture) qu’il revêt depuis qu’il a tué l’auroch auquel il appartenait (le premier auroch qui l’a fait devenir un homme, un vrai). Une seule corne, un crâne un peu déséquilibré, un peu brisé, une seule moitié… ce qui définit assez bien Vaïn lui-même. Si je qualifie ce crâne de « personnage » c’est non seulement parce qu’il porte un nom mais surtout qu’il intervient dans le récit sous forme d’une voix conseillère (parfois moqueuse). Je ne suis pas convaincue par ce côté surnaturel du récit, alors que les pouvoirs et la nature des deux frères ne m’ont en aucun cas gênée. Je suis sceptique parce que je n’arrive pas à « comprendre » l’apparition de cette voix d’outre-tombe… et l’explication surnaturelle ne me convainc pas totalement cette fois (je préfère y voir une preuve de la solitude du héros). En même temps, heureusement Qu’une corne est là, apportant un peu de compagnie à Vaïn pendant de nombreux siècles…

Le Premier est différent de Fedeylins dans le thème et dans le public visé. Si la première saga de Nadia Coste – publiée chez Gründ – apportait son lot de poésie et de jolis moments tout doux, il n’en est rien ici. Dans ce one-shot, la brutalité et l’animalité est de mise. Certaines scènes sont particulièrement crues et peuvent gêner la sensibilité de certains lecteurs. L’indication « jeunesse » n’apparaît pas sur la couverture et je pense qu’effectivement, cette histoire n’est pas faite pour les plus jeunes lecteurs. On y trouve quand même des passages décrivant le meurtre d’enfants (certes pas tout à fait humains mais quand même) ou encore le viol explicite d’une jeune femme. Peu de choses sont épargnées aux lecteurs, il vaut mieux avoir le coeur bien accroché.
En même temps – et c’est là que l’on reconnaît bien la plume de Nadia Coste -, comme pour Fedeylins, le texte est très imagé et carrément immersif. J’ai dévoré ces centaines de pages, quasiment d’une traite, complètement transportée dans une époque et un monde différents. Je trouve d’ailleurs que l’époque néolithique permet peut-être plus facilement de s’imaginer les décors et les rites (funéraires notamment) que l’époque romaine ensuite abordée. Malgré tout, les images apparaissent sans difficulté dans notre tête, c’est fort, intense… et on en redemande !

Un grand bravo à Nadia Coste qui m’a totalement convaincue avec cette réutilisation de plusieurs mythes et de passages religieux (nul doute que la figure de Caïn est à l’origine de celle de Vaïn) ancrés dans notre imaginaire. L’auteure fait de l’original avec des choses pourtant déjà maintes fois décortiquées… et apporte même une explication à un certain fait, à l’origine de la civilisation romaine (Remus et Romulus, pour les citer). Mais contrairement à d’autres lecteurs, je me satisfais pleinement d’un one-shot (je trouve ce choix parfait) ; il aurait été inutile d’étendre cette aventure sur plusieurs tomes (ce qui aurait occasionné quelques longueurs).
Vivement le prochain roman de Nadia Coste, je serai au rendez-vous, c’est sûr… et en attendant, je vais continuer la saga Fedeylins (que je vous conseille grandement également !).

Merci à Babelio et Scrinéo pour cette excellente découverte !


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La Mort peut danser de Jean-Marc LIGNY

la mort peut danser jean marc ligny folio sf
La Mort peut danser
de Jean-Marc LIGNY
Folio SF,
2014, p. 383

Première Publication : 1994

Pour l’acheter : La Mort peut danser

Jean-Marc Ligny est un écrivain français de science-fiction, fantastique né le 13 mai 1956. Il a écrit près d’une quarantaine de romans, dont une dizaine pour la jeunesse.

Mal-Morts 

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Irlande, 1181. Alors que sévit l’invasion anglo-normande, une sorcière est brûlée vive au sommet d’une falaise. Une sorcière aux yeux de l’Église, mais pour le peuple elle était Forgaill, leur poétesse, la prophétesse…
Irlande, 1981. Un couple de musiciens, Bran et Alyz, s’installe dans un manoir du XIIe siècle. Sous le nom de La Mort Peut Danser, ils donnent des concerts dont le succès va grandissant. Mais quelle puissance surnaturelle anime la voix d’Alyz, cette voix qui ouvre les esprits, qui semble venir d’un autre monde?…
Roman inspiré des légendes celtiques et des recherches musicales du groupe Dead Can Dance, riche des couleurs et de la beauté sauvage de l’Irlande, La mort peut danser renouvelle magistralement le thème de la possession.

A vrai dire, je ne suis pas une grande fan de Dead Can Dance. Non pas parce que je n’aime pas (parce que des trucs un peu « bizarres », j’en écoute, donc ça ne me fait pas peur… je pense que Daemonia Nymphe gagne la palme du groupe mystique) mais tout simplement parce que je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de me pencher véritablement sur la question. Mais il faudrait que je creuse puisque les quelques morceaux écoutés m’ont intriguée et qu’ils semblent parfaitement entrer dans mes habitudes musicales.
En tout cas, si l’un des buts de Jean-Marc Ligny était de pousser le lecteur à la (re)découverte de Dead Can Dance, c’est réussi ! D’ailleurs, quelques vidéos tournent en ce moment-même sur mon ordinateur, histoire de me mettre dans l’ambiance et de m’inspirer. L’inspiration (divine ?) et la musique, voilà de quoi cause La Mort peut danser. Et en plus ça se passe en Irlande. C’était fait pour moi, non ?

Jean-Marc Ligny a choisi de construire son histoire à partir de deux axes qui semblent ne pas avoir grand chose à voir l’un avec l’autre, en tout cas au départ, mais ils se révèlent bien vite liés. Ces deux « intrigues » sont matérialisées dans deux groupes de chapitres différents car traitent de deux époques éloignées l’une de l’autre par 800 années. Le lecteur passe ainsi régulièrement des années 1980 à la deuxième moitié du XIIe siècle (entre 1160 et 1185 environ).
Les bonds peuvent déstabiliser au départ mais l’on s’y fait finalement assez vite et l’on sent facilement la différence contextuelle – quoiqu’un manoir perdu sur la cote ouest irlandaise au XXe siècle n’est peut-être pas si éloigné de ce qu’il était huit siècles plus tôt ?

Je n’ai pas compté le nombre de chapitres dédiés à chacune des intrigues mais il m’a semblé – en tout cas c’est le ressenti qu’il me reste – que l’on passe plus de temps auprès de Forgaill au XIIe siècle. Ce n’est pas désagréable, loin de là, mais c’est assez dépaysant. Il n’est pas forcément aisé de s’attacher – et encore moins de s’identifier – à une poétesse/prophétesse de l’Irlande médiévale, encore proche de ses traditions druidiques et gaéliques. Malgré tout, malgré son essence divine qui devrait la rendre intouchable, la jeune femme est finalement bien ancrée dans son univers, sur cette terre irlandaise balayée par les vents et envahie par les Normands.
Bizarrement, alors qu’elle est plus proche de nous par l’époque (les années 80) et par sa vie moderne, Alyz semble au contraire, complètement sur une autre planète, complètement ailleurs et donc totalement inadaptée à notre vie quotidienne. Ses transes régulières la rendent encore plus intouchable et incompréhensible, trop proche du mystique pour les humains lambda que nous sommes.

Moher ireland burren

Difficile donc de trouver sa place, en tant que lecteurs, auprès de ses deux femmes liées par le chant, par cette voix étrange venue d’ailleurs. On ne peut que rester spectateurs, envoûtés par ce qui se joue sous nos yeux mais gardant toujours une certaine distance.
Je ne me suis donc pas attachée aux personnages, ni à Forgaill, ni à Alyz, ni même à Bran le compagnon de cette dernière. En revanche, j’ai voyagé en Irlande, sur les cotes du Burren, là où vous pouvez voir les célèbres falaises – Cliffs – de Moher, la très célèbre petite ville de Doolin qui est connue pour être celle qui abrite le plus de musiciens d’Irlande ou encore la petite ville de Lisdoonvarna qui accueille chaque année un festival de célibataires (Matchmaking Festival). Bref, vous le savez, l’Irlande c’est mon pays de coeur (et un tout petit peu de sang) alors c’est toujours un immense plaisir d’y remettre les pieds grâce à l’imagination fertile des auteurs.

Et plus que le contexte géographique, je trouve que Jean-Marc Ligny a assez bien retranscrit toute cette atmosphère un peu particulière, propre à l’Irlande. Un peu mystique oui. Un peu à l’image de Dead Can Dance d’ailleurs. Les deux se marient donc forcément à merveille. J’ai aimé retrouvé de nombreuses notions empruntées à la matière celtique (le druidisme notamment) et surtout, de nombreux mots de vocabulaire gaéliques qui apparaissent non traduits dans le texte (il y a un lexique à la fin de l’ouvrage si vous souhaitez jeter un oeil et apprendre quelques mots).
Il manque juste, en notes de bas de page, quelques indications sur la prononciation de ces mots particuliers parce qu’évidemment, le gaélique irlandais n’a absolument RIEN à voir avec son orthographe, en tout cas pour les petits français que nous sommes (l’exemple que j’aime bien donner est sans doute celui qui m’a le plus marquée : la première fois que je suis allée en Irlande, j’ai été accueillie par une adorable famille dont l’une des petites filles s’appelle Niamh que, dans ma tête, je prononçais « Niame » mais lorsque le Papa me l’a présentée en chair et en os le premier jour, il l’a appelée « Nive »… il m’a fallu un certain temps pour comprendre que Niamh = [Nive] !).

Finalement, on comprend bien vite (plus vite qu’Alyz !) ce qui lie les deux jeunes femmes pourtant si éloignées sur la ligne du temps… mais ce « mystère » n’est pas vraiment ce qui fait l’intérêt de ce roman, à mon avis. J’ai préféré reconstituer petit à petit le puzzle pour comprendre ce qu’il était arrivé à Forgaill, de sa petite enfance dans les années 1160 au jour de sa mort, brûlée sur le bûcher pour sorcellerie dans les années 1180 et donc saisir comment (et pourquoi) sa voix s’exprime dans le corps d’Alyz huit siècles plus tard.
Jean-Marc Ligny traite les deux époques – et donc les deux axes – de manières radicalement différentes puisque, s’il raconte l’aventure d’Alyz et Bran de façon tout à fait linéaire (plus les pages se tournent plus les mois passent) ; il a choisi d’éclater et de mélanger tout le passé de Forgaill. Le lecteur la découvre pour la première fois le jour de sa mort puis ensuite, complètement « aléatoirement » adolescente, enfant, pré-adolescente, femme… les dates semblent avoir été tirées au sort au hasard mais l’auteur a au contraire bien joué son coup puisque chaque morceau du puzzle apparaît dans un ordre finalement bien précis et le lecteur ne s’y perd nullement. Il parvient au contraire avec facilité – ce qui prouve la maîtrise narrative de Jean-Marc Ligny – à replacer chaque élément à sa place et à reconstituer la toile complète. J’ai particulièrement apprécié cette construction et ce qu’elle implique.

Entre les traditions et les paysages irlandais, et le groupe Dead Can Dance, Jean-Marc Ligny ne pouvait que nous proposer une histoire où musique et mysticisme ne font qu’un. J’ai été emportée dans l’ancienne Eire assiégée et en ressors avec la farouche envie, non seulement d’y retourner encore bien des fois, avec du Dead can dance dans les oreilles bien sûr !

 

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Rois du Monde, Tome 1 : Même pas mort de Jean-Philippe JAWORSKI

jaworski


Rois du Monde, Tome 1 :

Même pas mort
de Jean-Philippe JAWORSKI
Les Moutons électriques,
2013, p. 297

Première Publication : 2013

Pour l’acheter : sur le site de la maison !

Lecture commune avec Ptitelfe, Claire et Gagathe.

Jean-Philippe Jaworski a suivi des études de lettres et enseigne le français en lycée, dans la région de Nancy. Il a collaboré au magazine Casus Belli, créé Tiers Âge, un jeu de rôle gratuit sur la Terre du Milieu, et Te Deum pour un massacre, un jeu de rôle historique sur les guerres de religion. Janua Vera était son premier recueil de fictions, Gagner la guerre son premier roman.

♣ ♣ ♣

Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés.
Là-dessus, le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous a envoyés guerroyer contre les Ambrones. Il misait sur notre témérité et notre inexpérience, ainsi que sur la vaillance des Ambrones. Il avait raison : dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril. Comme prévu, je suis tombé dans un fourré de lances. Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort.

Jean-Philippe Jaworski est un grand nom de la fantasy française. De nombreuses personnes de mon entourage se sont échinées à me le vendre ces dernières années mais, il a fallu attendre une conférence aux Imaginales 2014 pour que je me décide à craquer pour l’un de ses ouvrages.
Les Celtes à l’Age du Fer, voilà un thème qui me parlait et si j’ai eu un peu de mal à entrer dans le texte, j’ai fini par dévorer ce premier tome dans lequel j’ai été happée. C’est bien simple, j’ai tellement apprécié l’expérience qu’aux Imaginales cette année, j’ai acheté le deuxième tome… et tous les autres livres (ou presque) de Jean-Philippe Jaworski !

Cette première branche de l’histoire nous présente Bellovèse, le héros, à différents moments de sa vie. Il se présente comme centenaire dans le prologue puis le lecteur le suit tour à tour à l’âge adulte, un peu plus jeune ensuite et puis carrément enfant dans la troisième partie (avant de grandir à nouveau au fil des pages).
Le rapport des Celtes au Temps était différent du nôtre, de même que leur rapport au « merveilleux ». Le religieux faisait partie de leur quotidien et d’ailleurs, dans la société celte, le druide était au dessus du guerrier (et donc du roi). Ainsi, le « surnaturel » apparaît soudainement dans le récit, généralement sans prévenir le lecteur (puisqu’il s’agit de la normalité pour le héros celte qui est le narrateur unique) et l’on ne sait jamais vraiment où est la limite entre le rêve et la réalité.
Ce que j’apprécie particulièrement avec les récits s’inspirant de la matière celtique, c’est que justement, la barrière avec l’Autre-Monde est floue, le merveilleux est toujours présent, plus ou moins palpable, plus ou moins visible…

Jean-Philippe Jaworski souhaite avec cette histoire, faire entrer le lecteur dans la tête d’un celte, ou en tout cas ce qu’on spécule être le quotidien d’un être humain de cette époque. Evidemment, malgré l’utilisation de la première personne du singulier, il n’est pas simple de s’identifier à cette peuplade guerrière qui se tatouait de la peinture bleue sous la peau, récupérait les têtes décapitées de leurs ennemis et avait une foi aveugle en leurs druides. Mais après un petit temps d’adaptation, on se laisse aller à perdre nos repères, à réapprivoiser la nature et notamment la forêt sauvage qui recèle son lot d’habitants étranges et de mystères…
A l’Age du Fer, les nouvelles passaient d’une maison à l’autre grâce aux bardes, les druides étaient les conseillers des puissants, les femmes avaient une place importante dans la société (ce qui n’est pas sans me rappeler la célèbre Boadicée – même si c’est une figure plus récente de l’histoire – qui a d’ailleurs inspiré une tétralogie à Manda Scott, saga baptisée La Reine celte dont j’ai lu le premier tome, lui aussi particulièrement marqué par l’absence de barrière entre rêve et réalité) et l’on respectait interventions divines et la nature, la mère nourricière. Il y a comme un vent de magie primitive qui souffle sur cette histoire et ce n’est pas pour me déplaire, bien au contraire !

On ne peut pas vraiment dire que je me suis identifiée au héros ou même attachée à celui-ci car une certaine distance se met en place dès le début du texte et perdure… mais en tout cas, j’ai réussi à voyager auprès de Bellovèse, j’ai été complètement entraînée dans la France d’autrefois (entre le Bourges et le Clermont-Ferrand actuels).
Les scènes de course-poursuite resteront tout particulièrement dans mon esprit et ce pour un long moment. Bellovèse et son jeune frère Ségovèse y font des rencontres hautes en couleur, tout à fait marquantes. Je retiens cette altercation avec les trois femmes-oiseaux, vieilles mégères bavardes qui m’ont fait penser aux Parques/Moires et qui lancent un dialogue assez improbable (et très fort stylistiquement parlant) ou encore la confrontation avec la « Reine de la forêt », figure très chargée symboliquement et que j’ai été heureuse de croiser.

Beaucoup plus qu’un roman d’action, Jaworski pose ici des bases contextuelles et une atmosphère très particulière. Le texte n’en est pas pour autant dénué de rythme et d’une certaine dynamique – notamment grâce à la narration qui n’est pas du tout linéaire – mais l’ensemble peut paraître finalement assez introductif et contemplatif. Ce qui peut effrayer et rebuter certains lecteurs. Il me semble de toute façon nécessaire de préciser que Même pas mort – et très certainement les autres livres de l’auteur – est une lecture assez exigeante, qui demande concentration et certainement quelques prédispositions (ou qui appelle quelques recherches).

Dans une conférence aux Imaginales il y a quelques jours, Jean-Philippe Jaworski indiquait qu’il ne considère pas cette saga comme historique. Outre le fait qu’il est difficile de parler d’Histoire au sujet d’un peuple qui n’écrivait pas (ou très peu) et malgré la démarche de recherches qui se rapproche de celle qu’un écrivain de roman historique pourrait faire, il insiste sur la qualification de roman fantasy. Il est certes parti de certaines figures et faits historiques réels (Bellovèse et certains combats le concernant) mais il extrapole sur bien des choses.
Malgré tout, on retrouve avec plaisir tous ces détails contextuels issus des travaux archéologiques (les amphores brisées au sol au moment des banquets par exemple) et qui m’ont, personnellement, rappelé mes études d’histoire de l’art et archéologie à l’université.

Même pas mort est un premier tome riche dans le fond et dans la forme et qui propose au lecteur, sur près de 300 pages (dans l’édition première des Moutons électriques) la possibilité de suivre les premières années de vie d’un guerrier celte, d’abord banni par le Haut roi car gênant, puis intégrant petit à petit les coutumes martiales et retrouvant finalement la route de « l’ennemi ». Cette première branche de Rois du Monde n’est qu’un début… tout reste encore à découvrir !

Si vous voulez entendre l’auteur parler de son histoire…