Bazar de la Littérature


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Le Maître des insectes de Stuart PREBBLE

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Le Maître des insectes
de Stuart PREBBLE,
traduit par Caroline Bouet
Denoël (Suspense),
2015, p. 350

Première Publication : 2015

Pour l’acheter : Le Maître des insectes

Stuart Prebble est né en 1951. Il a travaillé à la télévision britannique en tant que journaliste et producteur pendant plus de trente-cinq ans. Il dirige maintenant sa propre société de production. Le Maître des insectes est son premier roman traduit en France.

♣ ♣ ♣

Londres, années 1960. Quand Jonathan Maguire émerge d’un mauvais sommeil sur le sol du salon, il a les mains couvertes de sang et le corps de sa femme Harriet gît à ses côtés. Seule lui revient à l’esprit une violente dispute avec cette dernière, qu’il soupçonnait d’infidélité. Jonathan est le tuteur de son grand frère Roger, dont le handicap mental l’empêche d’être autonome et qui consacre tout son temps libre à un étrange et spectaculaire élevage d’insectes.
Anéanti par la mort de sa jeune épouse, Jonathan est néanmoins déterminé à échapper à la police, terrifié à l’idée que s’il était arrêté pour meurtre, Roger serait placé dans une institution. Jonathan a sacrifié trop de choses, y compris son mariage, pour accepter cette éventualité. Lui seul peut protéger Roger, à la fois incapable d’exprimer sa pensée et terriblement lucide quand il s’occupe de ses milliers de créatures grouillantes.

Avec un tel titre, une telle couverture et un tel synopsis, Le Maître des insectes avait tout pour me plaire ou au moins tout pour m’intriguer. J’ai profité du long week end de Pâques pour me plonger totalement dans cette lecture et je ne regrette pas ma découverte.
J’ai certes été un peu surprise du chemin emprunté par la narration mais j’ai été séduite par le traitement des personnages et par la plume. C’est un roman que l’on dévore d’un bout à l’autre, totalement happé par les événements !

La quatrième de couverture nous annonce un meurtre. De ce fait, j’étais persuadée, en parcourant la première ligne, que le texte commencerait sinon à ce moment-là, au moins quelques heures/jours après, au moment du départ de l’enquête. Je pensais presque que je découvrirais l’histoire du point de vue des enquêteurs, un peu comme avec les séries policières que j’affectionne. Et en fait, pas du tout. Mais pas du tout, du tout. Outre le prologue qui semble complètement sorti de nulle part (on ne le comprends qu’à la toute fin de la lecture, mais j’y reviendrai plus tard), le premier chapitre nous fait faire un bond dans le temps, en arrière, puisqu’il nous présente l’enfance du narrateur, le fameux Jonathan dont on nous parle dans le résumé. Ce héros-Monsieur-tout-le-monde, nous raconte sa vie et notamment la relation très particulière qu’il entretient depuis toujours avec Roger, son frère aîné handicapé. Le meurtre que l’on s’attendait à voir dès le début n’apparaît qu’aux environs de la page 200, suite à une présentation très chronologique des faits.
Le choix est surprenant sur le coup mais il est finalement assez logique, particulièrement intéressant et finalement expliqué par le narrateur lui-même dans les dernières pages. Il était plus clair, selon lui, de retracer son histoire dans l’ordre des événements et je lui donne parfaitement raison. Ce choix permet également d’entrer pleinement dans la vie des personnages dès leur plus jeune âge et donc de s’attacher à eux, de comprendre leurs choix et leurs réactions. L’événement horrible qui finit par arriver n’est donc pas perçu de la même façon par le lecteur, ce qui révèle tout l’intérêt de ce choix de narration.

Stuart Prebble nous offre des portraits très précis, très fouillés. Jonathan en premier, évidemment, puisqu’il s’agit du narrateur et que l’on découvre toute l’histoire à travers ses yeux. Le lecteur fait donc connaissance avec lui dès le premier chapitre (et non le prologue) et le voit évoluer au fil des pages (donc des années). Difficile de ne pas comprendre ses agissements et ses sentiments alors que nous sommes dans sa tête pendant 350 pages. Le lecteur s’implique, c’est le moins que l’on puisse dire. L’histoire n’en est que plus intense et on attend le dénouement impatiemment, curieux d’avoir le fin mot de l’histoire.
Roger, le frère aîné, est un mystère pour tous. Atteint d’un handicap mental qui semble le laisser constamment à l’âge de 8 ans, l’adolescent puis l’homme n’en possède pas moins un esprit brillant et bien réfléchi. Derrière le visage imperturbable, les rouages du cerveau s’actionnent, de façon différente, certes, mais tout de même. C’est ainsi que Roger met entièrement au point un insectarium dont il est le dieu ultime. Il installe, nourrit, soigne mais n’hésite pas à éliminer lorsqu’il le faut fourmis, blattes, araignées… tout ce petit monde bien rangé dont il prend un soin maniaque et qui occupe plusieurs heures de son quotidien. Et l’insectarium va finir par se retrouver au centre de toutes les attentions et de tous les développements de l’histoire.
Troisième membre du trio et non des moindres : Harriet, la future victime. Femme adorée, soutien sans faille, amie attentionnée… mais aussi étudiante en musique ayant une vie assez chargée en dehors des deux frères. Très entourée par la gente masculine, notamment d’un certain Brendan qui ne cache ni ses sentiments ni ses intentions envers elle… Voilà de quoi inquiéter Jonathan et assombrir le tableau familial qui semblait jusque là si parfait.

stuart prebblePlus que l’histoire d’un meurtre et donc de l’enquête qui en découle, c’est surtout l’histoire d’histoires d’amour. L’amour passionné qui unit évidemment les deux jeunes mariés Harriet et Jonathan mais aussi et surtout l’amour fraternel très fort qui existe entre Roger et son petit frère. Les deux enfants, adolescents puis hommes sont liés et se serrent les coudes, quelle que soit la situation, quelles que soient les difficultés et les conséquences. Et malgré les années qui passent, rien ne change ; au contraire, les liens se renforcent. C’est émouvant.

Les révélations des dernières pages du journal de Jonathan sont assez attendues… en tout cas, j’avais deviné que l’explication des mystères allait dans ce sens. Malgré tout, ce n’est pas un problème du tout puisqu’il pouvait difficilement en être autrement.
En revanche, lorsqu’on relit le prologue qui nous semblait bien nébuleux au départ, après avoir dévoré le livre ; il prend enfin tout son sens et nous laisse avec un « Bien joué Monsieur Stuart Prebble ! » sur les lèvres.

Passée la surprise de la direction choisie par Stuart Prebble pour mener son intrigue, j’ai savouré cette histoire de drame familial et surtout cette relation fraternelle si touchante. L’auteur nous offre un « témoignage » (qui reste de la fiction) extrêmement bien écrit et particulièrement marquant. Un nom à suivre !

Merci à Célia pour sa confiance renouvelée !

Illustration : Portrait de l’auteur trouvé sur son site !

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Trois souris… de Agatha CHRISTIE

trois souris agatha christie le livre de poche
Trois souris…
de Agatha CHRISTIE
Le Livre de Poche,
2008, p. 126

Première Publication : 1948

Pour l’acheter : Trois souris…

Agatha Christie (18901976) est la reine incontestée du roman policier classique. Elle publie son premier roman en 1920 et sa prodigieuse production littéraire fait d’elle l’un des auteurs les plus lus à travers le monde.

 Le Crime de l’Orient-Express Le Meurtre de Roger Ackroyd
♣ La Mort dans les nuages
 Mort sur le Nil 

Dans l’obscurité d’une maison endormie, un cri déchire le silence… Un crime vient d’être commis… Ainsi se lève le rideau sur l’un des plus grands succès de la scène internationale, « La Souricière », qui tient l’affiche sans interruption depuis plus de cinquante ans. Adaptée par Agatha Christie d’une nouvelle écrite en 1947, jouée pour la première fois à Londres en 1952, cette mésaventure de trois petites souris porte la marque de son auteur : humour et coups de théâtre sont au rendez-vous. Et comme tous les grands maîtres du suspense, Agatha Christie préférait que ses spectateurs ignorent la clef de l’énigme avant de pénétrer dans le théâtre…

Cette année 2014 a été pour moi assez riche en polars, notamment grâce à la célèbre Agatha Christie que l’on n’a plus besoin de présenter. Très prolixe, la reine du crime a publié des dizaines d’ouvrages, généralement des romans n’excédant pas les 300 pages.
Son travail de romancière est légèrement différent avec ce Trois souris qui prend la forme d’une grosse nouvelle (une centaine de pages dans mon livre de poche) car il s’agissait initialement d’une pièce diffusée sur les ondes de la BBC en 1947 suite à la commande de la reine Mary (grand-mère de l’actuelle reine Elizabeth). L’histoire perdure encore à ce jour sous la forme d’une pièce (La Souricière), jouée à Londres depuis 1952 et ce, sans interruption.
Inutile donc de tenter de vous convaincre de la qualité de cette courte intrigue, les informations précédentes s’en chargent parfaitement.

Comme d’habitude avec Agatha Christie, le huis-clos est de mise. Point de train ou de bateau de croisière ici mais une nouvelle pension de famille dans la campagne anglaise, paralysée par de fortes chutes de neige. Les propriétaires et leurs quelques clients sont coincés dans le bâtiment et évidemment, l’un d’entre eux est coupable d’un meurtre Londonien survenu quelques heures plus tôt.
Je me répète à chaque fois que je lis et chronique un Agatha Christie, mais le huis-clos c’est idéal pour une enquête. Chacune des figures présentes peut avoir le profil du coupable, chacune d’entre elles est donc soupçonnée à un moment ou à un autre de l’intrigue.

Moins nombreux que dans les romans de l’anglaise, les personnages sont toujours aussi bien croqués. Pourtant présentés en quelques phrases descriptives et évoluant sous les yeux des lecteurs grâce à leurs quelques interventions, ils semblent avoir une vie propre, ne souffrent d’aucun manque (ou presque), sont finalement particulièrement palpables. Le lecteur sait ainsi se repérer et placer chacun d’entre eux sur « une ligne de culpabilité ». Machin a tel passé et tel comportement, il pourrait bien être l’assassin recherché… oui mais trucmuche s’est rendu à Londres au moment du meurtre et a un bon mobile… le lecteur peut soupçonner tout le monde car tout le monde a quelque chose à cacher et tout le monde semble plus ou moins relié à la victime. Alors, qui du jeune Christopher Wren, de l’étrange Mr Paravicini ou de la détestable Mrs Boyle tire les ficelles ? A moins qu’il s’agisse d’un coup de l’un ou l’autre (ou des deux ?) propriétaire(s) ? Saurez-vous trouver le coupable avant la révélation des dernières pages ?

Pour ma part, et comme d’habitude j’ai envie de dire, je me suis laissée berner. Mais j’aime bien ça. C’est toujours un plaisir de se laisser porter par l’enquête, de soupeser le pour et le contre, de mettre en place des scénarios, de changer complètement de voie quand un nouvel indice arrive, être sûr puis douter deux pages plus tard… J’adore ce jeu de piste et même si je suis navrante de naïveté, ça m’amuse ; la chute n’en est que plus surprenante !

Pas besoin d’en dire plus sur ce court texte qui, malgré sa brièveté, nous emporte sans aucun problème entre ses lignes. Partant d’une comptine anglaise (comme pour Les Dix petits nègres), Trois souris met en place un puzzle moins complexe que dans les romans de l’auteure mais la reine du crime continue à nous surprendre. Vivement que j’en lise un autre !

 


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Night School, Tome 3 : Rupture de C. J. DAUGHERTY

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Night School,
Tome 3 : Rupture
de C. J. DAUGHERTY
Robert Laffont (Collection R),
2013, p. 396

Première Publication : 2013

Pour l’acheter : Night School, Tome 3

C. J. Daugherty avait vingt-deux ans quand elle a vu un cadavre pour la première fois. Bien qu’elle ait cessé de rapporter des faits divers tragiques dans les journaux afin d’éditer des livres de voyage, elle n’a jamais perdu sa fascination pour ce qui conduit certains individus à commettre des actes horribles. Et pour le genre de personnes qui essaient de les arrêter. La série Night School est le fruit de cette fascination.

 Night School, Tome 1 Tome 2 

♣ ♣ ♣

Inconsolable depuis la mort de son amie et sous la menace constante d’un espion qui rôde incognito à Cimmeria, Allie Sheridan accuse le coup. Et elle n’est pas la seule à perdre les pédales ; tout semble s’effondrer autour d’elle : amitiés, amours et certitudes. Alors, quand Nathaniel commence à abattre ses cartes maîtresses, Isabelle, la directrice elle-même, ne sait plus que faire. L’école sombre peu à peu dans les sables mouvants de la paranoïa et de la suspicion, tous les étudiants sont dorénavant considérés comme coupables jusqu’à preuve du contraire. Il n’y a plus de présomption d’innocence qui tienne et n’importe qui peut désormais être détenu sans procès. Plus personne ne peut se cacher. Cette fois-ci, Nathaniel n’a plus besoin de leur faire du mal ; les occupants de Cimmeria s’en chargent très bien tout seuls…

/!\ Attention, risque de spoilers sur les deux tomes précédents ! /!\

J’ai adoré le premier tome, j’ai été relativement déçue par le deuxième mais étais confiante, la suite serait à la hauteur… Eh bien, malheureusement non. Ce n’est pas de gaieté de cœur que j’en viens à cette conclusion, mais plus les tomes passent moins la qualité est au rendez-vous pour cette saga pour laquelle j’avais pourtant beaucoup de tendresse au départ.
Ce troisième tome m’a ennuyée quasiment du début à la fin, je n’y ai pas trouvé grand intérêt et encore moins beaucoup d’utilité. Je pense qu’au lieu de s’étendre sur cinq volumes, la saga aurait gagné à être condensée sur trois, cela aurait été, à mon avis, très suffisant. A moins que les deux derniers tomes soient très denses et que chacune de leurs pages soient tout à fait indispensables… j’attends de voir puisque oui, maintenant que j’ai commencé, j’irai au bout. Et puis bon, j’ai quand même envie de savoir qui est la taupe dans cette satanée école !

Le plus gros reproche que l’on pourrait faire à ce troisième opus c’est qu’il ne se passe rien, ou pas grand-chose. Allie se remet difficilement de la mort de sa meilleure amie, voudrait faire cavalier seule et aller la venger mais se rend compte qu’elle est impuissante, mieux vaut opérer en groupe. Quelques élèves de l’école se rassemblent donc dans l’idée de résoudre l’affaire : qui est la taupe dans l’école qui informe Nathaniel ? Faisant front contre les adultes de Cimmeria (la directrice et les professeurs), Allie et ses amis n’en font qu’à leur tête, faisant fi des dangers et mettent leur nez un peu partout. A côté de ça, l’héroïne doute de ses sentiments et ne sait toujours pas qui choisir de Carter ou Sylvain. Amour ou amitié amoureuse, elle est perdue et ses introspections lui prennent beaucoup de temps.
Résumer ainsi, on pourrait presque croire qu’il y a de l’action mais vraiment, je vous assure, sur près de 400 pages, c’est vraiment bien peu. On tourne beaucoup en rond (quel que soit le sujet) et on tourne la dernière page sans avoir avancé d’un iota : on ne sait toujours pas qui est la taupe dans l’école et Allie ne sait toujours pas de quel côté va son cœur. En revanche, c’est vrai, on apprend quelques informations sur la famille de la jeune fille, sur Nathaniel et pourquoi il lui en veut autant. Des éléments intéressants mais ça reste bien maigre et finit par se noyer sous tous les autres discours bien peu utiles.

Si encore les états d’âme amoureux d’Allie m’avaient passionnée, l’ensemble m’aurait évidemment paru beaucoup plus enthousiasmant. Mais force est de constater que les doutes d’une adolescente de 16/17 ans m’exaspèrent plus qu’ils ne me parlent. Ce triangle amoureux est vraiment insupportable (en plus d’être parfaitement inutile).
D’un côté Carter, un personnage qui me plaisait assez dans les premiers tomes mais qui se ramollit ici car trop mis de côté ; lui aussi doute et ne semble pas trop savoir ce qu’il veut. De l’autre Sylvain, le français qui se veut être le garçon stable sur qui on peut compter mais qui ne m’a jamais séduite, je n’arrive pas à lui pardonner sa conduite précédente ; il ne me fait ni chaud ni froid. Si l’une des figures masculines faisaient fondre mon cœur d’artichaut, peut-être serais-je moins sévère mais vraiment, je trouve les deux garçons pas du tout charismatiques, pas du tout séduisants. Je ne ressens donc aucune empathie envers Allie qui se pâme d’amour (enfin, elle ne sait pas trop) devant les deux.

Allie ne m’a pas non plus beaucoup touchée dans ce troisième tome. Elle peine à reprendre pied après l’horreur survenue à la fin du volume précédent, ce qui est tout à fait compréhensible, mais sa façon d’agir et de se jeter tête baissée dans les ennuis pour se sentir vivre a tendance à m’agacer. Les choses s’arrangent un peu quand elle décide de s’ouvrir aux autres et de leur faire confiance (malgré la situation tendue) mais encore une fois, je ne me suis pas sentie beaucoup d’atomes crochus avec elle. Je suis peut-être tout simplement trop vieille pour m’attacher à des héros si jeunes ?

illustration allie night schoolCe trio est entouré d’un bon paquet d’autres personnages, autres adolescents ou adultes vivant à l’école. Tous sont plutôt bien croqués et trouvent leur place dans l’intrigue ; on ne peine pas à les reconnaître. Ils ne m’ont ni complètement déplu ni enthousiasmée, ils m’ont laissée assez indifférente.
Globalement, je trouve les adultes de Cimmeria assez stupides et les adolescents assez présomptueux. Une affaire grave les concerne tous (il y a quand même eu deux morts) mais chaque groupe fait sa sauce dans son côté sans jamais en avertir l’autre. C’est ainsi que la directrice et les professeurs cachent la plupart des informations à leurs élèves, qui s’empressent de fouiller partout et n’importe comment pour découvrir ce qu’on refuse de leur apprendre. Bizarrement, dans cette histoire, alors que les adultes sont censés être des pros de la protection et de la surveillance, ils se font avoir comme des bleus à chaque fois et ce sont des gamins de 16/17 ans qui parviennent à faire avancer le schmilblick. C’est pas très sérieux… et pas du tout crédible surtout.

C. J. Daugherty fait le choix de nous conter son histoire à la troisième personne du singulier mais globalement, malgré les « elle » utilisés, c’est comme si le point de vue était interne. Ce décalage entraîne des phrases un peu bizarres, on ne sait alors plus qui est le personnage caché derrière le pronom (Allie ou une autre jeune fille). J’ai donc parfois été gênée par la narration et ai dû relire quelques passages pour être sûre d’avoir bien compris de qui (quoi) on parlait.
Sinon, comme souvent dans le genre de la Young Adult et comme souvent avec la Collection R, les textes sont plutôt fluides, sans soucis majeurs. Les chapitres courts, la police de caractère (très grosse), les grosses marges et les pages épaisses donnent l’impression de lire beaucoup et vite. Night School ne fait pas exception à la règle (bien que la police soit un peu plus serrée, j’ai l’impression) et se parcoure en quelques heures à peine. Le confort de lecture est là, c’est indéniable.
En revanche, si j’adorais les couvertures des deux premiers tomes, notamment la toute première, je dois avouer que je n’apprécie que très modérément celle-ci (voire pas du tout). La teinte claire n’est pas une mauvaise idée en soi mais je déteste le visage de cette jeune fille (désolée pour elle) et l’air qu’elle prend (quel regard désagréable !). Sans parler de ce gros plan. Beurk beurk beurk. Heureusement, l’illustration du tome 4 me plaît à nouveau davantage… que donnera la cinquième et dernière ?

Enfin et pour terminer sur l’unique élément positif de ce troisième tome, à mon goût, revenons rapidement sur l’ambiance qui se dégage de cet opus. J’avais déjà parlé de la tension et du suspens présents précédemment, ici, c’est une nouvelle fois bien là et même un cran au dessus. Chacun des personnages que l’héroïne et le lecteur côtoient pourrait être la taupe de l’école, il faut se méfier de tout et de tout le monde. On ressent vraiment bien l’angoisse perçue par Allie et comme elle, on ne peut faire confiance à personne (ou presque).
Certaines scènes, dans le jardin, dans les sous-sols, de nuit ou alors que le soleil ne s’est pas encore levé, sont assez parlantes et font vraiment froid dans le dos. L’ennemi pourrait se cacher derrière n’importe quel arbre ou se terrer à l’affût d’un couloir. J’aime beaucoup ce climat de suspicion, très lourd, où chaque personnage est sur les nerfs et où chacun s’épie pour tenter de découvrir un indice. Vraiment, C. J. Daugherty maîtrise bien cette atmosphère et je ne peux que la féliciter.

L’idée de base est bonne, la tension permanente et pesante régnant à Cimmeria est parfaitement rendue… dommage donc que l’auteure tire un peu sur la corde en nous proposant beaucoup trop de longueurs (concrètement, rien n’avance dans ce tome, on tourne en rond et on tourne la dernière page en étant exactement au même point que lorsqu’on l’a ouvert) et en nous imposant un triangle amoureux complètement inintéressant et inutile. Je lirai la suite pour avoir le fin mot de l’histoire mais à ce stade, c’est la déception qui prime.

Illustration : portrait d’Allie trouvé ici !


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Enquête d’identités de Nicolas GERRIER

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Enquête d’identités
de Nicolas GERRIER
Editions du Lamantin,
2014, p. 348

Première Publication : 2014

Pour l’acheter : sur le site de la maison !

Nicolas Gerrier est né en 1964. Il écrit des romans pour adolescents (Opération dreamteam chez Numeriklivres en 2014), des nouvelles (Impostures aux éditions Emoticourt en 2013), ainsi que des livres de Français Langue Etrangère. Son recueil de textes courts, Départs d’enfants, paru à l’Atelier du Poisson Soluble en 2011, a obtenu le Grand Prix du livre jeunesse de la SGDL en 2012.

♣ ♣ ♣

Qui est l’homme que Noémie et Julien, quinze ans, découvrent amnésique et apeuré le 12 septembre 2001 dans une cabane abandonnée ?
Que vont découvrir les commissaires Jacques et Franck Lefranc lors de leur enquête sur le cambriolage de la succursale du Crédit du Poitou ?
Quels événements vont bouleverser la vie de Paul Grandin, clown du cirque Frapateli et Jean-François Leberger, spécialiste des systèmes de sécurité ?
Trois questions, trois histoires qui se croisent, s’éclairent et apportent chacune les pièces d’un même grand puzzle.

Je remercie une nouvelle fois les éditions du Lamantin qui m’ont fait confiance en me faisant parvenir le troisième titre de leur collection « Aventurier ». J’avais déjà particulièrement aimé (adoré même !) la duologie Nalki de Alice Adenot-Meyer et la qualité se confirme ici avec ce one-shot signé Nicolas Gerrier.
J’ai été passionnée par cette enquête de la première à la dernière page et attends dorénavant impatiemment la sortie du futur titre de cette collection hyper prometteuse. Je vous invite d’ores et déjà à jeter un œil au catalogue de la maison d’édition et à suivre ses projets, vous ne devriez pas être déçus !

Tout l’intérêt et toute l’originalité de cette enquête réside, à mon avis, dans sa construction. En effet, l’intrigue avance par groupe de trois chapitres (d’ailleurs, ils sont toujours nommés sous cette forme : 1, 1 bis, 1 ter ; 2, 2 bis, 2 ter…), chacun apportant un éclairage sur un groupe différent de personnages a priori sans aucun rapport les uns avec les autres.
D’un côté, deux adolescents fêtant leur quinzième anniversaire trouvent un repaire abandonné qu’ils souhaiteraient s’approprier, mais ils y font la rencontre d’un homme a priori SDF, totalement amnésique. Depuis trois ans, Noémie et Julien tentent de déterminer, au moyen de défis, qui des filles ou des garçons sont les plus intelligents. L’ultime challenge est tout trouvé : découvrir l’identité de l’homme qui n’a plus aucun souvenir. Celui qui y parviendra mettra fin à cette petite « bataille » en cours depuis plusieurs années.
De l’autre côté, dans une petite ville, un cambriolage a eu lieu. Les inspecteurs Jacques et Franck Lefranc (aucunement parents malgré le patronyme commun) doivent enquêter sur cette affaire étrange. La banque est équipée du matériel dernier cri, de la meilleure technologie de pointe (reconnaissance vocale, de la voix, plusieurs codes, prélèvement sanguin…) et pourtant, les criminels ont réussi à voler des dizaines de lingots d’or sans laisser la moindre trace ! Mais comment ?
Enfin, et c’est sans doute le point de vue le plus mystérieux des trois, Nicolas Gerrier met en scène sur deux courts paragraphes à chaque fois, deux personnages que tout semble opposer : Paul Grandin et Jean-François Leberger qui parlent respectivement de loterie et de voyage à New York.

nicolas gerrier auteurMais quel lien existe-t-il entre ces trois groupes ? Quel rapport entre un SDF amnésique, un braquage de banque et deux hommes a priori complètement paumés dans la vie ? C’est ce que l’on va découvrir au cours de la lecture.
Nicolas Gerrier place ses pions et apporte ensuite les éléments au compte-gouttes, tissant petit à petit la toile de fond de cette histoire. Au début très emmêlés, les fils se mettent en place, se séparent, se rejoignent et se nouent, rendant alors l’intrigue de plus en plus claire pour le lecteur. Je me suis amusée tout au long de ma lecture à tenter de résoudre le mystère. Je voulais trouver le lien qui unit toutes les affaires et tous les personnages et à chaque fois, alors que je pensais avoir mis le doigt sur la solution, ce n’était jamais vraiment ça. Finalement, lorsque la résolution du problème apparaît, ce n’est pas complètement une surprise, c’est plutôt simple, pas forcément extraordinaire… mais le cheminement pour en arriver là est si exaltant, tellement rempli de suspens que ce n’est pas forcément le dénouement que l’on retient mais bien la façon d’en arriver là.

Les personnages sont assez nombreux, comme vous pouvez le constater, mais ils sont assez bien croqués pour en faire des figures distinctes les unes des autres sans pour autant tomber dans le cliché. On ne sait pas tout d’eux et les zones d’ombre de chacun cachent bien des secrets… en rapport avec les enquêtes ? Je vous laisse le découvrir !
On ne peut pas vraiment nommer de personnages principaux ici, c’est vraiment une affaire d’équipe et d’entraide. D’ailleurs, chaque duo fonctionne très bien, qu’il s’agisse des deux adolescents débrouillards, des deux flics (le mentor à six mois de la retraite prenant sous son aile le nouveau qui a la vingtaine) ou encore des deux hommes a priori sans lien l’un avec l’autre. On ne s’attache pas vraiment à eux comme on pourrait le faire avec un héros unique dont l’histoire serait contée d’un point de vue interne, mais chacun possède un petit quelque chose qui le rend sinon sympathique, au moins intrigant.

La collection « Aventurier » des éditions du Lamantin est plutôt adressée aux adolescents mais comme pour la duologie Nalki, les adultes peuvent très bien y trouver leur compte. Le texte proposé par Nicolas Gerrier est certes abordable mais il est très loin d’être simpliste.
Descriptions et dialogues se partagent équitablement la place, ni trop présents ni trop absents. L’ensemble est dynamique et assez imagé ce qui, ajouté à la brièveté des chapitres (rarement plus d’une quinzaine de pages) permet une grande fluidité. Le roman se dévore finalement plus qu’il ne se lit… et on en redemande ! A quand la prochaine aventure écrite par Nicolas Gerrier ?

Cette lecture est pour moi une réussite. J’ai été happée par l’intrigue, je me suis beaucoup amusée à tenter de résoudre les affaires et j’ai suivi avec beaucoup de plaisir les différents groupes de personnages qui avancent petit à petit, chacun de leurs côtés, dans la résolution du mystère. Voilà une enquête très sympathique qui ravira non seulement les adolescents friands de polar mais également les lecteurs plus aguerris qui passeront un excellent moment ! A quand le prochain titre de la collection ? Vite, vite !

Merci aux éditions du Lamantin !

Illustration : portrait de l’auteur trouvé sur sa page Facebook !


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Le Meurtre de Roger Ackroyd de Agatha CHRISTIE

le meurtre de roger ackroyd agatha christie le masque
Le Meurtre de Roger Ackroyd
de Agatha CHRISTIE
Le Masque,
1987, p. 250

Première Publication : 1926

Pour l’acheter : Le Meurtre de Roger Ackroyd

Agatha Christie (1890-1976) est la reine incontestée du roman policier classique. Elle publie son premier roman en 1920 et sa prodigieuse production littéraire fait d’elle l’un des auteurs les plus lus à travers le monde.

♣ Le Crime de l’Orient-Express ♣ La Mort dans les nuages ♣ Mort sur le Nil 

Un soir, dans sa propriété de Fernly Park, l’industriel Roger Ackroyd se confie à son ami le Dr Sheppard. Le veuve qu’il envisageait d’épouser s’est suicidée pour échapper à un chantage. Dans une ultime lettre, elle lui révèle le nom de celui qui détient un terrible secret : un an plus tôt, elle a assassiné son mari.

Lors de mon dernier long voyage en solitaire en train j’avais envie d’une lecture « sûre », de quelque chose qui me plairait sans aucun doute, d’un titre un peu « doudou ». En farfouillant dans ma liseuse j’ai trouvé ce grand classique d’Agatha Christie, considéré comme un de ses meilleurs (si ce n’est LE meilleur ?)… et je ne le connaissais pas encore !
Difficile de faire un podium des nombreux titres proposés par l’anglaise, ils me surprennent tous positivement, mais celui-ci est effectivement très bon et particulièrement bien mené !

Tout se déroule dans un petit village de la campagne anglaise, dans une atmosphère assez fermée : tout le monde se connait, chacun semble avoir des liens avec tous les autres et surtout, tout le monde a de lourds secrets cachés. Le huis-clos c’est la spécialité d’Agatha Christie, et ça marche à tous les coups !
Prenez de nombreuses personnalités différentes, rassemblez-les et mélangez-les dans un espace confiné et vous voilà en présence de mini-intrigues qui se recoupent… et pourraient toutes avoir un lien avec le meurtre. Chaque figure devient alors le coupable idéal à un moment ou à un autre du récit, le lecteur s’amuse à les suspecter à tour de rôle et à découvrir chacun de leurs secrets… jusqu’aux dernières pages où toutes les pièces du puzzle s’imbriquent et où le nom du coupable apparaît en toute logique.
Logique, oui, encore faut-il avoir l’esprit aussi affûté qu’Hercule Poirot ! Car même si tous les indices nous sont donnés dès le début, nous permettant de résoudre l’enquête aussi bien que le célèbre détective, je suis, pour ma part, complètement passée à côté et n’ai pas vu venir la chute ! Lorsqu’on lit les dernières pages on ne peut s’empêcher de lancer un « mais bien sûr ! » mais c’est tellement intelligemment mené que la surprise est quasi-totale (à part pour ceux qui ont un excellent esprit de déduction mais généralement, ce dénouement fait mouche).

Les personnages sont donc nombreux et très différents les uns des autres, proposant ainsi une palette intéressante de figures. On pourrait avoir peur de s’y perdre mais Agatha Christie, en reine du polar, sait sans aucun problème nous les présenter de sorte qu’on ne les confonde pas et les ai bien en tête tout au long du récit. Un peu comme Jane Austen avec ses héros, Agatha choisit soigneusement quelques adjectifs pour les qualifier et nous les sert à chaque fois à la limite de la caricature.
Roger Ackroyd, personnage central du texte auquel il donne son nom, est un riche industriel assassiné dans son propre salon alors qu’il s’apprêtait à épouser une veuve, s’étant elle-même suicidée quelques jours plus tôt pour échapper à un maître chanteur. De ce couple disparu précocement s’accrochent tous les autres personnages : la sœur, la nièce, le fils adoptif, la future bru, le secrétaire, les domestiques… et évidemment le Docteur Sheppard, narrateur unique de cette histoire, ce qui ajoute de l’intérêt au récit.

agatha christieEn effet, habituellement c’est Hastings, le fidèle ami d’Hercule Poirot, qui nous raconte les enquêtes. Cette fois, le Capitaine étant en Amérique du Sud, c’est un habitant du coin et témoin direct de l’histoire qui va nous la transmettre, ajoutant au récit objectif, quelques-unes de ses réflexions. Il est bien vite rejoint dans son enquête par le détective belge qui, à la retraite, s’installe pour planter des courges à côté de la demeure du Docteur Sheppard et de Caroline, la sœur aînée de celui-ci, adepte des commérages et des enquêtes policières.
Le narrateur va seconder Poirot dans l’enquête, nous apportant les éléments un par un, nous retransmettant les interrogatoires, dessinant des plans de pièce pour mieux se faire comprendre… bref, nous donnant toutes les pièces du puzzle. Malgré tout, le célèbre détective fait sa vie de son côté et multiplie les mystères, ce qui rend le lecteur aussi sceptique que Sheppard… que sait-il de plus que nous ?

Malgré le côté dramatique des meurtres, il y a toujours beaucoup d’humour et un côté très « british » dans les romans d’Agatha Christie. Déjà formellement courts, les récits n’en paraissent qu’encore plus brefs tant ils sont fluides et agréables à parcourir. Les petits chapitres et les nombreux dialogues sont aussi là pour rythmer l’ensemble… on ne s’en lasse pas. On en vient à se demander comment l’auteure réussit à dire tant de choses, aussi brillamment, sur si peu de pages. Le lecteur reçoit beaucoup d’informations mais, grâce au talent d’Agatha Christie, il les assimile sans problème et en redemande !

Découverte au collège avec ses Dix petits nègres, Agatha Christie est une auteure entrée dans les classiques du monde du polar dont je ne me lasse pas et qui, je pense, peut encore plaire, quasi un siècle plus tard, aussi bien aux adolescents découvrant la littérature, qu’aux adultes habitués à la lecture. Indémodable et indétrônable !

 

Illustration : Agatha Christie en 1926.