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De Darcy à Wentworth de Sybil G. BRINTON

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De Darcy à Wentworth
de Sybil G. BRINTON
Milady Romance,
2015, p. 473

Première Publication : 1913

Pour l’acheter : De Darcy à Wentworth

Jane Austen ne nous a laissé que peu de romans à lire et à relire. Sybil Grace Brinton, née en 1874 dans le Worcestershire, a été la première à essayer de remédier à ce la en publiant, en 1913, un roman où se retrouvent tous les personnages de la célèbre romancière pour le plus grand bonheur de ses admirateurs.

♣ ♣ ♣

Fiancée au colonel Fitzwilliam, Georgiana Darcy n’est pas heureuse. Elle révèle son désarroi à sa belle-sœur, Elizabeth, et cette dernière s’empresse d’intervenir afn d’annuler les fançailles. Soulagé, le colonel Fitzwilliam accompagne le couple Darcy à Bath tandis que Georgiana rend visite à la sœur d’Elizabeth, Jane Bingley. Ils vont alors, chacun à leur tour, croiser et rencontrer les héros des autres romans de Jane Austen, d’Emma au capitaine Wentworth. Mais au fil des intrigues, ces personnages hauts en couleur devront afronter maintes épreuves avant de connaître le parfait amour.

Jane Austen inspire aujourd’hui de nombreux auteurs qui se servent de l’univers et des personnages de la célèbre Dame pour créer des suites, des réécritures ou encore des modernisations. Ces austeneries se multiplient et se comptent par centaines. Milady commence doucement mais surement à traduire certaines d’entre elles en français et la maison d’édition nous a dernièrement (le livre est sorti fin mai) fait la surprise de nous offrir le texte de Sybil G. Brinton qui date de, tenez-vous bien… 1913 !
Il semble que De Darcy à Wentworth (Old friends and new fancies en version originale) soit le premier roman para-austenien à avoir vu le jour ! Si l’on peut reprocher une trop grande modernité aux austeneries du XXIe siècle, ce roman-ci se pare d’une certaine désuétude, se rapprochant davantage d’un texte du début du XIXe siècle… ce qui n’est pas pour me déplaire !

Alors par contre, avant d’entrer dans le vif du sujet, je pense qu’une petite précision s’impose. A mon avis, ce livre ne doit être découvert qu’après avoir lu les 6 romans majeurs de Jane Austen. Si vous vous lancez dans l’aventure comme ça, non seulement vous serez spoilés (De Darcy à Wentworth prend place APRES les romans d’origine) mais en plus, vous serez perdus au milieu de tous les nombreux personnages et de l’univers mis en place. J’en parle en connaissance de cause car il y a un seul roman d’Austen que je n’ai pas encore lu – Mansfield Park (mais ce sera réparé cet été) – et j’ai vraiment eu la sensation qu’il me manquait des clefs de compréhension lorsque les personnages de cette histoire apparaissaient.
Parce que non seulement Sybil G. Brinton réutilise les personnages principaux de nos romans favoris (Orgueil et préjugés, Emma, Persuasion…) mais aussi et surtout de nombreuses figures secondaires qui peuvent plus ou moins passer inaperçues dans les textes d’origine (même si les personnages austeniens sont toujours hauts en couleur et donc marquants). C’est donc un plaisir de les voir ici vivre leurs propres aventures et obtenir leurs propres fins heureuses. Parce que chez Brinton comme chez Austen, tout est toujours bien qui finit bien malgré les quiproquos, les malentendus et les retournements de situation.

D’ailleurs, si j’ai un petit reproche à faire à cette histoire c’est justement que les mini-intrigues manquent un petit peu de surprises. Si j’avais pu douter sérieusement du devenir des histoires d’amour en lisant les romans de Jane Austen, je n’ai en revanche ici eu aucun mal à deviner qui finirait avec qui et ce, très rapidement. Alors ai-je appris à voir les ficelles à force de lire des romans du genre (et donc ne serais pas surprise si je découvrais Orgueil et préjugés ou Emma aujourd’hui ?) ou Sybil G. Brinton est-elle un peu moins douée que sa prédécesseuse pour cacher l’évidence ?
Malgré le manque de subtilité, l’ensemble fonctionne parfaitement et c’est un plaisir de suivre les aventures des différents couples : leur rencontre, leur évolution et évidemment l’avenir proposé par l’auteure.

Old_Friends_and_New_Fancies_cover sybil g brintonJ’ai retrouvé avec beaucoup plaisir les deux héros d’Orgueil et préjugés, dorénavant mariés et heureux en ménage. Je trouve que Sybil G. Brinton a assez bien croqué les deux figures et ne les dénature pas. En tout cas, j’ai retrouvé la Elizabeth et le Darcy que je connais (ou que j’aime à m’imaginer). C’est d’ailleurs le cas de la plupart des personnages d’origine, tous fidèles à leur réputation, ils ne nous déçoivent pas.
A part Emma Woodhouse, devenue Emma Knightley. C’est une héroïne généralement mal aimée des lecteurs car beaucoup la trouvent imbue d’elle-même et un peu peste sur les bords. Oui, Emma est une jeune femme pourrie gâtée qui aime contrôler son monde… mais l’année qu’elle passe dans le roman la fait évoluer. Beaucoup. On se rend compte qu’elle tient vraiment à son entourage et ne veut que le bonheur de ses proches, c’est juste qu’elle se plante tout le temps. Elle sait malgré tout reconnaître ses erreurs et sort grandie de cette aventure. Malheureusement, dans cette suite, j’ai eu l’impression de retrouver la Emma du tout début, l’insupportable entremetteuse qui se mêle de tout. Alors non, je ne suis pas d’accord, elle n’est plus comme ça, d’autant plus qu’elle est dorénavant mariée à Knightley qui, je l’imagine, ne doit rien lui laisser passer. En tout cas, c’est ainsi que je le perçois. Je n’ai pas aimé Emma dans De Darcy à Wentworth et ça ne me plaît pas car c’est normalement une héroïne qui m’attendrit beaucoup.
Sybil G. Brinton s’attarde finalement plus sur les figures secondaires des romans de base et leur offre le devant de la scène, pour notre plus grand plaisir. C’est ainsi que l’on voit évoluer la douce et timide Georgiana (petite sœur de Darcy), le trop modeste colonel Fitzwilliam (cousin de Darcy), l’ancienne impétueuse Kitty (une des jeunes sœurs d’Elizabeth), le très convenable James Morland (frère de Catherine, dans Northanger Abbey) et ceux qui m’étaient inconnus jusque là : Miss Crawford et William Price, tous les deux issus de Mansfield Park que je n’ai pas lu. Et vraiment, je le regrette parce que je suis sûre qu’il m’a manqué des éléments pour bien comprendre qui ils étaient, quel était leur passé, leurs attentes, leurs blessures… et c’est vraiment dommage.

L’avantage de cette austenerie c’est que, ayant été rédigée au début du XXe siècle, elle possède encore un je-ne-sais-quoi d’un peu désuet. Alors évidemment, Sybil G. Brinton n’égale pas le style de Jane Austen mais le fait qu’elle soit née et qu’elle ait vécu à une époque dans laquelle régnaient encore des codes sociaux assez précis (différents de ceux de l’époque régence, j’en suis persuadée, mais toujours plus proches de ceux-ci que ne le sont nos habitudes du XXIe siècle), ancre plus naturellement et plus facilement le lecteur dans le récit. Aucun mot, aucune tournure de phrase difficiles ici, mais un petit truc qui diffère de ce que peuvent aujourd’hui écrire des auteurs se basant sur l’univers de Jane Austen, malgré tous leurs efforts d’immersion dans une époque lointaine.

De Darcy à Wentworth est pour moi un bon cru en matière d’austenerie. Je déplore quelques petites longueurs et quelques facilités dans les mini-intrigues mais globalement, les personnages originaux sont respectés… et vraiment, quel plaisir de les retrouver, plus ou moins réunis par des liens assez crédibles, quelques années après les romans de Jane Austen ! Ce n’est pas parfait mais c’est vraiment un bon moyen de prolonger la plongée dans l’univers de notre romancière anglaise préférée… Par contre, attention, je me répète, mais à conseiller uniquement à ceux qui connaissent déjà les œuvres de base !

Merci à Aurélia pour sa confiance renouvelée !

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Emma de Jane AUSTEN

emma

coupdecoeur

Emma
de Jane AUSTEN
(Challenge ABC 2009)

Archipoche,
2009, p.531

Première Publication : 1815

Pour l’acheter : Emma

Jane Austen, née le 16 Décembre 1775 et morte le 18 Juillet 1817, est une femme de lettres anglaise. Son réalisme, sa critique sociale mordante et sa maîtrise du discours indirect libre, son humour décalé et son ironie ont fait d’elle l’un des écrivains anglais les plus largement lus et appréciés.

Amour et amitié Lady Susan Northanger Abbey Orgueil et préjugés Persuasion Raison et sentiments
L’Adaptation de 1996 (Kate Beckinsale) 

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Emma Woodhouse vit avec son père veuf. D’une grande beauté et pleine d’assurance, elle évolue en toute indépendance à Highbury, sans aucun souci financier et entourée d’amis fidèles.
Pour se distraire, elle décide de s’occuper du mariage des autres, persuadée d’avoir des talents d’entremetteuse. Elle se consacre à sa nouvelle protégée, la très jolie Harriet Smith, qu’elle destine à Mr Elton, le vicaire de Highbury.
Les plans de la jeune fille semblent en bonne voie, mais ses certitudes vacillent lorsque les événements prennent un tour inattendu : ses propres manœuvres lui vaudront bien des déconvenues…

Première lecture (Décembre 2009)

Emma est sans doute l’un des plus grands romans de Jane Austen, si l’on en croit les « spécialistes ». C’est donc avec beaucoup de plaisir que je me suis lancée dans cette lecture, surtout que l’ouvrage faisait également partie de mon Challenge ABC 2009, alors autant faire d’une pierre deux coups ! J’ai beaucoup aimé ce roman, mais si je fais un point sur les quatre livres de Jane Austen que j’ai pu lire jusque là, je ne place pas Emma en première position, je laisse Orgueil et préjugés à cette place. J’ai pris plaisir à cette lecture, certes, mais l’histoire m’a parue moins passionnante et j’ai parfois trouvé quelques longueurs au texte.
En effet, l’histoire proposée ici par Jane Austen m’a moins séduite. Il s’agit une nouvelle fois d’amour et de mariages, et j’aime ça, mais l’enchaînement des évènements, et leur ordre m’a semblé moins percutant. Cependant, je constate que jusqu’aux dernières pages, j’ai douté du dénouement, faisant des suppositions quant aux futures unions, et même si, dans l’ensemble, j’avais vu juste, le « suspens » est tout de même bien présent jusqu’au bout !

emma gwyneth paltrow 1996J’avoue que je me suis beaucoup moins attachée à l’héroïne – Emma Woodhouse -, que j’avais pu le faire avec les autres héroïnes de l’auteur – Elizabeth Bennet en tête. J’ai trouvé cette demoiselle d’une vingtaine d’années, très sûre d’elle, un peu imbue de sa personne et donc parfois, assez désagréable à côtoyer. Elle est la reine du « pays », enfin, du moins, de sa région, et elle le sait. Elle estime avoir une supériorité sur les autres et n’accepte pas que des personnes de moindre condition la sollicite ou cherche à la charmer. A côté de ça, c’est un être généreux et sensible pour qui le rôle « d’entremetteuse » n’est pas toujours des plus simples… Elle fait des erreurs à cause de sa fertile imagination, et regrette sincèrement la peine qu’elle peut causer à son entourage. Heureusement que ce côté-là de sa personnalité est mis en avant, sinon je pense que cette Miss Woodhouse m’aurait été franchement antipathique.

Je salue le talent de Jane Austen lorsqu’il s’agit de peindre toute une palette de personnages avec des personnalités bien marquées et développées. Notons par exemple le père hypocondriaque et légèrement gâteux (Mr Woodhouse, le père d’Emma), la vieille fille trop bavarde (Miss Bates), le beau et fringant jeune homme (Franck Churchill), la jeune fille réservée et mystérieuse (Jane Fairfax), la très jeune demoiselle qui devient la protégée d’Emma (Harriet Smith), les époux détestables et détestés (les Elton), la confidente inépuisable (Mrs Weston, anciennement Miss Taylor et gouvernante d’Emma) et bien sûr, le parfait gentleman (Mr Knightley). Ces quelques figures ne sont pas les seules mises en scène par Jane Austen, mais il serait trop long de toutes les citer, et pourtant, elles aussi gagnent à être connues car se voient doter de personnalités toutes aussi intéressantes et développées que les précédentes. Ne serait-ce que pour ces peintures sociales, je vous conseille la lecture d’Emma.

Même si la trame m’a moins séduite que je l’espérais, j’ai retrouvé avec bonheur le contexte cher à l’auteure. En effet, les personnages appartenant à la petite noblesse terrienne et à la bourgeoisie montante évoluent dans une campagne anglaise idyllique, au début du romantisme montant (au début du XIXème siècle). Cette société se rencontre un an durant, d’octobre à octobre, dans trois endroits principaux : à Hartfield (chez Emma et son père), à l’abbaye de Donwell (chez ce cher Mr Knightley) et enfin à Randalls (chez les amis précieux, les Weston). Les scènes de bals, de piques-niques et de visites de courtoisie se succèdent donc pendant douze mois, entraînant avec elles, des quiproquos, des retournements de situations et des révélations…
J’admire une nouvelle fois la plume de l’auteure, même si, je regrette les marques d’ironie propres à son style, que je n’ai que très rarement retrouvées dans ce roman. Cependant, la lecture est toujours aussi fluide et agréable, sans aucune difficulté.

C’est donc, pour résumer, sur une bonne impression que j’ai fermé ce roman, et c’est avec impatience que j’espère continuer ma découverte de cette talentueuse Jane Austen ! Il me tarde également de voir les différentes adaptations de cette histoire, alors si vous avez des conseils, n’hésitez pas !

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Relecture (Juillet 2014) – Nouvel avis, sans relire ce que j’en avais pensé précédemment !

Il s’agit, il me semble, de ma troisième lecture d’Emma. C’est en compagnie de Cali et Elodie (et brièvement Nicolas) que nous avons (re)découvert le texte les premières semaines du mois de juillet. Notre lecture commune d’Orgueil et préjugés – l’été dernier – avait été une telle réussite pour Cali, qu’il ne fallait pas qu’Emma la déçoive… A en croire ses commentaires en direct et son avis définitif, le pari est réussi (et la magie a également opéré pour Nicolas qui a dévoré le roman en quelques jours… et s’est ensuite jeté sur d’autres textes de Jane Austen !). Quant à Elodie, je ne crois pas trop me tromper en affirmant que sa relecture fut aussi agréable que la mienne.
Souvent mal aimé des lecteurs qui y voient une héroïne insupportable et n’y trouvent peut-être pas leur compte en matière de romance, ce roman majeur de Jane Austen me paraît pourtant être un des plus aboutis de l’auteur. Et je pense que les réactions de Cali et Nicolas (qui découvrent petit à petit l’œuvre de l’anglaise et ne sont généralement pas très portés sur les classiques) pourront vous convaincre de vous lancer à votre tour… Jane Austen ce n’est définitivement pas compliqué à lire (certains termes sont un peu désuets mais vous n’aurez pas besoin de dictionnaire !) et ce n’est pas ennuyeux. Il faut juste adhérer à l’ironie de l’auteure… qui fait tout son charme !

Si j’avais apprécié ma découverte la première fois, prise par l’intrigue, ses rebondissements et ses retournements de situation ; la relecture permet d’appréhender le texte d’une autre façon. Connaissant déjà les secrets de chacun des personnages et sachant pertinemment de quelle façon les choses se terminent, l’on peut alors se concentrer sur les détails de l’histoire. Et c’est un régal de mettre le doigt sur les indices qui étaient pourtant là la première fois et l’on s’amuse beaucoup à voir la jeune héroïne… complètement à côté de la plaque !
Emma est une jeune femme riche, vivant seule auprès de son vieux père hypocondriaque après le départ de sa gouvernante, fraichement mariée à un gentleman du coin. Il s’agit de la seule héroïne d’Austen vivant dans un milieu aisé et n’ayant donc pas besoin du mariage pour accéder à une situation confortable. Emma a tout ce qu’elle peut souhaiter et ne trouvera certainement jamais un homme digne d’elle alors, aucun besoin de se faire passer la bague au doigt. En revanche, son entourage regorge de jeunes filles et jeunes hommes qu’elle va s’échiner à réunir… souvent très maladroitement, sans prendre garde aux goûts et sentiments de chacun, seulement pour satisfaire son envie de jouer les marieuses. Alors oui, Emma est une jeune femme capricieuse et manipulatrice… mais derrière cette personnalité entrevue dans les premières pages, on découvre au fil des chapitres, une demoiselle aimante qui a vraiment envie de rendre son entourage heureux. Elle se trompe souvent, ne voit pas plus loin que le bout de son nez… mais elle apprend beaucoup de ses erreurs pendant cette année à jouer les marieuses et lorsqu’on tourne la dernière page, on la quitte grandie et dans une situation bien différente (quoique…) de ce qu’elle pouvait imaginer.

Emma-HQ-stills-emma-2009-tv-mini-series-21480727-1370-2055.jpg romola garaiOn s’attache sans mal à cette héroïne (peut-être essentiellement grâce au point de vue adopté) mais on ne peut traverser cette histoire sans être également touché par les personnages secondaires, nombreux, à la limite du caricatural… mais qui ne dépassent justement jamais cette limite et nous offrent au contraire, une belle palette de personnalités hautes en couleurs !
Mr Woodhouse, le père célibataire hypocondriaque tout bouffi de bons conseils qu’il prodigue à tout le monde (surtout sans que personne ne demande rien), pourrait frôler le rôle de personnage insupportable… et pourtant, ses répliques font sourire et si l’on pouvait, on entrerait dans l’histoire pour aller le rassurer d’un sourire. Miss Bates et sa mère, les deux voisines, reines du commérage et du bavardage inconsidéré… nous offrent des répliques proches d’un monologue, passant du coq à l’âne, faisant les questions et les réponses. Là encore, le lecteur pourrait facilement se crisper et pourtant, impossible de ne pas s’attacher à ces deux femmes courageuses.
Mr Knightley, Franck Churchill, Harriet Smith, Jane Fairfax, les Elton, les Weston… autant d’autres personnages qui ont tous leur rôle à jouer et qui apportent chacun leurs propres histoires et secrets, faisant de ce « club fermé », un huis clos riche en rebondissements ! Il est dès lors très agréable de voir chacun évoluer au milieu des autres : certains manipulent, tombent amoureux, jouent les hypocrites, taisent des secrets, racontent des banalités…

Encore une fois, les portraits très réalistes sont le point fort de Jane Austen. La bienséance, les apparences… autant de règles à respecter. Le mariage est une nouvelle fois au cœur de l’intrigue même s’il est évidemment traité de façon plus détournée que dans Orgueil et préjugés, par exemple. Certains pourront donc regretter que la « romance » ne soit pas plus mise en avant… je ne suis pas tout à fait d’accord sur ce point puisqu’à mon sens, on ne parle que d’amour dans Emma ! Alors certes, on est loin des histoires d’amour contemporaines où l’héroïne croise le héros en page 2, l’embrasse en page 5 et pense à l’épouser en page 8 (mais hop, ils s’engueulent en page 10 et vont jouer au jeu du chat et de la souris les 300 pages suivantes… jusqu’au happy end !)… C’est beaucoup plus complexe, implicite et dans la retenue que ça… mais c’est d’autant plus fort, à mon goût !

Je vous le disais plus haut, Jane Austen n’a pas un style très compliqué. Si le mot « classique » vous fait peur, je vous encourage à lire quelques extraits. C’est effectivement tourné différemment, les phrases sont plus longues et mieux construites et le vocabulaire est légèrement désuet, mais je persiste, ce n’est pas inabordable et pompeux. Il faut effectivement avoir l’esprit légèrement aiguisé pour saisir l’ironie de l’auteure et ainsi goûter tout l’humour déployé dans le livre… mais je pense que beaucoup de personnes en sont capables. Testez, je vous assure que vous pourriez être surpris !

Il n’a toujours pas détrôné Orgueil et préjugés de la plus haute place du podium mais au fil des années, j’apprécie de plus en plus Emma et son entourage. Je le disais en introduction mais c’est très certainement un des romans les plus riches et aboutis de Jane Austen (il me reste Mansfield Park à lire pour avoir une vue d’ensemble). En tout cas, c’est certainement un des plus drôles !

Les avis de Cali et d’Elodie !

Images : (1) Gwyneth Paltrow dans un des films de 1996 et (2) Romola Garai dans la mini-série de 2009

challenge XIXe


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Emma (double), Tome 1 de Kaoru MORI

emma1Emma (double),
Tome 1

de Kaoru MORI

Ki-oon (Latitudes),
2012, p. 382

Première Publication : 2002-2003

Pour l’acheter : Emma, Vol.1

Kaoru Mori est une mangaka née le 18 septembre 1978 à Tokyo. Victorian romance Emma est sa première série (de dix tomes), dont le succès a été limité. En revanche Bride Stories a eu plus de lecteurs, séduits par ses arabesques et ses motifs propres à l’Asie centrale.

En Angleterre à l’époque victorienne, Emma est femme de chambre pour une préceptrice à la retraite. Douce, calme et réservée, la domestique cache un passé douloureux. Lorsque le riche William Jones rend visite à son ancienne gouvernante, il remarque la jeune fille et, petit à petit, des liens profonds se tissent entre eux.

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J’avais entendu parler de ce manga à plusieurs reprises, j’étais alors très curieuse de découvrir à mon tour cette histoire de jeune femme de chambre dans la société anglaise de la fin du XIXe siècle. L’illustration de couverture assez sobre mais tout de même « happante » je trouve, m’intriguait. J’ai donc entamé cette lecture optimiste et avide de passer un bon moment.
Alors oui, j’ai effectivement passé un excellent moment en compagnie d’Emma, mais il m’a manqué une petite étincelle d’originalité, de magie… pour que je puisse en faire un coup de cœur. Cela dit, je lirai la suite dès sa réédition double (à savoir les tomes 3 et 4 simples) et m’en réjouis d’avance !

Plus que les dessins, c’est surtout le thème et le contexte particulier qui m’attiraient dans ce manga. La société anglaise, qui plus est du XIXe siècle (la fin du siècle, ici) a, a priori, tout pour me plaire. Le thé, les gentlemen, les manières anglaises… tout un monde qui me séduit. Ajoutez à cela, une héroïne plutôt issue de la « basse » société qui touche du doigt les hautes sphères et vous êtes en présence d’une histoire que je pourrais considérer comme idéale.
Alors certes, le coup de la bonne qui s’entiche du fils de bonne famille, c’est vieux comme le monde et donc pas forcément très original, mais, une nouvelle fois, cela a fonctionné sur la rêveuse romantique que je suis ! Et si l’intrigue principale peut légèrement souffrir de banalité, le traitement des personnages change la donne et fait la force de l’œuvre.

En effet, derrière l’image de la jeune femme de chambre pauvre mais ravissante se cache un lourd passé chargé de souffrances. Au début mystérieuse et insaisissable, Emma se dévoile un peu plus dans les derniers chapitres. Il reste de nombreuses zones d’ombre au sujet de sa vie, mais je suis sûre que la mangaka saura nous renseigner en temps voulu.
William, le jeune homme de bonne famille, est quant à lui, tel qu’on peut s’y attendre : un peu oisif, un peu timide, un peu pataud… il ne fait pas grand-chose de ses journées si ce n’est penser à Emma et peine à s’opposer aux décisions de sa famille (notamment son père). Rien de bien extraordinaire jusque là, mais les évènements des dernières pages semblent le secouer un petit peu. J’ai hâte de voir comment il se comportera dans l’opus suivant !
Les personnages secondaires sont plutôt nombreux, mais je vais me contenter de vous en présenter un en particulier, celui que j’ai préféré : Mme Stowner, l’ancienne préceptrice de William qui a engagé la jeune Emma. Acariâtre et avec un caractère assez difficile au premier abord, cette dame charismatique se révèle finalement bien plus permissive et sympathique qu’on pourrait le croire. J’ai vraiment énormément apprécié cette figure et la façon dont Kaoru Mori la dépeint.
Mais, de façon générale, c’est bien les portraits façonnés par la mangaka que je retiendrai de cette lecture et même les personnages moins importants sont brossés brillamment : Hakim le prince indien enthousiaste (qui débarque à Londres avec ses éléphants et de jeunes indiennes), Eleanor la fiancée de William très jeune et particulièrement prompte à séduire et se laisser séduire, Vivi la petite sœur très vive et aux opinions très tranchées, le père très attaché à sa fortune et à l’avenir de son fils… Certains sont parfois un peu manichéens mais comme il s’agit des deux premiers tomes (réunis dans cette première intégrale), je pense qu’ils auront plus à nous offrir par la suite et de quoi nous surprendre !

Enfin, niveau dessins, parce qu’il faut bien en parler (il s’agit tout de même d’un manga !), je dirais que je ne suis pas à 100% enthousiaste mais que je suis positivement emballée. Ce qui m’a le plus déçue finalement : le visage d’Emma (et parfois celui de William également). Dommage, ce sont les héros. La jeune femme est censée être une vraie beauté qui fait tomber tous les garçons comme des mouches (et même les plus riches) et personnellement, je ne trouve pas, en regardant ce visage offert, qu’Emma soit une beauté. Mais c’est un avis très personnel. De même pour William que je trouve assez quelconque mais encore une fois, ce n’est que mon avis.
En revanche, j’ai aimé les dessins des décors/paysages, regorgeant de détails et rendant bien compte de l’idée que je me fais du Londres pendant la révolution industrielle. De plus et c’est ce que je retiendrai en priorité, j’ai adoré les nombreux passages pendant lesquels le texte (les dialogues) est absent. Les images sont seules à transmettre l’histoire et j’ai trouvé que Kaoru Mori savait très bien s’en sortir ainsi. Les planches parlent d’elles-mêmes, surtout dans les moments les plus intenses et émouvants et c’est vraiment très réussi !

Ce n’est pas un sans faute pour la découverte de ce manga mais c’est tout de même une excellente lecture faite de beaux points positifs. Je renouvellerai l’expérience avec la suite (lorsqu’elle sortira en intégrale) et en attendant, j’ai bien envie de me lancer dans l’autre saga de Kaoru Mori : Bride Stories, qui, selon Matilda, est encore meilleure !

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Emma, Diarmuid LAWRENCE

EMMAJaquette
Emma

1996, 1h47

d’après Emma de Jane AUSTEN

Réalisé par Diarmuid LAWRENCE

Avec : Kate Beckinsale (Emma Woodhouse),
Mark Strong (Mr Knightley),
Samanta Morton (Harriet Smith),
Olivia Williams (Jane Fairfax),
Lucy Robinson (Mrs Elton),
Raymond Coulthard (Frank Churchill),

 Fiche IMDb 

Pour l’acheter : Emma

♣ ♣ ♣

Emma Woodhouse, jeune femme riche, vit seule auprès de son hypocondriaque de père, sa sœur ainée ayant épousé un des fils Knightley. Le frère de celui-ci est d’ailleurs un grand ami d’Emma, malgré la grande différence d’âge existant entre eux. Miss Woodhouse est bien décidée à ne jamais se marier, mais occupe son temps à jouer les entremetteuses pour les membres de son entourage.
Ayant réussi, au-delà de ses espérances, à marier sa gouvernante, elle cherche maintenant un bon parti pour sa petite protégée, la jeune Harriet Smith, qui n’a ni nom ni fortune. Elle pense lui avoir trouvé l’époux idéal en la personne de Mr Elton, mais découvre bien vite, à ses dépends, que l’homme  a déjà quelqu’un d’autre en vue…
Les choses semblent aller de mal en pis avec l’arrivée surprise du beau et enjoué Frank Churchill – fils du nouvel époux de la gouvernante d’Emma – et avec l’apparition mystérieuse de la jolie Jane Fairfax – jeune femme accomplie. De quiproquos en quiproquos, les secrets sont exposés au grand jour et, Emma doit se rendre à l’évidence… elle est amoureuse !

Mercredi, je suis allée à la Fnac. Malheur ! En plus d’un livre, je suis ressortie avec le coffret spécial Fnac réunissant les 6 films (7 DVDs) des adaptations des romans de Jane Austen, dont cette version d’Emma, sortie en 1996. Je connais déjà l’adaptation, datant de la même année, avec Gwyneth Paltrow dans le rôle principal, mais c’est la première fois que je vois celle-ci.
Au premier abord, j’y allais un peu à reculons, considérant le choix du visage de Kate Beckinsale moins pertinent que celui de Gwyneth Paltrow. Après ce premier visionnage, je ne sais pas trop quoi penser de cette version. Il y a de très bonnes choses, c’est évident, et sans doute plus que de points négatifs, mais je reste assez peu convaincue par le choix de Kate Beckinsale pour le rôle d’Emma…

EMMAKNIGHTLEYJe ne me souviens plus assez bien de ma lecture du roman de Jane Austen, mais il me semble que cette adaptation suit assez bien la trame du texte d’origine. Bien sûr, mettre au point une adaptation fidèle d’un roman de plus de 500 pages en moins de deux heures n’est pas chose facile ; mais dans l’ensemble, c’est plutôt réussi. Les scènes s’enchaînent bien et en général, c’est plutôt clair. Je pense que même ceux qui n’ont pas lu le texte de Jane Austen n’auront pas de mal à comprendre l’histoire ; même si, évidemment, ils n’auront pas tous les détails à portée de main.
L’ambiance du roman est bien retranscrite, les convenances de l’époque respectées. Je pense notamment à une scène en particulier : les riches protagonistes ont envie d’aller pique-niquer en haut d’une petite colline de la campagne environnante ; et c’est le grand branle-bas de combat ! Des dizaines de domestiques gravissent la colline avec des tables et des chaises sur le dos et préparent un véritable banquet pour ces messieurs-dames, alors que ceux-ci, se contentent de se protéger du soleil sous des ombrelles et de profiter du paysage… Une scène très réaliste à mon avis, et qui illustre bien le monde dans lequel évoluent les héros de cette histoire !
Les décors et costumes sont très beaux, typiques de cette Angleterre du début du XIXème siècle. J’ai juste été un peu surprise par certaines coiffes (notamment celles d’Emma), que je n’avais encore jamais vues ; mais ce n’est qu’un détail sans importance.
En ce qui concerne la musique, j’avoue que je n’y ai absolument pas prêté attention, à part lors des scènes de bal. On retrouve les morceaux habituels, et c’est un plaisir ! Pour le reste, soit la musique est inexistante, soit elle n’est pas assez marquante pour attirer l’attention ; ou alors, j’étais trop occupée à scruter les jeux d’acteurs, pour y faire vraiment attention…

Les petits points « négatifs » viennent plutôt du choix des acteurs pour les rôles principaux. Kate Beckinsale est, à mon avis, beaucoup plus à sa place en femme fatale dans un film d’action (Underworld) que dans une robe empire. Cela dit, elle joue assez bien le côté hautain du personnage d’Emma, mais il manque ce petit côté espiègle que Gwyneth Paltrow sait apporter dans l’autre version de 1996. Je suis assez mitigée en ce qui concerne Mark Strong (vu dans Stardust, très bon dans le rôle de Septimus !) qui incarne parfaitement le côté froid et strict de Mr Knightley mais qui manque de « complicité » avec Emma. Voilà, finalement, ce qui me gène le plus : Kate Beckinsale et Mark Strong ne s’accordent pas assez bien, la complicité de leur personnage n’est pas assez retranscrite ; au contraire de Gwyneth Paltrow et Jeremy Northam qui forment un beau duo.

HARRIETJANEEMMAEn revanche, il est évident que je préfère le choix des seconds rôles dans cette version, à commencer par Samantha Morton / Harriet Smith qui incarne parfaitement la jeune fille entre deux statuts : mi-distinguée, mi-« grossière ». Olivia Williams (vu dans 6ème sens, Peter Pan et Dollhouse), fait de Jane Fairfax une jeune femme réservée et mal à l’aise ; beaucoup moins « vulgaire » que l’actrice choisie dans l’autre version. Petit clin d’œil à Lucy Robinson / Mrs Elton qui semble apprécier les rôles de « garces » puisqu’elle incarnait déjà Mrs Hurst (la sœur aînée de Mr Bingley) dans le Orgueil et Préjugés de la BBC de l’année précédente ! Seul Raymond Coulthard / Frank Churchill me déçoit légèrement ; je lui préfère le charisme et la spontanéité d’Ewan McGregor, dans l’autre version.

Comme vous pouvez le constater, mis à part le choix de Kate Beckinsale et le manque de complicité entre les deux acteurs principaux, je suis plutôt satisfaite de cette adaptation. Précisons que j’ai fait ce premier visionnage en version française et que, d’entrée de jeu, la voix française choisie pour doubler Kate Beckinsale m’a déplu (c’est la voix française de Joey Potter, dans Dawson !). Peut-être est-ce un élément qui a contribué à renforcer mon avis négatif concernant le choix de Kate Beckinsale ; la prochaine fois, je choisirai la version originale – présente sur le DVD, ouf ! – et peut-être changerai-je légèrement d’avis !
En revanche, je ne crois pas avoir aperçu la moindre trace de bonus, et c’est bien dommage ! Cela dit, bonus ou pas, Kate Beckinsale ou non, tout fan de Jane Austen sera ravie de faire l’acquisition de ce DVD pour se plonger avec délice dans l’univers et les intrigues de la célèbre romancière anglaise !

1h45, c’est plutôt court, mais c’est tout de même assez fidèle à l’œuvre d’origine. Mark Strong incarne un Mr Knightley convaincant, dommage que la magie n’opère pas avec sa partenaire ! Des acteurs bien choisis pour les rôles secondaires (notamment pour les rôles d’Harriet, Jane et Mrs Elton). De beaux costumes et décors, le respect des convenances de l’époque et une réalisation réaliste (la scène du pique-nique).
Kate Beckinsale ne me convainc pas totalement dans le rôle d’Emma, et j‘ai donc du mal avec le duo qu’elle forme avec Mark Strong. Un peu court, quelques passages supplémentaires auraient peut-être permis de développer certains points (notamment le dénouement de la relation entre Emma et Mr Knightley). Il n’y a pas de bonus, seulement la version originale et les sous-titres ; c’est bien dommage !