Bazar de la Littérature


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Nageur de rivière de Jim HARRISON

nageur de rivière jim harrison j'ai lu
Nageur de rivière
de Jim HARRISON
J’ai lu,
2015, p. 282

Première Publication : 2014

Pour l’acheter : Nageur de rivière

Jim Harrison, de son vrai nom James Harrison, est un écrivain américain, né le 11 décembre 1937 à Grayling dans le Michigan aux États-Unis.

♣ ♣ ♣

Le nouveau livre de Jim Harrison met en scène deux hommes aux prises avec l’amour, le désir, et toutes les contrariétés qui vont avec, tandis qu’en toile de fond la ville gangrène peu à peu la nature. Clive, historien de l’art distingué mais artiste raté, revient à contrecoeur dans la ferme familiale du Michigan pour s’occuper de sa mère. Et pourtant, à soixante ans, ce retour dans sa maison d’enfance va lui offrir une vraie cure de jouvence. Sur les bords du lac Michigan, Thad vit quant à lui dans une ferme isolée. Confronté à l’injustice et au difficile passage à l’âge adulte, il se prépare à traverser le lac pour rejoindre Chicago. C’est le début d’un long périple et d’un apprentissage décisif pour ce jeune homme jusqu’alors plus à l’aise dans l’eau et les rêves que sur la terre ferme.

Lors d’une des dernières opérations Masse Critique de Babelio, j’ai décidé de laisser un peu de côté mes habitudes pour me plonger dans la littérature américaine que je ne connais que trop peu. Le nom de Jim Harrison sonnait agréablement bien à mes oreilles et le synopsis de cette réédition poche me parlait assez pour me décider à cocher la case.
Finalement, je me rends compte que malgré mes nombreuses et différentes incursions, la littérature contemporaine dite « blanche » a tendance à m’ennuyer. Alors pas tous les titres évidemment, certains ont su m’émouvoir et m’accrocher mais ça reste finalement rare. Ce que je reproche à ce genre – et Nageur de rivière ne fait pas exception à la règle – c’est que les héros se regardent beaucoup trop le nombril… quel égocentrisme !

A travers deux novellas, Jim Harrison nous présente deux hommes à un instant -T de leur vie, au moment de prendre une décision importante pour la suite.
Le premier – Clive – a la soixantaine et vient de quitter New York, vexé d’avoir reçu un pot de peinture jaune lancé par une journaliste lors d’une de ses conférences. Historien d’art qui ne peint plus depuis 20 ans, l’homme se retrouve coincé pendant un mois dans la ferme familiale, forcé de s’occuper de sa mère octogénaire passionnée d’ornithologie et adepte de nourriture sans épice. Au milieu d’une nature généreuse, Clive redécouvre son amour d’adolescent et reprend la peinture par petites touches, songeant à sa vie passée, au présent et au futur qu’il se construit.
Thad est lui aux prémices de sa vie. A 17 ans, il est passionné par l’eau et la natation et ne voit pas son avenir sans cet élément. Malheureusement, il ne suffit pas de vouloir quelque chose pour l’obtenir. Fort de ses convictions et des rencontres qui se présentent à lui, l’adolescent ne lâche rien. Il nagera d’un fleuve à l’autre et étudiera les océans, un point c’est tout.

Autant le dire tout de suite : ces deux destins de deux êtres passionnés ne m’ont malheureusement pas… passionnée. Je ne suis pas du tout contre l’introspection, la quête de soi, les questionnements sur son avenir (c’est d’ailleurs un des plus gros moteurs des livres de fantasy et de littérature jeunesse) mais là, pour le coup, ça m’a ennuyée. Pire encore, si je peux m’attacher aux personnalités en quête de réponses dans les romans imaginaires, là, je trouve juste les personnages insupportablement égoïstes et égocentriques, complètement tournés et fermés sur eux-mêmes.
Ils décortiquent – surtout Clive dans Au pays du sans-pareil – quasiment tout et s’écoutent beaucoup trop. Le peintre raté pleure sur son existence, se plaint de sa relative pauvreté (c’est vrai qu’à 300 000 dollars par an, difficile de payer le loyer d’un appartement de 150m² en plein cœur de Manhattan), se questionne sur les sentiments (surtout sur sa libido) qu’il éprouve envers la fille qu’il avait failli culbuter dans une voiture alors qu’il était adolescent et fait une fixette sur ce moment particulier.
Thad m’a paru plus frais, plus naïf – certainement du fait de sa jeunesse – et donc plus agréable à suivre sur la centaine de pages que contient la novella Nageur de rivière (qui donne son titre au « recueil ») mais en même temps, son histoire en elle-même m’a encore moins plu que la précédente.

jim harrisonCe qui me manque surtout dans cette littérature, c’est un but, une intrigue. En imaginaire il y a une quête et généralement une confrontation entre le Bien et le Mal, dans les polars/thrillers il y a une enquête, en jeunesse on aborde finement des questionnements importants pour les plus jeunes, en romance on peut rêver de vivre l’histoire d’amour racontée (même si c’est généralement particulièrement peu crédible)… mais en littérature blanche, on se contente de suivre l’introspection de héros souvent paumés, mal dans leur peau, dans un quotidien particulièrement déprimant.
Alors certes je pourrais me reconnaître dans ces personnages lambda qui témoignent de notre siècle et de ses difficultés. Mais non, ça m’ennuie et ça me déprime. Et surtout, les pages défilent sans qu’on ait une véritable réponse ou avancée notable à la dernière page. Alors certes, les héros semblent avoir évolué et compris des choses sur la vie, sur eux-mêmes… voui, certainement. Mais généralement je me dis « eh ben, 280 pages pour ça… ». Ce n’est pas pour moi.

Malgré tout, et c’est ce qui m’a plu et ce qui m’a permis d’aller au bout de ce petit livre sans trop de problème, j’ai apprécié le style de Jim Harrison, généralement classé en auteur de « nature writing ». Les grands espaces, les descriptions de paysages, moi ça me plaît beaucoup. J’avoue même ne pas en avoir eu assez ici, ça reste très léger. J’aime l’idée que les héros soient liés aux éléments (c’est assez flagrant pour Thad et son amour de l’eau) et que les deux avancent ensemble. Dommage que les personnages prennent trop de place dans ces deux novellas, au détriment de celui que je voulais voir sur le devant de la scène : la nature.
J’ai aimé, bien que l’auteur insère des flash-back qui arrivent comme un cheveu sur la soupe. En effet, le personnage est en pleine introspection, un souvenir lui passe par la tête, il nous le raconte sans nous l’annoncer ce qui peut être un peu brutal parfois, on ne sait plus trop où on est. Mais finalement, on entre sans problème dans le texte, happé par le contexte. Dommage que les « intrigues » ne m’aient pas plu car la manière de les exposer m’avait séduite.

Je découvre Jim Harrison avec ce recueil de deux petites novellas. J’avais très envie de changer mes habitudes de lectures mais j’en ressors mitigée. J’ai apprécié le style de l’auteur et cette incursion dans le genre « nature writing » mais le fond m’a globalement ennuyée. J’ai vraiment trop peu d’empathie pour ces personnages trop centrés sur eux-mêmes, trop éloignés de mes propres questionnements.

Illustration : Portrait de Jim Harrison.


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Trois souris… de Agatha CHRISTIE

trois souris agatha christie le livre de poche
Trois souris…
de Agatha CHRISTIE
Le Livre de Poche,
2008, p. 126

Première Publication : 1948

Pour l’acheter : Trois souris…

Agatha Christie (18901976) est la reine incontestée du roman policier classique. Elle publie son premier roman en 1920 et sa prodigieuse production littéraire fait d’elle l’un des auteurs les plus lus à travers le monde.

 Le Crime de l’Orient-Express Le Meurtre de Roger Ackroyd
♣ La Mort dans les nuages
 Mort sur le Nil 

Dans l’obscurité d’une maison endormie, un cri déchire le silence… Un crime vient d’être commis… Ainsi se lève le rideau sur l’un des plus grands succès de la scène internationale, « La Souricière », qui tient l’affiche sans interruption depuis plus de cinquante ans. Adaptée par Agatha Christie d’une nouvelle écrite en 1947, jouée pour la première fois à Londres en 1952, cette mésaventure de trois petites souris porte la marque de son auteur : humour et coups de théâtre sont au rendez-vous. Et comme tous les grands maîtres du suspense, Agatha Christie préférait que ses spectateurs ignorent la clef de l’énigme avant de pénétrer dans le théâtre…

Cette année 2014 a été pour moi assez riche en polars, notamment grâce à la célèbre Agatha Christie que l’on n’a plus besoin de présenter. Très prolixe, la reine du crime a publié des dizaines d’ouvrages, généralement des romans n’excédant pas les 300 pages.
Son travail de romancière est légèrement différent avec ce Trois souris qui prend la forme d’une grosse nouvelle (une centaine de pages dans mon livre de poche) car il s’agissait initialement d’une pièce diffusée sur les ondes de la BBC en 1947 suite à la commande de la reine Mary (grand-mère de l’actuelle reine Elizabeth). L’histoire perdure encore à ce jour sous la forme d’une pièce (La Souricière), jouée à Londres depuis 1952 et ce, sans interruption.
Inutile donc de tenter de vous convaincre de la qualité de cette courte intrigue, les informations précédentes s’en chargent parfaitement.

Comme d’habitude avec Agatha Christie, le huis-clos est de mise. Point de train ou de bateau de croisière ici mais une nouvelle pension de famille dans la campagne anglaise, paralysée par de fortes chutes de neige. Les propriétaires et leurs quelques clients sont coincés dans le bâtiment et évidemment, l’un d’entre eux est coupable d’un meurtre Londonien survenu quelques heures plus tôt.
Je me répète à chaque fois que je lis et chronique un Agatha Christie, mais le huis-clos c’est idéal pour une enquête. Chacune des figures présentes peut avoir le profil du coupable, chacune d’entre elles est donc soupçonnée à un moment ou à un autre de l’intrigue.

Moins nombreux que dans les romans de l’anglaise, les personnages sont toujours aussi bien croqués. Pourtant présentés en quelques phrases descriptives et évoluant sous les yeux des lecteurs grâce à leurs quelques interventions, ils semblent avoir une vie propre, ne souffrent d’aucun manque (ou presque), sont finalement particulièrement palpables. Le lecteur sait ainsi se repérer et placer chacun d’entre eux sur « une ligne de culpabilité ». Machin a tel passé et tel comportement, il pourrait bien être l’assassin recherché… oui mais trucmuche s’est rendu à Londres au moment du meurtre et a un bon mobile… le lecteur peut soupçonner tout le monde car tout le monde a quelque chose à cacher et tout le monde semble plus ou moins relié à la victime. Alors, qui du jeune Christopher Wren, de l’étrange Mr Paravicini ou de la détestable Mrs Boyle tire les ficelles ? A moins qu’il s’agisse d’un coup de l’un ou l’autre (ou des deux ?) propriétaire(s) ? Saurez-vous trouver le coupable avant la révélation des dernières pages ?

Pour ma part, et comme d’habitude j’ai envie de dire, je me suis laissée berner. Mais j’aime bien ça. C’est toujours un plaisir de se laisser porter par l’enquête, de soupeser le pour et le contre, de mettre en place des scénarios, de changer complètement de voie quand un nouvel indice arrive, être sûr puis douter deux pages plus tard… J’adore ce jeu de piste et même si je suis navrante de naïveté, ça m’amuse ; la chute n’en est que plus surprenante !

Pas besoin d’en dire plus sur ce court texte qui, malgré sa brièveté, nous emporte sans aucun problème entre ses lignes. Partant d’une comptine anglaise (comme pour Les Dix petits nègres), Trois souris met en place un puzzle moins complexe que dans les romans de l’auteure mais la reine du crime continue à nous surprendre. Vivement que j’en lise un autre !

 


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Montres enchantées de COLLECTIF

montres anchantées anthologie collectif chat noir
Montres enchantées
de COLLECTIF
Editions du Chat Noir,
2014, p. 395

Première Publication : 2014

Pour l’acheter : sur la boutique de la maison !

Marie Angel, Marie Lucie Bougon, Esther Brassac, Fabien Clavel, Sophie Dabat, Hélène Duc, Clémence Godefroy, Cécile Guillot, Claire Stassin, Geoffrey Legrand, Lucie G. Matteoldi, Pascaline Nolot, Laurent Pendarias, Marine Sivan, Marianne Stern, Vincent Tassy, Adeline Tosello

Indécis entre fuite et union, le temps est un amant insaisissable. Omniprésent, dès qu’on le regarde, il s’efface pourtant, déjà évanescent. Inlassablement, il permet croissance ou use jusqu’à l’extinction. L’être humain pourchasse depuis toujours ce dieu créateur et destructeur, en quête de son asservissement. Secondes, minutes, heures… L’esprit cartésien a beau le fractionner, il n’en demeure pas moins incontrôlable.
Et si la relecture de notre passé, de notre culture, ou encore du progrès scientifique nous en accordait la maîtrise, l’Homme saurait-il mieux gérer son temps ?
Plongez-vous sans perdre une minute dans cette anthologie et peut-être, parmi ses pages, percevrez-vous le tic-tac de ces montres enchantées.

Le Chat Noir fait partie de ces maisons d’édition que j’essaye de suivre assez assidûment (j’ai malheureusement perdu un peu le fil ces derniers mois, difficile de lire toutes ces sorties plus alléchantes les unes que les autres !).
J’attendais impatiemment la publication de ce recueil sur le thème du steampunk, séduite par le sujet et curieuse de découvrir ce que les nombreux auteurs pouvaient proposer sur celui-ci. J’ai finalement profité de la venue de certains d’entre eux au Salon du Vampire il y a quelques semaines pour me lancer enfin dans la lecture.

Gros morceau que cet ouvrage qui rassemble les textes de 17 auteurs différents. Les grands noms côtoient les novices mais aucune publication ne fait tâche, à mon avis. Toutes ont parfaitement leur place ici et chacun apporte sa pierre à l’édifice. La qualité est au rendez-vous et plusieurs auteurs m’ont surpris par la richesse de leur texte et leur maîtrise des mots malgré la difficulté de l’exercice (difficile de dire assez et bien en peu de pages).
Bien sûr, certaines nouvelles ont fait davantage mouche que d’autres, question d’intérêt et de sensibilité oblige mais aucune, je dis bien aucune ne m’a foncièrement déçue ou ennuyée. J’ai juste été moins marquée par certaines dont les intrigues et personnages me parlaient moins ; mais encore une fois, aucune n’est tombée à plat. Sur un ensemble de 17 textes, c’est plutôt rare et mérite d’être souligné !
Le passage du temps ou encore la conscience des machines, voilà deux grands thèmes que vous pourrez retrouver ici, accompagnés d’intrigues liées à la sorcellerie, aux vampires, aux malédictions et vengeances en tout genre… Le contexte oscille entre l’Angleterre victorienne et le Paris de la fin du XIXe, l’industrialisation des deux pays se prêtant tout particulièrement au sujet !

prometeus-portrait-of-a-beautiful-steampunk-woman-holding-a-gun-over-grunge-backgroundComme d’habitude lorsque je présente un recueil, je ne vous parlerai pas de toutes les nouvelles mais seulement de celles qui m’ont le plus plu et le plus marquée. J’en retiens six que je place en haut du panier et quelques autres qui, sans m’avoir chamboulée, ont tout de même retenu mon attention.

  • Ma préférée d’entre toutes est sans doute Le Toquant de Clémence Godefroy. Première publication de l’auteure (et j’espère la première d’une longue liste !), j’ai été charmée par le thème et son traitement ; j’y ai trouvé une grande sensibilité et une grande intelligence. J’ai été très touchée par les protagonistes, notamment par la relation qui unit l’étudiant à l’automate dont il doit prendre soin pour son examen d’étude. La question de la conscience de la machine est au centre du texte et c’est le sujet qui me parle le plus. Mathieu Guibé m’a appris (j’espère que je ne dévoile pas un grand secret) que cette nouvelle donnerait prochainement naissance à un roman… je serai évidemment au rendez-vous !
  • Difficile d’être objective avec When time drives you insane de Lucie G. Matteoldi puisque la demoiselle est ma meilleure amie et que je ne peux que la soutenir. Malgré tout, en faisant abstraction de l’amitié qui me lie à l’auteure, difficile de ne pas remarquer l’extrême soin apporté à la langue (certains pourront être désappointés par le style parfois un peu ampoulé avec des tournures presque poétiques… mais creusez un peu plus loin, ça vaut le coup !), la richesse de l’atmosphère et l’originalité du mythe d’Orphée et Eurydice revisité à la sauce steampunk agrémenté d’une touche d’archéologie !
  • Outre la conscience une nouvelle fois allouée aux automates de Derrière les engrenages, c’est ce qui se cache derrière la scène et la chute proposés par Marie Angel qui m’ont séduite. J’ai aimé l’univers mis en place en quelques pages à peine et j’y ai très vite été plongée, touchée par Sylvine et sa situation.
  • On repart du côté des fouilles archéologiques avec L’Agonie des aiguilles. La découverte mise à jour par les chercheurs implique un éclaircissement d’un grand évènement du passé… ce qui pourrait avoir de sérieuses répercussions sur le présent. Marine Sivan met en place une petite enquête plutôt bien construite. Le lecteur tourne aisément les pages, curieux d’avoir le fin mot de l’histoire : à quoi a pu servir cette étrange montre ?
  • Marianne Stern touche à une « légende » moderne en la personne de la Grande Duchesse Anastasia de Russie. Beaucoup se sont intéressés à sa mort mystérieuse et ont été séduits par la possibilité qu’elle ait pu s’enfuir. L’auteure reprend cette idée en la revisitant façon steampunk. Raspoutine et mécanisme d’horloges seront intimement liés dans Da Svidaniya Rossiia !
  • Enfin, mention spéciale à la toute dernière nouvelle du recueil, Malvina Moonlore de Vincent Tassy qui met en scène une poupée mécanique (basée sur des horloges) qui a une influence particulièrement néfaste sur son nouveau propriétaire. J’ai apprécié l’ambiance de ce texte, presque inquiétant et malsain, recelant une certaine tendresse malgré tout. J’ai donc tourné la dernière page de ce gros recueil sur une impression plus que positive !

Après ces six textes qui ont eu une résonance en moi, d’autres m’ont intriguée et ont su me charmer sans pour autant me séduire d’un bout à l’autre. Il manque un petit truc pour que ça le fasse complètement.
C’est le cas de Comment meurent les fantômes de Sophie Dabat dont j’ai aimé la mélancolie et la poésie ; de Tourbillon aux Trois Ponts d’or de Fabien Clavel qui met en scène une enquête en huis-clos à la manière d’un Gaston Leroux (cf Le Mystère de la chambre jaune) ou encore de The Pink Tea Time Club de Cécile Guillot qui m’a largement fait sourire avec son ton décalé proche du Protectorat de l’ombrelle de Gail Carriger.
Je pourrais citer chacun des 17 textes du recueil et trouver à chacun originalité et /ou maîtrise de la narration mais je préfère vous inviter à y glisser vous-même votre nez. Ne lisez peut-être pas tout d’une traite, prenez votre temps et savourez à petite dose pour éviter l’overdose de steampunk (bien que ces 400 pages ne m’aient aucunement lassée !).

Fiez-vous à la belle illustration de couverture signée Catherine Nodet, le contenu est aussi bon que l’écrin dans lequel il repose !

 

Image : trouvée sur Google, témoigne assez bien de ce qu’on imagine quand on pense « steampunk » (cf les illustrations de couverture de la série les Foulards rouges de Cécile Duquenne).


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A un sanglot de moi, tu reposes de Mathieu GUIBE

a un sanglot de moi tu reposes mathieu guibe lokomodo
A un sanglot de moi, tu reposes
de Mathieu GUIBE
Editions Lokomodo,
2013, p. 222

Première Publication : 2008 pour la plus ancienne nouvelle,
2013 pour les plus récentes

Pour l’acheter : A un sanglot de moi, tu reposes

Mathieu Guibé, né à Poissy (78), est un jeune docteur en éthologie. Enfant nourri aux contes de fées, il s’évade du monde rigoureux des blouses blanches pour proposer des escapades dans des univers issus de son imagination.

Germ~IN~es[SENS]ce
Quintessence hiémale
Even dead things feel your love

On ne perçoit de la vie que ce que nos sens veulent bien laisser filtrer. Malheureusement, le temps s’écoule inlassablement et lorsque nous pensons saisir la vérité d’un moment, celui-ci appartient déjà au passé. Notre prise de conscience possède alors le goût amer des regrets. Mais parfois, si l’on ouvre suffisamment les yeux sur cet univers qui nous entoure, nous regagnons une chance d’échanger, de transmettre, de partager ou simplement de jouir de notre existence, simplement en se découvrant ou en comprenant les autres. Malgré leurs diversités, ces nouvelles, au travers de leurs protagonistes, portent un regard, offrent un témoignage, gravent un message provenant de notre imaginaire ou non. Douze histoires, aux allures de dernières lettres ; une ultime page noircie de mots destinée à notre monde, à nos compagnons, aux disparus, ou à ceux qui restent et que l’on ne connaît pas encore, comme vous qui lisez ces lignes.

Depuis ma découverte de la plume de Mathieu Guibé avec son recueil Germinessensce, j’essaye de suivre ce que propose l’auteur. Acheté dès sa sortie en 2013, j’ai pourtant attendu de longs mois avant de me lancer dans ce A un sanglot de moi, tu reposes.
L’illustration de couverture signée Alexandra V. Bach est particulièrement attrayante mais elle peut porter à confusion en laissant penser qu’il s’agit là d’un recueil de nouvelles imaginaires et uniquement imaginaires… alors que ce n’est pas le cas. Certaines ne possèdent aucun élément emprunté à la grande famille de la SFFF et prennent place dans un contexte totalement contemporain et familier. Voilà qui pourrait séduire plus de lecteurs que la couverture le laisse présager.

Une bonne moitié des douze nouvelles du recueil a déjà été publiée dans les ouvrages précédents de l’auteur – ouvrages aujourd’hui indisponibles -, l’autre moitié des textes est totalement inédite.
Douze nouvelles sur des sujets différents, toutes traitées avec beaucoup de sensibilité et avec le sens du détail. Toutes ne m’ont pas séduite mais toutes ont leur intérêt et pourront convaincre un lecteur, j’en suis sûre. Je confirme mes coups de cœur pour certaines des anciennes histoires, la preuve que l’appréciation à la première lecture n’était pas un hasard ; et deux nouveaux textes en particulier ont su retenir mon attention.

Plutôt que de résumer chacune des nouvelles une par une, je préfère revenir plus en détail sur celles qui m’ont le plus convaincue et parler, brièvement, de certaines autres qui, si elles ne m’ont pas chamboulée, ne m’ont tout de même pas laissée de glace.
Arc-en-ciel en braille, qui a gagné un prix en 2008, m’avait déjà beaucoup touchée lors de ma première lecture. Je connaissais donc la chute cette fois mais impossible de rester de marbre. Courte mais extrêmement bien menée, cet instantané dans la vie du jeune héros aveugle est bourré d’émotions. J’avais déjà adoré la première fois, je réitère mon petit coup de cœur pour ce texte complètement contemporain (pas l’once d’une minuscule trace d’élément imaginaire là-dedans !).
La Princesse des neiges, Lis-moi, Pour le gain d’une épitaphe et Un train pour l’éternité se déroulent toutes dans des contextes très différents avec des personnages qui n’ont pas grand-chose à voir l’un avec l’autre. Et pourtant, une certaine fatalité réunit ces quatre textes. Alors oui, ce n’est pas très gai tout ça, mais ce n’est pas non plus complètement déprimant puisqu’une lueur d’espoir pointe presque toujours le bout de son nez entre les lignes. La Princesse des neiges m’avait déjà bluffée auparavant, je continue d’avoir beaucoup de tendresse pour cette histoire qui a tout du vrai conte. C’est magique, imagé… et très très beau ! Les trois autres ne possèdent pas cet élément « merveilleux » au sens propre du terme mais ont malgré tout un petit quelque chose de magique (vous savez, ce petit truc qui donne le frisson, provoque l’émotion) et surtout un côté terriblement humain. L’histoire d’amour tragique proposée dans Lis-moi ne peut pas laisser indifférent ; celle de Pour le gain d’une épitaphe, dans un contexte plus « adulte » et encore plus difficile (si on peut dire) est moins évidente, moins expansive mais très touchante également. Quant à Un train pour l’éternité qui clôt parfaitement le recueil, c’est une nouvelle qui chagrine autant qu’elle donne le sourire. On ne sait plus si l’on peut rire entre les larmes puisque comme je vous le disais juste au dessus, l’espoir n’est jamais loin du malheur. Je me doutais un peu de la chute mais la découvrir n’a en aucun cas gâché le plaisir de la lecture. Encore une fois, c’est beau, tout simplement.
Finalement, je me rends compte que les textes qui ont réussi à me toucher le plus sont peut-être ceux qui s’éloignent le plus du genre « imaginaire ». Mathieu Guibé met en scène des vampires de façon originale (L’ennemi dans la glace et Sinslayer) et part également du côté de la science-fiction (Le Bug humain) mais, si ces nouvelles m’ont intéressée – elles sont elles aussi très bien menées -, elles ne m’ont pas émue plus que ça. Elles pourront séduire d’autres lecteurs, c’est évident car comme vous pouvez le constater, il y en a pour tous les goûts !
Pour plus de détails sur les anciens textes, je vous invite à jeter un œil à ce que j’avais pu écrire précédemment au sujet des recueils Germinessensce et Quintessence hiémale. Inutile de répéter les mêmes choses ici !

A un sanglot de moi, tu reposes est un excellent recueil que je suis ravie d’avoir dans ma bibliothèque et que je ne peux que vous conseiller d’acquérir à votre tour (s’il est toujours disponible ?). C’est une excellente façon de débuter avec la plume et l’univers de Mathieu Guibé si vous ne le connaissez pas encore, et un bon moyen de continuer l’aventure pour ceux qui apprécient déjà l’auteur !

 


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Les Contes de crimes de Pierre DUBOIS

les contes de crimes pierre dubois
Les Contes de crimes
de Pierre DUBOIS
Editions Hoëbeke
2000, p. 257

Première Publication : 2000

Pour l’acheter : Les Contes de crimes

Pierre Dubois, né le 19 juillet 1945 à Charleville-Mézières, est un auteur, scénariste de bande dessinée, écrivain, conteur et conférencier français à l’origine du regain d’intérêt pour les fées et le petit peuple en France. Passionné très tôt par la féerie et les contes, il devient illustrateur après de courtes études aux beaux-arts, puis rassemble des légendes locales qu’il restitue dans des chroniques à la radio et à la télévision durant plus de trente ans, ce qui lance sa carrière et rend sa passion publique. Il est l’inventeur de l’elficologie, ou « étude du petit peuple », comme d’un équivalent à l’étude des« fairies », bien qu’il s’agisse à l’origine d’une simple blague de sa part. Son premier album de bande dessinée en tant que scénariste est publié en 1986 et ne connaît qu’un succès d’estime. Depuis, il en sort un chaque année et continue à intervenir régulièrement à la télévision ainsi que dans des conférences, toujours dans l’univers des contes, du rêve et des légendes liées au petit peuple, qui sont devenus ses spécialités. (Wikipédia)

♣ ♣ ♣

Il était une fois, au temps où les princes n’épousaient plus des bergères mais se pacsaient aux bergers, des contes de fées noirs à souhait. Cendrillon est victime des pulsions sexuelles d’un prince héritier, la Belle au bois dormant, l’otage pathétique d’un époux déséquilibré. Derrière Peter Pan se cache un dangereux innocent, derrière le Petit Chaperon rouge une machiavélique enfant. Pour résoudre une série de meurtres, Blanche-Neige fait appel à un détective spécialiste des nains de jardin… Pierre Dubois se livre à une réécriture diabolique des contes ayant bercé notre enfance. Issus du mariage improbable de personnages de Grimm avec le roman policier, ces Contes de crimes font autant rire que frissonner…

Elficologue reconnu, Pierre Dubois est un personnage qui m’a toujours intriguée. J’ai profité de l’arrivée des Imaginales et de sa présence au festival pour caser la lecture de ses Contes de crimes qu’il me tardait de découvrir (oui, cette lecture remonte à quasiment un mois).
A travers dix contes plus ou moins connus, l’auteur revient sur quelques thèmes et figures intégrés à notre imaginaire collectif en y ajoutant le côté policier. Vous ne verrez plus jamais le Petit Chaperon Rouge et Cendrillon de la même façon !

Je pense qu’on ne peut pas vraiment parler de réécritures de contes – en tout cas pas pour l’ensemble des dix textes – car l’auteur reprend certes les figures que l’on connait depuis notre enfance, mais il les réutilise généralement dans des intrigues différentes. Certains éléments d’origine sont également repris : l’endormissement de la Belle au Bois dormant ou les sept nains de Blanche-Neige par exemple, mais ils n’ont plus grand chose à voir avec les contes que l’on connait bien.
Il y a tout juste assez pour faire le lien et permettre aux lecteurs de faire surgir de leur mémoire des images et par association des idées et des thèmes. J’ai pour ma part, généralement beaucoup apprécié la transposition de ces références dans un contexte globalement contemporain. Et même si les dix contes ne m’ont pas tous complètement convaincue, je suis dans l’ensemble très impressionnée par la qualité littéraire de chacun.

Pierre Dubois est avant tout un amoureux de la langue alors attention, accrochez-vous ! Dès la première nouvelle vous serez dans le bain : les phrases ne sont pas forcément tarabiscotées mais les mots employés sont souvent désuets (voire inconnus). On peut se sentir un peu perdu car ne pas comprendre chaque mot, chaque détail mais ce n’est, à mon sens, pas le but. L’important ici est plutôt de percevoir l’idée qui se cache derrière les formules un peu particulières et surtout, de se laisser porter par la mélodie de celle-ci. L’auteur accorde en effet une grande importance aux rythmes et aux sons de ses phrases, offrant ainsi des paragraphes très « chantants ».
Alors oui, ce parti pris entraine quelques passages un peu étranges et je comprends parfaitement que beaucoup de lecteurs n’adhèrent pas. On aime ou non le style de Pierre Dubois, il n’y a pas vraiment de juste milieu.

Pierre Dubois, Rencontres de l'imaginaire de Brocéliande 2013,L’amour passionnel est souvent au centre des intrigues et mène plus d’une fois au pire. Ce qui peut paraître redondant mais qui, finalement, fonctionne toujours très bien ! Je ne vous parlerai pas de tous les contes un par un, mais plutôt de ceux qui m’ont le plus marquée et qui m’ont paru les plus intéressants, que ce soit au niveau de l’intrigue et de sa chute ou de la forme.

  • La Belle au bois dormant. Première nouvelle du recueil, elle donne le ton : le désaccord conjugal est au centre du texte et le style particulier de Pierre Dubois est à son apogée. J’avoue d’ailleurs que j’ai eu un peu peur et ai cru ne pas réussir à entrer dans l’univers de l’auteur… et puis finalement, j’ai bien vite compris qu’il suffisait de se laisser porter par les mots sans chercher à tout décortiquer. J’ai eu l’impression d’entrer dans un petit cottage anglais, avec du thé, des petits gâteaux et Jessica Fletcher dans un coin. La chute m’a beaucoup plu.
  • Riquet à la houppe. Je ne connais pas le conte d’origine (il faudrait que je le lise un de ces jours) mais j’ai particulièrement aimé l’actualisation du contexte. Là encore, le couple (le triangle amoureux devrais-je dire) est au centre de l’intrigue et rythme l’aventure. Si l’on voit venir la chute assez vite (le nom du coupable et la situation finale), j’ai tout de même été ravie de parcourir ces quelques pages. C’est attendu mais ça marche d’enfer !
  • Rapunzel. Plus longue, ou en tout cas construite un peu différemment car séparée en plusieurs petits chapitres numérotés, cette nouvelle a réussi à me bluffer. Je l’avoue, lorsqu’il s’agit de trouver le coupable, le mobile et le comment-il-s’y-est-pris, je suis souvent à côté de la plaque. Et là, je me suis laissée berner et j’ai été ravie d’avoir le fin mot de l’histoire grâce à l’inspecteur Marmaduke Perthwee, personnage qui fait office de fil rouge entre plusieurs des contes. Savant mélange d’Hercule Poirot et Sherlock Holmes, cet agent de police porté sur les résolutions d’enquêtes étranges trouve la solution en se basant sur un solide sens de l’observation et de la déduction. Et ce n’est que lorsqu’il fait l’annonce du nom du coupable et de sa manière de procéder, dans les dernières lignes, que le lien le titre prend tout son sens.
  • Petite table couvre-toi. Là encore, je ne connais pas le conte originel, mais je suis curieuse de le lire à l’occasion. Je retiens surtout la construction un peu particulière de ce petit texte. Rédigé à la première personne du singulier, il dénote un peu par rapport aux autres et c’est au fil des paragraphes que le lecteur comprend qui est le narrateur et à qui il s’adresse. 
  • Le Petit Chaperon rouge. L’intérêt de cette réécriture réside dans l’inversion des rôles. Finalement, le « méchant » et le plus tordu n’est peut-être pas celui que l’on croit… le déroulement des évènements nous le prouve très vite et la chute conclut parfaitement cette idée. Amusante inversion.

Je me rends compte que j’ai très souvent été embarquée par ces petites intrigues qui, même si elles sont parfois un peu attendues, restent très plaisantes à découvrir. Certaines chutes font davantage mouche que d’autres, certains textes m’ont moins séduite (j’avoue avoir eu un peu de mal avec Peter Pan mais je pense que c’est essentiellement parce que je suis passée à côté, n’ayant pas réussi à tout saisir) mais encore une fois, dans l’ensemble, ça fonctionne. Pierre Dubois traite de sujets graves avec un certain humour et je me suis parfois surprise à sourire du malheur des personnages. Original et efficace !