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De Darcy à Wentworth de Sybil G. BRINTON

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De Darcy à Wentworth
de Sybil G. BRINTON
Milady Romance,
2015, p. 473

Première Publication : 1913

Pour l’acheter : De Darcy à Wentworth

Jane Austen ne nous a laissé que peu de romans à lire et à relire. Sybil Grace Brinton, née en 1874 dans le Worcestershire, a été la première à essayer de remédier à ce la en publiant, en 1913, un roman où se retrouvent tous les personnages de la célèbre romancière pour le plus grand bonheur de ses admirateurs.

♣ ♣ ♣

Fiancée au colonel Fitzwilliam, Georgiana Darcy n’est pas heureuse. Elle révèle son désarroi à sa belle-sœur, Elizabeth, et cette dernière s’empresse d’intervenir afn d’annuler les fançailles. Soulagé, le colonel Fitzwilliam accompagne le couple Darcy à Bath tandis que Georgiana rend visite à la sœur d’Elizabeth, Jane Bingley. Ils vont alors, chacun à leur tour, croiser et rencontrer les héros des autres romans de Jane Austen, d’Emma au capitaine Wentworth. Mais au fil des intrigues, ces personnages hauts en couleur devront afronter maintes épreuves avant de connaître le parfait amour.

Jane Austen inspire aujourd’hui de nombreux auteurs qui se servent de l’univers et des personnages de la célèbre Dame pour créer des suites, des réécritures ou encore des modernisations. Ces austeneries se multiplient et se comptent par centaines. Milady commence doucement mais surement à traduire certaines d’entre elles en français et la maison d’édition nous a dernièrement (le livre est sorti fin mai) fait la surprise de nous offrir le texte de Sybil G. Brinton qui date de, tenez-vous bien… 1913 !
Il semble que De Darcy à Wentworth (Old friends and new fancies en version originale) soit le premier roman para-austenien à avoir vu le jour ! Si l’on peut reprocher une trop grande modernité aux austeneries du XXIe siècle, ce roman-ci se pare d’une certaine désuétude, se rapprochant davantage d’un texte du début du XIXe siècle… ce qui n’est pas pour me déplaire !

Alors par contre, avant d’entrer dans le vif du sujet, je pense qu’une petite précision s’impose. A mon avis, ce livre ne doit être découvert qu’après avoir lu les 6 romans majeurs de Jane Austen. Si vous vous lancez dans l’aventure comme ça, non seulement vous serez spoilés (De Darcy à Wentworth prend place APRES les romans d’origine) mais en plus, vous serez perdus au milieu de tous les nombreux personnages et de l’univers mis en place. J’en parle en connaissance de cause car il y a un seul roman d’Austen que je n’ai pas encore lu – Mansfield Park (mais ce sera réparé cet été) – et j’ai vraiment eu la sensation qu’il me manquait des clefs de compréhension lorsque les personnages de cette histoire apparaissaient.
Parce que non seulement Sybil G. Brinton réutilise les personnages principaux de nos romans favoris (Orgueil et préjugés, Emma, Persuasion…) mais aussi et surtout de nombreuses figures secondaires qui peuvent plus ou moins passer inaperçues dans les textes d’origine (même si les personnages austeniens sont toujours hauts en couleur et donc marquants). C’est donc un plaisir de les voir ici vivre leurs propres aventures et obtenir leurs propres fins heureuses. Parce que chez Brinton comme chez Austen, tout est toujours bien qui finit bien malgré les quiproquos, les malentendus et les retournements de situation.

D’ailleurs, si j’ai un petit reproche à faire à cette histoire c’est justement que les mini-intrigues manquent un petit peu de surprises. Si j’avais pu douter sérieusement du devenir des histoires d’amour en lisant les romans de Jane Austen, je n’ai en revanche ici eu aucun mal à deviner qui finirait avec qui et ce, très rapidement. Alors ai-je appris à voir les ficelles à force de lire des romans du genre (et donc ne serais pas surprise si je découvrais Orgueil et préjugés ou Emma aujourd’hui ?) ou Sybil G. Brinton est-elle un peu moins douée que sa prédécesseuse pour cacher l’évidence ?
Malgré le manque de subtilité, l’ensemble fonctionne parfaitement et c’est un plaisir de suivre les aventures des différents couples : leur rencontre, leur évolution et évidemment l’avenir proposé par l’auteure.

Old_Friends_and_New_Fancies_cover sybil g brintonJ’ai retrouvé avec beaucoup plaisir les deux héros d’Orgueil et préjugés, dorénavant mariés et heureux en ménage. Je trouve que Sybil G. Brinton a assez bien croqué les deux figures et ne les dénature pas. En tout cas, j’ai retrouvé la Elizabeth et le Darcy que je connais (ou que j’aime à m’imaginer). C’est d’ailleurs le cas de la plupart des personnages d’origine, tous fidèles à leur réputation, ils ne nous déçoivent pas.
A part Emma Woodhouse, devenue Emma Knightley. C’est une héroïne généralement mal aimée des lecteurs car beaucoup la trouvent imbue d’elle-même et un peu peste sur les bords. Oui, Emma est une jeune femme pourrie gâtée qui aime contrôler son monde… mais l’année qu’elle passe dans le roman la fait évoluer. Beaucoup. On se rend compte qu’elle tient vraiment à son entourage et ne veut que le bonheur de ses proches, c’est juste qu’elle se plante tout le temps. Elle sait malgré tout reconnaître ses erreurs et sort grandie de cette aventure. Malheureusement, dans cette suite, j’ai eu l’impression de retrouver la Emma du tout début, l’insupportable entremetteuse qui se mêle de tout. Alors non, je ne suis pas d’accord, elle n’est plus comme ça, d’autant plus qu’elle est dorénavant mariée à Knightley qui, je l’imagine, ne doit rien lui laisser passer. En tout cas, c’est ainsi que je le perçois. Je n’ai pas aimé Emma dans De Darcy à Wentworth et ça ne me plaît pas car c’est normalement une héroïne qui m’attendrit beaucoup.
Sybil G. Brinton s’attarde finalement plus sur les figures secondaires des romans de base et leur offre le devant de la scène, pour notre plus grand plaisir. C’est ainsi que l’on voit évoluer la douce et timide Georgiana (petite sœur de Darcy), le trop modeste colonel Fitzwilliam (cousin de Darcy), l’ancienne impétueuse Kitty (une des jeunes sœurs d’Elizabeth), le très convenable James Morland (frère de Catherine, dans Northanger Abbey) et ceux qui m’étaient inconnus jusque là : Miss Crawford et William Price, tous les deux issus de Mansfield Park que je n’ai pas lu. Et vraiment, je le regrette parce que je suis sûre qu’il m’a manqué des éléments pour bien comprendre qui ils étaient, quel était leur passé, leurs attentes, leurs blessures… et c’est vraiment dommage.

L’avantage de cette austenerie c’est que, ayant été rédigée au début du XXe siècle, elle possède encore un je-ne-sais-quoi d’un peu désuet. Alors évidemment, Sybil G. Brinton n’égale pas le style de Jane Austen mais le fait qu’elle soit née et qu’elle ait vécu à une époque dans laquelle régnaient encore des codes sociaux assez précis (différents de ceux de l’époque régence, j’en suis persuadée, mais toujours plus proches de ceux-ci que ne le sont nos habitudes du XXIe siècle), ancre plus naturellement et plus facilement le lecteur dans le récit. Aucun mot, aucune tournure de phrase difficiles ici, mais un petit truc qui diffère de ce que peuvent aujourd’hui écrire des auteurs se basant sur l’univers de Jane Austen, malgré tous leurs efforts d’immersion dans une époque lointaine.

De Darcy à Wentworth est pour moi un bon cru en matière d’austenerie. Je déplore quelques petites longueurs et quelques facilités dans les mini-intrigues mais globalement, les personnages originaux sont respectés… et vraiment, quel plaisir de les retrouver, plus ou moins réunis par des liens assez crédibles, quelques années après les romans de Jane Austen ! Ce n’est pas parfait mais c’est vraiment un bon moyen de prolonger la plongée dans l’univers de notre romancière anglaise préférée… Par contre, attention, je me répète, mais à conseiller uniquement à ceux qui connaissent déjà les œuvres de base !

Merci à Aurélia pour sa confiance renouvelée !

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Persuasion, Adrian SHERGOLD

persuasion
Persuasion

2007, 1h33

d’après Persuasion de Jane AUSTEN

Réalisé par Adrian SHERGOLD

Avec : Sally Hawkins (Anne Elliot),
Rupert Penry-Jones (Capitaine Wentworth),
Alice Krige (Lady Russell),
Anthony Head (Sir Walter Elliot),
Amanda Hale (Mary Elliot),

 Fiche IMDb

Pour l’acheter : Persuasion

Anne Elliot court dans toute la grande propriété de Kellynch pour s’occuper du futur déménagement de son père, sa soeur aînée et elle-même dans la ville thermale de Bath. Afin de régler leurs dettes au plus vite, les Elliot doivent revoir leur façon de vivre à la baisse et louer leur grande maison à l’amiral Croft et à sa femme.
Avant de rejoindre la ville, Anne séjourne quelques semaines chez sa petite soeur Mary qui, égoïste et hypocondriaque, réclame des soins constants. Alors qu’elle retrouve avec plaisir la famille de son beau-frère (les Musgrove), Anne apprend avec effroi la venue très prochaine du Capitaine Wentworth, venant rendre visite à sa soeur – Mme Croft – et au voisinage.
Fiancés huit ans plus tôt, alors qu’elle avait 19 ans, Anne et Wentworth se sont séparés en mauvais termes. Pendant ces longues années de solitude, Anne n’a jamais oublié le jeune homme, mais lui, semble lui en vouloir encore de s’être laissée persuader par sa marraine, Lady Russell, du danger de ces fiançailles. Le Capitaine Wentworth flirte avec les soeurs Musgrove tandis que la pauvre Anne s’efforce de passer inaperçue et de taire sa souffrance…

Quelques jours après avoir acheté le coffret des adaptations de Jane Austen, je n’ai pas pu me retenir et j’ai regardé cette version de 2007, alors que je n’avais pas encore lu le livre d’origine. Maintenant que le texte a été découvert (début février), j’ai profité d’un peu de temps devant moi pour un deuxième visionnage.
Avec Persuasion, j’ai donc découvert l’adaptation avant et après avoir lu le livre d’origine, et les deux fois, j’ai apprécié. Cette heure trente ne détrône pas les cinq heures d’Orgueil et préjugés dans mon coeur (mais j’ai bien l’impression que cette adaptation ne laissera jamais sa place sur le podium !), mais reste un très bon divertissement. Et, malgré quelques changements par rapport au livre, elle reste, je trouve, fidèle à l’univers et aux idées de Jane Austen.

persuasionacteursAvant de voir cette adaptation, la plupart des acteurs m’étaient inconnus. A commencer celle qui interprète l’héroïne, Sally Hawkins, qui, si je la connaissais de nom, n’était jamais apparue dans un des films que j’avais pu voir jusque là. Je l’ai trouvée très juste dans son rôle : effacée, relayée au second plan, avec cette mélancolie dans le regard… Elle m’avait plu lors de mon premier visionnage et, après la deuxième et donc la lecture du roman entre temps, je la trouve parfaite.
Ruper Penry-Jones alias le Capitaine Wentworth, m’était encore plus étranger que sa partenaire. Il endosse le rôle d’un homme blessé qui, malgré les années et ce qu’il laisse paraître, n’a pas oublié son premier et unique amour. L’acteur incarne assez bien cette figure et son apparence ne sera pas non plus pour déplaire à ces demoiselles.
Du côté des autres acteurs, c’est bien simple, je n’ai relevé aucun nom connu si ce n’est celui d’Anthony Head. J’ai été plus que ravie de le retrouver dans la peau du vaniteux Sir Walter Elliot, lui qui a bercé mon adolescence en jouant Giles, le protecteur de Buffy, la célèbre tueuse de vampires. Récemment, il a endossé la couronne pour incarner Uther dans la série Merlin et le scalpel pour jouer le Repoman dans le film musical de Darren Lynn Bousman. Encore une fois, je salue la justesse de son regard et de son interprétation !
Dernier visage un tout petit peu connu, celui de Lady Russell jouée par Alice Krige, que je me souviens avoir croisé dans Silent Hill ; un visage assez marquant.
Les acteurs secondaires sont bons et accompagnent les précédents avec brio, notamment Amanda Hale qui incarne une Mary agaçante plus vraie que nature !

Cette adaptation n’est pas d’une fidélité à toute épreuve : certaines scènes manquent, d’autres sont ajoutées ou transformées, mais malgré ces changements, je suis assez satisfaite du résultat. Mettre en scène un roman en seulement 1h30 est un exercice difficile mais le réalisateur, Adrian Shergold, s’en sort bien. L’univers de Jane Austen est plutôt bien retranscrit, que ce soit dans les décors ou dans les scènes en elles-mêmes (l’interaction des personnages entre eux, notamment). Si je devais faire un seul reproche au film, esthétiquement parlant, ce serait pour les tenues d’Anne. Même si sa famille est endettée et même si c’est une jeune femme simple, je trouve ses robes un peu « banales » par rapport aux autres femmes de son entourage qui, pour certaines, ont normalement un rang moins élevé qu’elle !
Pour en revenir aux modifications dans le scénario, certaines m’ont semblé bien trouvées car accentuent le côté effacé et mis en retrait de l’héroïne (lorsqu’elle tombe et se tort la cheville, par exemple). On ressent particulièrement la mélancolie, la tristesse de la jeune femme et on s’attache beaucoup à elle. En revanche, j’ai découvert que la scène de la lecture de la fameuse lettre est totalement différente d’un support à l’autre ; ce qui est dommage car c’est sans doute un des plus beaux passages du texte de Jane Austen ! J’émets également quelques doutes sur la scène « finale » (ou presque) d’Anne courant dans les rues de Bath et ses retrouvailles avec Wentworth. Attention, petit spoiler : en effet, j’ai trouvé ce baiser au ralenti un peu « too much » et quelqu’un qui n’a jamais lu Jane Austen pourrait croire, avec des scènes comme celles-ci, qu’il s’agit seulement d’histoires pour jeunes filles romantiques. Cela dit, ce n’est qu’un détail du film et le reste est bien rendu…
Un petit mot sur la musique signée Martin Phipps qui a aussi oeuvré (enfin, chronologiquement, l’année d’après) sur l’adaptation de Raison et sentiments. Cette fois encore, il nous offre une composition douce et parfaitement en accord avec les images qu’elle accompagne. J’approuve !

Le problème majeur de ce DVD (et des autres DVDs du coffret Fnac en général), c’est le manque de bonus. Alors oui, il y a bien quelques bandes annonces, la biographie de certains des acteurs principaux et quelques mots sur Jane Austen et son oeuvre, mais avouons que ça reste bien maigre et assez « inintéressant » dans le sens où ce sont des informations qu’on peut parfaitement trouver sur internet. J’aurais aimé des interviews des acteurs, des scènes coupées, des secrets de tournage,… les bonus sympas quoi ! Mais non, il n’y a vraiment rien de tout ça et c’est la grosse déception !
Heureusement, on peut quand même profiter de la version anglaise (avec des sous-titres français, si vous le souhaitez), pour qu’on puisse s’immerger un peu plus dans le monde austenien, et je vous le conseille !

Les acteurs sont bons, notamment les principaux (Sally Hawkins et Rupert Penry-Jones). Quelques scènes ajoutées qui apportent un plus dans le film (elles accentuent la place d’Anne dans son entourage, par exemple). Malgré la brièveté du film, Adrian Shergold offre une adaptation assez pertinente et en accord avec « l’esprit austenien ». La présence de la version anglaise sous-titrée, l’idéal !
Des scènes modifiées qui ont moins d’impact que dans le texte d’origine, c’est dommage ! 1h30 c’est un peu court et ne permet pas de développer tout l’esprit Jane Austen ; on pourrait croire qu’il s’agit seulement d’une histoire « romantique », c’est un peu réducteur. Niveau bonus c’est zéro et ça manque franchement aux fans !

 


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Persuasion de Jane AUSTEN

persuasion austen
Persuasion

de Jane AUSTEN
(Challenge ABC 2011 – 5/26,
Lecture Commune)

10/18,
2010, p.317

Première Publication : 1818

Pour l’acheter : Persuasion

Jane Austen, née le 16 Décembre 1775 et morte le 18 Juillet 1817, est une femme de lettres anglaise. Son réalisme, sa critique sociale mordante et sa maîtrise du discours indirect libre, son humour décalé et son ironie ont fait d’elle l’un des écrivains anglais les plus largement lus et appréciés.

L’adaptation de 2007
Emma Lady Susan Northanger Abbey Orgueil et préjugés Raison et sentiments

♣ ♣ ♣

Sous le vernis d’un genre, chacune des phrases de Jane Austen attaque les conventions, traque les ridicules, et finit avec une grâce exquise par pulvériser la morale bourgeoise, sans avoir l’air d’y toucher. Les héroïnes de Jane Austen lui ressemblent, elles aiment les potins mais détestent bavardages, grossièreté et vulgarité. La pudeur, le tact, la discrétion, l’humour sont les seules convenances qu’elles reconnaissent… Et si Jane Austen mène les jeunes filles au mariage, c’est fortes d’une telle indépendance qu’il faut souhaiter au mari d’être à la hauteur ! A lire yeux baissés et genoux serrés pour goûter en secret le délicieux plaisir de la transgression des interdits.

Je n’ai découvert Jane Austen que très récemment (depuis deux ans maximum, il me semble) ; mais, ces derniers mois, je suis tombée sous le charme de cette Dame, aussi bien de sa plume que de ses personnages et de ses histoires. Après Orgueil et préjugés, j’ai enchaîné sur Raison et sentiments, Emma et Lady Susan, et je me suis offert quelques adaptations (dont le coffret Fnac sorti dernièrement) et je ne me lasse pas de les regarder !
C’est avec un immense plaisir que j’ai trouvé Persuasion dans le colis que m’a envoyé Fée Bourbonnaise lors du Swap spécial Jane Austen il y a quelques mois. Et c’est également avec une grande joie que je me suis inscrite à la lecture commue sur Livraddict, organisée par Evy. Avec une journée de retard, voilà mon avis sur ce titre publié à titre posthume.
Même si ce n’est pas un coup de coeur et même si j’ai moins vibré avec cette histoire qu’avec Orgueil et préjugés, ce fut tout de même une excellente lecture que je vais m’empresser de compléter avec le revisionnage de l’adaptation de 2007 (et si possible le visionnage de ou des version(s) plus ancienne(s)). Préparez-vous donc à lire un futur billet du côté des « adaptations » !

Anne Elliot est la seconde des filles de Sir Walter Elliot, un baronnet vantard et veuf depuis presque quinze ans. A 27 ans, discrète, elle doit supporter Elisabeth – sa soeur aînée qui prend le même chemin que son père – et les caprices de Mary – sa soeur cadette, mariée à Charles Musgrove, l’héritier de Uppercross-Hall.
C’est d’ailleurs pour tenir compagnie à celle-ci que la douce Anne accepte de la rejoindre alors que leur père et leur soeur aînée partent à la recherche d’une habitation plus modeste à Bath, afin de résoudre leurs problèmes d’argent en louant leur belle demeure de Kellynch au couple Croft. Anne profite également de l’hypocondrie de sa jeune soeur pour s’éloigner des nouveaux locataires qui lui rappellent douloureusement un être cher.
En effet, Mrs Croft est la soeur aînée de Frederick Wentworth, jeune homme auquel Anne a été fiancée alors qu’elle avait 19 ans, mais qu’elle a repoussé, suivant les conseils avisés de sa marraine, Lady Russel. Huit ans après, Anne, en passe de devenir une « vieille fille », n’a pas oublié cet amour passé et tente tant bien que mal d’éviter Frederick, devenu Capitaine après avoir fait fortune dans la marine. Celui-ci, blessé par le refus d’Anne qu’il juge trop influençable, joue l’indifférence et le mépris, semblant sous le charme de Louisa Musgrove, une jeune soeur de Charles.
Anne observe et subit silencieusement le « flirt » de celui qu’elle aime encore, les « complots » et commérages de son entourage et la « bêtise » des membres de sa famille…

Que c’est bon de replonger dans un roman du début du XIXème siècle (il a été publié à titre posthume en 1818, pour la première fois), qui plus est, un roman écrit par Jane Austen ! L’anglaise parvient à mettre en place, sous nos yeux de lecteurs du XXIème siècle, l’ambiance de l’Angleterre de l’époque avec ses codes, ses convenances,…
On est téléporté dans les belles maisons bourgeoises, dans la campagne anglaise verdoyante, dans les villes côtières comme Bath et Lyme, ou encore dans les « réunions » et soirées de la haute société… Les robes empire sont de sortie, les messieurs occupent leur temps libre à la chasse et les demoiselles de bonne famille doivent se tenir convenablement. C’est l’époque des sourires artificiels et des non-dits…
Ce roman de Jane Austen ne fait pas exception à la règle et on y retrouve les thèmes de prédilection de l’auteure – notamment le mariage des femmes – qui lui permettent de critiquer cette société qu’elle connaît si bien…

persuasion wentworth anneCe qui m’a le plus surprise dans ce roman de Jane Austen, c’est la personnalité de l’héroïne et « l’ambiance » qui l’entoure. En effet, Anne, contrairement à Elizabeth, Emma ou encore Marianne (respectivement les héroïnes d’Orgueil et préjugés, Emma et Raison et sentiments), est plutôt effacée et réservée ; on pourrait la rapprocher d’Elinor (soeur aînée de Marianne dans Raison et sentiments) pour son côté « posé ». Et comme Elinor, on a comme une impression de « mélancolie », de « tristesse » ambiante… On s’attache donc à Anne, on comprend ses souffrances, sa peine… Je me suis beaucoup reconnue dans sa façon d’être, son tempérament et je pense qu’à sa place, moi aussi j’aurais essayé d’éviter le Capitaine Wentworth, et moi aussi j’aurais tout enduré « en silence ».
Comme toutes les histoires signées Jane Austen, l’héroïne est entourée d’une palette de personnages tous plus ou moins développés, tous ayant leur place dans l’histoire et un rôle à jouer dans celle-ci… On retrouve évidemment les membres de la famille proche d’Anne, à commencer par son père, un homme vaniteux et qui n’accorde aucun regard à sa seconde fille. Du côté de ses soeurs, l’héroïne n’est pas mieux lotie puisqu’elle doit jongler entre une aînée étouffée par la fierté et une cadette hypocondriaque…
Au début du roman, Anne semble n’avoir qu’une seule véritable amie, à la « hauteur » de son esprit, Lady Russel, sa marraine. Par la suite, elle se lie d’amitié et goûte la compagnie de la majorité des personnes de son entourage, qu’il s’agisse des locataires de Kellynch, de la famille de son beau-frère (les Musgrove) ou encore des amis marins du Capitaine Wentworth. Au final, les personnages les plus insupportables et les plus éloignés d’Anne car n’appréciant pas sa compagnie pourtant recherchée par les autres, sont ses plus proches parents ! On comprend d’autant mieux la tristesse de sa situation !

Malgré une ironie moins présente dans ce roman, Jane Austen n’oublie pas de se moquer doucement des traditions de son époque, en commençant par dépeindre des personnages à la limite du ridicule : le père gonflé d’orgueil grâce à son titre de baronnet ; et la soeur hypocondriaque, commère, sans la moindre trace de bon sens, ne faisant même pas une mère acceptable puisqu’elle délègue bien volontiers à Anne, ses obligations maternelles au profit d’une quelconque soirée chez les voisins… Mary est sans doute le personnage le plus explicitement ridicule de cette histoire, et également le plus agaçant !
Outre cette ironie un peu plus effacée, j’ai trouvé l’ensemble un peu moins « fluide » que les autres textes de l’auteure (peut-être n’a-t-elle pas eu le temps de le retravailler avant sa mort ?). malgré tout, je n’ai pas éprouvé de grosses difficultés pendant cette lecture, même lors des premières pages qui mettent en place la « généalogie » d’Anne.
J’ai apprécié de suivre l’histoire du point de vue de l’héroïne (à la troisième personne du singulier), ce qui la rend d’autant plus touchante. J’ai beaucoup aimé les passages qui décrivent ses sentiments, lorsqu’elle revoit le Capitaine pour la première fois, lorsqu’elle lit la fameuse lettre de celui-ci…
Les héroïnes de Jane Austen ne tombent jamais dans les déclarations passionnées, « vulgaires » et c’est ce qui fait la force de l’anglaise. En effet, tout en restant mesurée dans ses propos, le lecteur parvient tout de même à ressentir la force des scènes, des émotions, des sentiments,…
Cependant, et sans trop savoir vraiment pourquoi (l’étincelle a manqué pour en faire un coup de coeur), j’ai moins accroché au récit et à l’histoire d’Anne et Wentworth… Mais j’ai tout de même dévoré ce livre !

Persuasion est à mon goût, beaucoup plus mélancolique que les autres textes de Jane Austen que j’ai pu lire jusque là. Ainsi, il est peut-être moins facile d’accès qu’un autre, Orgueil et préjugés par exemple, et mérite sans doute plus de recul. C’est pourquoi je pense le relire d’ici quelques temps, connaissant déjà l’histoire, je pourrai peut-être découvrir une autre « profondeur » de lecture. D’ici là, je vais revoir l’adaptation de 2007 pour pouvoir vous en parler !

Les avis des autres participants : Amandine, Elea, Elphaba, Evy, Frankie, Iluze, Jelydragon, Morgouille, Nienor.